Après plus de neuf mois de détention, le jeune Palestino-Américain Mohammed Zaher Ibrahim, 16 ans, a retrouvé sa famille jeudi, après avoir été libéré de la prison israélienne d’Ofer. Son arrestation, survenue en Cisjordanie en février 2023, avait suscité une vive mobilisation et mis en lumière les conditions de détention des mineurs palestiniens.
L’état de santé de Mohammed s’était rapidement dégradé en prison, selon son avocat et des responsables de l’ambassade américaine. Il avait perdu près d’un quart de son poids, contracté la gale et subi des violences de la part des gardiens. À sa sortie, il était méconnaissable par rapport aux photos diffusées lors de la campagne pour sa libération.
Malgré les tentatives d’Israël de prolonger sa détention, notamment une intervention directe du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, la pression médiatique et l’engagement de nombreux soutiens ont finalement porté leurs fruits. L’oncle de Mohammed a salué le travail d’un mouvement populaire qui a mobilisé plus de 100 organisations, des membres de la communauté floridienne et des élus américains.
« Nous ne pouvons pas oublier les centaines d’enfants qui sont encore injustement emprisonnés en Israël, soumis à des abus et à la torture », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de la situation.
Selon un groupe de surveillance israélien, les prisons israéliennes se sont transformées en un « réseau de camps de torture » depuis le 7 octobre 2023, avec une augmentation alarmante des décès de Palestiniens détenus. Les témoignages de prisonniers libérés font état d’agressions, de négligence médicale, de privation de nourriture et de mauvais traitements généralisés, des accusations corroborées par des gardiens et des responsables israéliens.
Plus de 300 enfants palestiniens sont actuellement détenus et jugés devant des tribunaux militaires, les seuls au monde à poursuivre systématiquement des mineurs. Mohammed a été témoin du décès de son compagnon de cellule, Walid Khalid Abdullah Ahmad, 17 ans, des suites de malnutrition.
L’arrestation de Mohammed s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes en Cisjordanie, où les violences contre les Palestiniens ont augmenté ces dernières années. Les colonies illégales israéliennes sont régulièrement le théâtre d’attaques contre les villages palestiniens, et les militants de la solidarité internationale sont confrontés à des menaces et à des violences de la part des colons et des forces israéliennes. En juillet dernier, Sayfollah Musallet, un cousin de Mohammed né en Floride, a été battu à mort par des colons israéliens, devenant le cinquième Américain tué en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023.
La famille de Mohammed s’est vue refuser le droit de lui rendre visite pendant toute la durée de sa détention. La joie de sa libération est donc teintée de tristesse face à cette perte.
L’attitude du Département d’État américain, critiqué pour son manque de diligence dans la recherche de responsabilités pour les crimes commis contre ses citoyens, est également remise en question. Les familles de Rachel Corrie et de Shireen Abu Akleh, tuées par les forces israéliennes en 2003 et 2022 respectivement, attendent toujours justice.
Par ailleurs, le cas de Leqaa Kordia, une Palestinienne du New Jersey détenue aux États-Unis depuis le 13 mars par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) alors qu’elle demandait une carte verte, illustre une autre facette de cette répression. Elle est accusée d’avoir participé à une manifestation contre la guerre à Gaza et est maintenue en détention malgré des ordonnances de libération sous caution.
Les cas de Mohammed et de Leqaa Kordia mettent en évidence les conséquences de l’opposition à la politique israélienne envers les Palestiniens, ou même du simple maintien d’un lien avec leur patrie. Ils soulignent également la nécessité d’une action internationale pour mettre fin aux violations des droits humains à Gaza et en Cisjordanie.
Nasreen Abd Elal, organisatrice palestinienne basée à New York, souligne que « l’emprisonnement est utilisé pour séparer les individus de leur communauté, les laissant se sentir seuls, isolés et vulnérables ». Elle appelle à une mobilisation populaire pour défier ces bureaucraties meurtrières et lutter pour la liberté de personnes comme Mohammed et Leqaa.
