Publié le 11 octobre 2025 16h50. La politique de favoriser les soins à domicile entraîne une baisse des admissions en maisons de retraite, mais cette évolution s’accompagne d’une complexification des besoins des patients accueillis et d’inquiétudes quant à la pérennité des établissements.
- Le nombre de personnes en attente d’une place en maison de retraite a considérablement diminué ces deux dernières années.
- Les patients admis en établissement présentent désormais des problématiques de santé plus lourdes, rendant le travail des soignants plus difficile.
- Les maisons de retraite craignent des difficultés financières liées à la baisse de leur taux d’occupation.
La politique de développement des soins à domicile, encouragée ces dernières années, porte ses fruits : 25 % des personnes qui auraient auparavant intégré une maison de retraite bénéficient désormais de soins à leur domicile, selon Bianca Buurman, présidente de Verpleegkundigen & Verzorgenden Nederland et professeure de gériatrie aiguë à l’Amsterdam UMC.
« C’est une bonne nouvelle que les listes d’attente diminuent, et je ne considère pas la vacance des lits comme un problème en soi. Mais cela a des conséquences sur les soins. »
Bianca Buurman, présidente de Verpleegkundigen & Verzorgenden Nederland et professeure de gériatrie aiguë à l’Amsterdam UMC
Malgré cette amélioration, 17 000 personnes restent sur la liste d’attente, bien que ce chiffre ait fortement baissé ces deux dernières années. Bianca Buurman nuance toutefois : tous ceux inscrits n’ont pas besoin d’une place en établissement immédiatement, certains s’étant préinscrits par précaution.
Le revers de la médaille est que les personnes qui finissent par intégrer une maison de retraite le font souvent dans des situations plus critiques. Elles arrivent avec des problèmes de santé plus complexes, ce qui rend le travail des soignants plus exigeant.
« Les gens reçoivent davantage de soins à domicile, ils arrivent donc en maison de retraite avec des problèmes plus graves. Le travail est devenu plus difficile. »
Bianca Buurman, présidente de Verpleegkundigen & Verzorgenden Nederland et professeure de gériatrie aiguë à l’Amsterdam UMC
Cette situation est aggravée par la difficulté d’obtenir une indication pour une admission en établissement. Selon Bianca Buurman, les personnes sont souvent admises en maison de retraite ou à l’hôpital uniquement en cas de crise.
« Les gens ne sont admis qu’en cas de crise à domicile. Cela s’explique également par le fait qu’ils obtiennent moins rapidement l’autorisation d’être admis en maison de retraite. Plus de 50 % des admissions en maison de retraite ou à l’hôpital se font via une crise, et c’est vraiment beaucoup. »
Bianca Buurman, présidente de Verpleegkundigen & Verzorgenden Nederland et professeure de gériatrie aiguë à l’Amsterdam UMC
Cette situation est préjudiciable tant pour les patients que pour la pression sur le système de soins, en particulier pour les personnes atteintes de démence, où une prise en charge tardive peut avoir des conséquences graves. La professeure Buurman plaide pour une meilleure organisation de ce processus.
Elzemieke van Hunnik, directrice d’Eilandzorg, confirme que la vacance des lits a des conséquences financières pour les maisons de retraite.
« Un établissement de soins a besoin de revenus, et surtout un petit établissement. Nous ne pourrons pas tenir longtemps dans ces conditions. »
Elzemieke van Hunnik, directrice d’Eilandzorg
Elle souligne la vulnérabilité des établissements, qui doivent faire face à une baisse de leurs ressources financières.
Les plans de réduction des dépenses dans le secteur de la santé, proposés par certains partis politiques, ne feront qu’aggraver les problèmes, selon Bianca Buurman. Elle estime qu’il est essentiel de rendre le métier de soignant plus attractif, mais elle constate que peu de mesures sont prises dans ce sens.
Enfin, la professeure Buurman suggère d’envisager d’autres usages pour les locaux vacants, par exemple en les mettant à disposition d’étudiants, afin de contribuer à résoudre la crise du logement.
« Si c’est une nouvelle réalité, il faut réfléchir à d’autres formes de cohabitation. »
Bianca Buurman, présidente de Verpleegkundigen & Verzorgenden Nederland et professeure de gériatrie aiguë à l’Amsterdam UMC
Elle insiste sur le fait qu’il ne faut pas laisser les maisons de retraite faire faillite, car le vieillissement de la population est loin d’être stabilisé.
