Publié le 2024-12-19. L’Argentine pourrait enchaîner trois années de croissance économique consécutives, une première depuis plus de deux décennies, selon une nouvelle étude de BBVA Research, malgré une reprise qui s’annonce inégale selon les secteurs.
- Le PIB argentin devrait croître de 4,5 % en 2025, puis de 3 % en 2026 et 2027.
- L’agriculture, l’exploitation minière et le secteur financier devraient être les principaux moteurs de cette croissance.
- L’hétérogénéité sectorielle et la création d’emplois restent des défis majeurs pour l’économie argentine.
Après une année 2024 marquée par des ajustements et un déclin économique, l’Argentine pourrait connaître un retournement de situation. Une étude récente de BBVA Research prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 4,5 % en 2025, suivie de 3 % en 2026 et 2027. Cette perspective positive représente une rupture avec les deux dernières décennies, durant lesquelles le pays n’a pas réussi à maintenir une croissance économique sur trois années consécutives.
L’étude souligne toutefois que cette expansion ne sera pas uniforme. Les différents secteurs économiques devraient connaître des dynamiques divergentes. « Le défi se concentrera sur l’hétérogénéité sectorielle et la création d’emplois », indique le rapport. « Les secteurs les plus dynamiques continuent d’être à forte intensité de capital, tandis que ceux qui connaissent la plus forte baisse concentrent la main d’œuvre. »
Les résultats des élections législatives récentes, qui ont « consolidé le soutien de la société au programme économique », ont contribué à améliorer les perspectives économiques. Néanmoins, BBVA Research met en garde contre une reprise qui ne sera pas homogène. Une plus grande stabilité macroéconomique et un environnement des affaires amélioré devraient stimuler les investissements et les exportations dans les années à venir. Le PIB par habitant atteindrait en 2026 les niveaux observés avant le pic de 2022.
Selon l’étude, l’agroalimentaire, avec des droits de retenue réduits, l’exploitation minière, grâce à la valorisation des projets inclus dans le Régime d’Investissements pour les Grands Projets (RIGI), et l’intermédiation financière, avec une augmentation du crédit et des taux d’intérêt, devraient être les principaux contributeurs à la croissance du PIB. En revanche, l’industrie, le commerce et la construction ne devraient pas connaître de développement significatif, même avec les modifications apportées par le gouvernement aux critères des travaux publics. Ce déclin affectera particulièrement l’emploi formel, car ces secteurs concentrent la majorité de la main-d’œuvre.
BBVA Research met en avant les progrès des réformes en matière de travail, de fiscalité et de retraites comme des facteurs clés de cette projection de croissance. « Après des années de stagnation, les réformes structurelles que le gouvernement promeut pourraient augmenter le PIB potentiel, favorisant ainsi une croissance plus soutenue », explique le rapport.
Le plan de stabilisation mis en œuvre par le gouvernement de Javier Milei est également considéré comme un pilier central de ce scénario. L’étude prévoit un excédent budgétaire primaire estimé à environ 1,6 % du PIB pour 2025 et 2026, ce qui contribuerait à consolider le processus de désinflation et à renforcer la situation financière du pays.
BBVA s’attend à une inflation de 30 % en 2025, puis de 14 % en 2026 (inférieur aux 19 % prévus par la Banque Centrale de la République Argentine – BCRA) et de 10 % en 2027. La trajectoire vers l’objectif d’une inflation à un chiffre, promis par Javier Milei, sera plus lente et nécessitera le maintien de taux d’intérêt réels positifs.
Sur le plan macroéconomique, BBVA Research souligne que l’inflation mensuelle devrait s’accélérer au second semestre 2025, en raison de la réévaluation des prix réglementés et de la hausse du prix de la viande, bien que « le transfert de la dévaluation sur les prix ait été contenu ». Après les élections, le gouvernement a réussi à réduire les taux d’intérêt et la BCRA a commencé à normaliser sa politique monétaire, en réduisant les réserves obligatoires et en assouplissant la réglementation en matière de liquidité.
La politique monétaire devrait se concentrer sur le maintien de taux d’intérêt réels positifs, autour de 5 à 7 % par an, et sur la fourniture d’un cadre plus transparent pour le contrôle des agrégats monétaires. À partir de 2026, la BCRA ajustera les bandes de change en fonction de l’inflation et lancera un programme d’achat de réserves internationales, en fonction de l’évolution de la demande de monnaie. L’accumulation de réserves dépendra également de la capacité du gouvernement à refinancer les échéances de la dette sur les marchés.
Malgré ces perspectives positives, le rapport de BBVA Research met en garde contre plusieurs risques et défis. L’hétérogénéité sectorielle constitue le principal obstacle, car les secteurs en déclin concentrent l’emploi et pourraient rendre difficile la réduction du chômage et de l’informalité. Le marché du travail devrait connaître des progrès progressifs, qui pourraient s’accélérer si des réformes du travail sont mises en œuvre.
Le secteur de l’énergie continue d’augmenter son excédent commercial, contribuant à stabiliser les comptes extérieurs, même si le déficit du compte courant devrait rester autour de 2 % du PIB en 2025 et 2,5 % en 2026.
Le document souligne également la nécessité de faire avancer les changements législatifs qui rendent l’équilibre budgétaire permanent, ainsi que la régularisation des subventions tarifaires. La fragmentation du système de retraite et la complexité du régime fiscal restent des sources de distorsions et de déficit structurel.
