Publié le 17 décembre 2025 à 18h24. Le cinéaste et écrivain allemand Rosa von Praunheim, figure de proue du mouvement LGBTIQ+ en Allemagne, est décédé à l’âge de 83 ans, laissant derrière lui une œuvre engagée et une histoire de lutte pour les droits des minorités sexuelles.
- Rosa von Praunheim est décédé la nuit dernière, selon ses proches.
- Il a réalisé plus de 150 courts et longs métrages tout au long de sa carrière.
- Son film de 1971, Ce n’est pas l’homosexuel qui est perverti, mais la situation dans laquelle il vit, a contribué à l’émergence de mouvements de défense des droits des homosexuels en Allemagne.
Le monde du cinéma et de l’activisme pleure la perte de Rosa von Praunheim, de son vrai nom Holger Radtke. Né dans la prison de Riga, en Lettonie, en 1942, pendant l’occupation allemande, il a marqué des générations par son œuvre cinématographique audacieuse et son engagement sans faille pour les droits des personnes LGBTQ+. Son nom de scène, choisi dans les années 1960, rend hommage au triangle rose imposé aux homosexuels dans les camps de concentration nazis, un symbole de la persécution et de la discrimination dont ils ont été victimes.
Von Praunheim s’est distingué par son franc-parler et son activisme direct. En 1991, il a créé la polémique en révélant en direct à la télévision l’homosexualité de l’animateur Alfred Biolek et du comédien Hape Kerkeling, une action qu’il a ensuite justifiée comme un appel à la solidarité et à la prise de conscience face à la crise du sida. Il estimait que les personnalités publiques avaient un rôle à jouer dans la lutte contre les préjugés et la stigmatisation.
Son œuvre cinématographique, riche de plus de 150 courts et longs métrages, aborde des thèmes tels que l’homosexualité, le sida, la mémoire de la Shoah et la critique sociale. Parmi ses films les plus marquants figure Ce n’est pas l’homosexuel qui est perverti, mais la situation dans laquelle il vit (1971), qui a suscité un débat national et a contribué à la création de nombreux groupes de défense des droits des homosexuels. En 1985, il a réalisé Un virus n’a pas de morale, l’un des premiers longs métrages sur le sida.
Après la Seconde Guerre mondiale, la persécution des homosexuels par le régime nazi est restée longtemps un sujet tabou. Les hommes ayant survécu aux camps ont parfois été condamnés à de nouvelles peines après la guerre. Ce n’est qu’en 1969 que les relations sexuelles entre hommes ont été dépénalisées en Allemagne de l’Ouest. Entre 1945 et 1969, des dizaines de milliers d’hommes ont été condamnés pour homosexualité. En 2016, une réhabilitation a été accordée à 50 000 hommes allemands condamnés en raison de leur orientation sexuelle.
Dans une interview accordée à Der Spiegel, Rosa von Praunheim avait exprimé ses regrets de ne pas avoir réalisé de portraits de survivants homosexuels des camps de concentration dans les années 1960, à l’instar de Steven Spielberg avec les survivants juifs. « Il aurait été très important que les archives et les musées interrogent ces témoins oculaires », avait-il déclaré.
Rosa von Praunheim s’est marié à l’actrice Carla Egerer de 1969 à 1971, avec qui il a collaboré sur plusieurs films. Il a épousé l’acteur et réalisateur Oliver Sechting, son compagnon depuis 2008, il y a quelques jours. Il avait partagé des photos de son mariage sur Instagram, annonçant : « Le vendredi 12/12, j’ai épousé mon partenaire de vie Oliver ».
