Publié le 23 novembre 2025 00:32:00. L’Afrique se positionne comme un acteur majeur de la révolution verte du minage de Bitcoin, mais cette ascension rapide soulève des questions cruciales concernant la souveraineté numérique et le risque d’une exploitation de sa puissance de calcul par des intérêts étrangers.
- En 2025, l’Afrique est en tête du développement de solutions d’énergie verte pour le minage de Bitcoin.
- La part du continent africain dans la puissance de hachage mondiale de Bitcoin atteint près de 4 %.
- Un risque d’« exfiltration du hashrate » menace de compromettre l’esprit décentralisé de Bitcoin en Afrique.
L’Afrique est en train de devenir un pôle d’innovation dans le domaine du minage de Bitcoin, attirant l’attention de nombreux gouvernements désireux de lutter contre le manque d’électrification, d’améliorer la gestion de leurs réseaux énergétiques et de stimuler leur économie. L’Éthiopie, par exemple, s’apprête à devenir le premier pays africain à lancer officiellement des opérations de minage de Bitcoin. Cependant, cette expansion rapide n’est pas sans poser de défis.
Selon les données de Hashrate Index, la part de l’Afrique dans la puissance de hachage mondiale de Bitcoin (le « hashrate ») a grimpé à près de 4 %. Cette augmentation significative soulève une question essentielle : comment cette puissance de calcul est-elle utilisée et par qui ? Un nombre important de mineurs africains sont actuellement connectés à des pools situés en dehors du continent et hébergent leurs équipements (les ASIC, appareils spécialisés dans le minage de Bitcoin) pour le compte de grandes entreprises étrangères.
Ce phénomène, qualifié d’« exfiltration du hashrate », consiste en l’utilisation de la puissance de calcul d’une région par une entité ou une puissance étrangère, souvent au détriment de la région elle-même. Si cette tendance se maintient, les mineurs et les pools miniers africains pourraient être contraints de se conformer aux réglementations américaines (listes de l’OFAC, etc.) et d’exclure les transactions provenant de pays africains figurant – ou susceptibles de figurer – sur ces listes. Cela irait à l’encontre de l’un des principes fondamentaux de Bitcoin : son caractère décentralisé et sans autorisation.
Ce problème ne se limite pas à l’Afrique, il s’agit d’un enjeu mondial. Cependant, il revêt une importance particulière sur le continent africain, compte tenu de son histoire et de sa vulnérabilité face à l’exploitation de ses ressources.
Pour Erik Hersman, PDG de Gridless, une société minière Bitcoin basée au Kenya, la solution n’est pas d’interdire aux entreprises étrangères d’exploiter le Bitcoin en Afrique. Il estime qu’il existe des nuances et un terrain d’entente à trouver tout au long de la chaîne de valeur :
« Je ne pense pas que la réponse soit de ne pas laisser les sociétés étrangères exploiter [Bitcoin] en Afrique. »
Erik Hersman, PDG de Gridless
L’un des avantages majeurs du Bitcoin par rapport aux industries extractives traditionnelles, souligne M. Hersman, est que les pays africains peuvent être rémunérés non seulement en devises, mais aussi en Bitcoin, ce qui leur confère un avantage supplémentaire en termes de gestion de leurs réserves.
Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) illustre parfaitement ce potentiel. Malgré sa capacité d’électrification considérable, cet actif n’était pas pleinement exploité. Le minage de Bitcoin a permis de rendre l’électrification viable et de monétiser l’énergie excédentaire. Selon un rapport de Spoutnik News, les revenus d’Ethiopian Electric Power (EEP) ont dépassé les 100 millions de dollars en 2025 grâce au minage de Bitcoin.
En conclusion, l’Afrique a la possibilité de tirer parti du minage de Bitcoin pour stimuler son développement économique et énergétique. Cependant, il est crucial que les gouvernements et les décideurs politiques prennent des mesures pour protéger la souveraineté numérique du continent et garantir que les bénéfices de cette révolution technologique profitent à l’ensemble de la population. Comme le souligne Erik Hersman : « comme pour tout produit de base, il s’agit de s’assurer que nous capturons une plus grande part de la valeur (de l’argent) à l’intérieur du continent, et que les bénéfices profitent également à davantage de personnes sur le continent ».
L’Afrique pourrait ainsi éviter de répéter les erreurs du passé en matière d’exploitation des ressources naturelles et inaugurer une nouvelle ère de prospérité et d’indépendance financière grâce au Bitcoin. La résilience du continent face à ces défis pourrait servir de modèle pour la construction d’infrastructures financières et énergétiques résilientes à l’échelle mondiale.
