Publié le 2025-12-02 07:23:00. Au cœur du village de Coachford, dans le comté de Cork, le pub O’Riordan’s est bien plus qu’un simple lieu de convivialité : c’est un véritable pilier de la communauté, témoin des évolutions d’une Irlande rurale en constante mutation.
- O’Riordan’s est l’un des rares pubs du comté de Cork à être ouvert sept jours sur sept, proposant désormais une offre complète de restauration.
- Pat O’Riordan, l’actuel propriétaire, a vu le village se transformer, traversant les périodes d’émigration et de regain économique.
- Malgré les défis liés à la gestion d’un établissement rural, le pub reste un lieu central de rencontre et de solidarité pour les habitants.
Pat O’Riordan n’avait pas forcément vocation à devenir publican. Fils d’agriculteur et ancien chauffeur de camion livrant des matériaux de construction dans le comté de Cork, il a acquis l’ancien Coachman’s Inn en 2005. Depuis, il est devenu une figure incontournable de la vie locale, observant les allées et venues, les joies et les peines des habitants de Coachford.
O’Riordan’s s’est progressivement diversifié. Ce qui a commencé il y a une dizaine d’années par une simple offre de petit-déjeuner les week-ends est devenu une activité de restauration à part entière, complémentaire au bar sans pour autant le supplanter. “Nous sommes avant tout un pub, un pub qui sert de la nourriture, et non l’inverse”, insiste Pat O’Riordan. L’établissement ouvre ses portes dès 9 heures du matin, sept jours sur sept, pour accueillir les clients désireux de prendre leur repas.
Le pub propose notamment un “dîner pour travailleurs”, mettant à l’honneur les produits locaux, issus de bouchers et de producteurs maraîchers de la région.
« Nous nous sommes engagés à ouvrir nos portes à tous, à offrir un lieu chaleureux, propre et accueillant, avec une bonne cuisine au menu. »
Pat O’Riordan, propriétaire du pub O’Riordan’s
Coachford, bien que petit village comptant seulement 300 habitants en 2016, possède une vitalité surprenante. Son dynamisme est lié à son passé de lieu de foires, au passage des tramways de Muskerry et à son rôle de carrefour pour les populations des alentours, comme Dripsey et Donoughmore. Ces dernières années, l’arrivée de nouvelles familles, la construction de plus de 100 logements grâce à la rénovation du réseau d’assainissement et la proximité d’écoles ont contribué à redonner vie au village.
Pat O’Riordan se souvient des années difficiles de la crise économique de 2008, où chaque week-end était marqué par les départs de jeunes gens contraints de chercher du travail à l’étranger.
« Chaque week-end était une fête de départ. Des parents en larmes, des jeunes hommes quittant l’Irlande pour l’Amérique, le Canada, l’Australie… Des gens formidables partis sans emploi. »
Pat O’Riordan, propriétaire du pub O’Riordan’s
Il a vu ses clients, ses amis, partir, une situation malheureusement courante dans toute l’Irlande à cette époque.
La pandémie de Covid-19 a également représenté un défi majeur, mais le village s’est montré solidaire. Les brasseries, notamment Heineken, ont apporté leur soutien. Et, selon Pat O’Riordan, la fermeture temporaire des pubs a permis aux gens de prendre conscience de leur importance.
« Les gens ont compris ce que représentait le pub. Un homme m’a même dit, alors qu’il n’était même pas un grand buveur : ‘Un pub est aujourd’hui plus important qu’une église dans le village’. »
Pat O’Riordan, propriétaire du pub O’Riordan’s
En 2025, Coachford est une exception en Irlande rurale, avec non pas un, mais trois pubs encore en activité. “C’est formidable à voir, c’est bon pour le village”, se réjouit Pat O’Riordan. Le développement du tourisme, avec les compétitions de pêche sur le Lee, les activités d’aviron à Farran, le passage des touristes entre Blarney et Macroom, et les randonnées dans les environs, contribue également à la vitalité de la localité.
O’Riordan’s emploie aujourd’hui 14 personnes, dont des chefs et du personnel de bar fidèles, certains travaillant dans l’établissement depuis plus de 12 ou 13 ans. Pat O’Riordan salue leur engagement et leur professionnalisme. Ses quatre enfants ont également travaillé au pub à un moment donné, et l’un d’eux est même revenu au village pour reprendre l’entreprise familiale.
Pat O’Riordan exprime toutefois ses inquiétudes quant à l’avenir des pubs ruraux. Il estime que le gouvernement ne comprend pas suffisamment les difficultés rencontrées par les exploitants de bars en milieu rural. “Ils pourraient faire beaucoup plus en matière d’énergie, de transport et de soutien aux entreprises rurales. Nous employons 14 personnes, cela doit compter pour quelque chose”, souligne-t-il. Il déplore également le manque d’attrait de ce métier auprès des jeunes générations.
« Les jeunes voient leurs parents travailler 16 à 18 heures par jour, parfois plus de 100 heures par semaine. Ils ont de bons emplois maintenant, ils sont diplômés et ils ne veulent pas de cet engagement. »
Pat O’Riordan, propriétaire du pub O’Riordan’s
Pour Pat O’Riordan, un bon pub de village est un lieu de soutien pour le GAA local, un endroit où l’on prend soin des jeunes, où l’on connaît les parents et où l’on essaie de détecter les problèmes le plus tôt possible. “Si vous oubliez votre portefeuille ici et que vous dînez, ce n’est pas grave, nous réglerons ça la prochaine fois”, assure-t-il. “Cela n’arrivera pas dans une chaîne. C’est pourquoi le pub local est si important, c’est le cœur du village.”
O’Riordan’s a aménagé une terrasse pour accueillir des concerts et a rénové un espace couvert en salle de billard et arrière-bar. Pat O’Riordan envisage l’avenir avec de nouveaux événements ponctuels, des soirées à thème et des activités qui attireront à nouveau les foules dans les espaces ruraux. “Nous devons évoluer”, dit-il, “mais la pinte après le travail, la conversation, la rencontre, c’est ce qui permet de maintenir le pub en vie.”

