L’affaire de la mort d’un réfugié tunisien dans le Bade-Wurtemberg va être réexaminée. La Cour fédérale de justice (BGH) de Karlsruhe a ordonné la réouverture de l’enquête, estimant que le tribunal de district de Waldshut-Tiengen n’a pas suffisamment examiné la possibilité d’un meurtre.
La décision fait suite à l’appel de la sœur de la victime, Mahdi Ben Nasr, 38 ans, qui souhaitait une condamnation pour meurtre et non pour homicide involontaire, comme l’a initialement statué le tribunal de district.
Les faits remontent à décembre 2023. Mahdi Ben Nasr a été tué par des coups de feu. Son corps a été découvert quatre mois plus tard, en avril 2024, par un plongeur dans le Rhin près de Breisach. L’accusé, un Allemand de 58 ans, s’est rendu et a d’abord avoué le meurtre, avant de revenir sur son témoignage et d’invoquer la légitime défense.
Le procès s’est déroulé en octobre et novembre 2024. Le tribunal de district avait conclu qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments pour qualifier les faits de meurtre. Bien que l’accusé ait exprimé des opinions négatives envers les migrants, le tribunal n’a pas pu établir un lien direct entre ces opinions et le crime. Il a été condamné à six ans et dix mois de prison pour homicide involontaire.
La BGH conteste cette qualification. Selon la cour, le tribunal régional n’a pas correctement évalué le caractère prémédité de l’attaque. « Le tribunal s’est concentré sur les échanges qui ont précédé le crime, alors qu’il aurait dû examiner le moment où l’accusé a manifesté l’intention de tuer », a déclaré la cour. Les enquêteurs ont établi que Ben Nasr ne s’attendait pas à l’agression : il était rentré chez lui, avait tourné le dos à son agresseur, n’avait pas fermé la porte et n’était pas armé.
Lors d’une audience en décembre à Karlsruhe, les procureurs fédéraux et régionaux avaient déjà critiqué le tribunal de Waldshut-Tiengen pour avoir écarté la possibilité d’un meurtre motivé par des préjugés racistes. La BGH a donc ordonné une nouvelle audience pour examiner cet aspect de l’affaire.
L’accusé avait démembré le corps de Ben Nasr avec une machette, emballé les restes dans du grillage métallique et jeté les six parties dans le Rhin après l’avoir abattu de deux balles dans son logement à Rickenbach le 23 décembre 2023, suite à une dispute verbale.
