Publié le 16 novembre 2023 à 14h30. Le gouvernement chilien a annoncé l’expropriation de 100 hectares de terrain dans la région de Valparaíso pour répondre à la crise du logement, une décision qui suscite des débats sur la meilleure approche pour gérer les occupations illégales de terrains.
- Le gouvernement chilien a exproprié 100 hectares de terrain à San Antonio pour un projet de logements.
- Les occupants devront payer la valeur du terrain, et l’accès au projet sera soumis à des critères de sélection.
- Le ministre du Logement, Carlos Montes, défend cette mesure comme la meilleure solution après des mois de négociations infructueuses avec les propriétaires.
Le ministre du Logement, Carlos Montes, a détaillé ce jeudi les mesures prises par le gouvernement pour résoudre la situation complexe de la mégaprise de San Antonio, dans la région de Valparaíso. L’annonce de l’expropriation de 100 hectares de terrain pour la construction de logements sociaux intervient après des mois d’efforts pour trouver une solution négociée avec les propriétaires.
Montes a insisté sur la nécessité d’adapter la politique du logement aux réalités spécifiques de chaque région du Chili. Il a souligné que la situation à San Antonio, caractérisée par une occupation massive, exige une approche particulière, tout en affirmant que l’État ne contournera pas les procédures légales.
« Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait envisager différentes approches, car les réalités sont diverses. Il existe des programmes de logement pour les zones insulaires, les zones rurales, les classes moyennes… il y a différentes voies. Il ne s’agit pas seulement de répondre à la demande, mais aussi aux besoins spécifiques de chaque foyer. »
Carlos Montes, Ministre du Logement
L’accord de San Antonio implique une coresponsabilité des familles concernées, qui devront également contribuer financièrement au projet.
L’État n’exproprie pas pour offrir un avantage
Le Chili compte actuellement 1 432 camps de fortune, abritant plus de 120 000 familles, dont environ 30 % de migrants, a rappelé le ministre Montes. Il a précisé que la mégaprise de San Antonio nécessitait une approche spécifique en raison de son ampleur et des risques qu’elle représente.
L’expropriation annoncée ne se traduira pas par des avantages gratuits ou des privilèges pour les occupants actuels, a-t-il affirmé.
« La seule alternative viable était l’expropriation, mais sous certaines conditions. L’une d’entre elles est que les occupants doivent payer l’équivalent de la valeur du terrain. C’est une responsabilité qu’ils doivent assumer, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas contourner les règles. »
Carlos Montes, Ministre du Logement
Selon le ministre, 90 % des familles sont organisées en coopératives, mais toutes n’auront pas accès au projet de logement. Des critères de sélection seront mis en place pour déterminer qui remplit les conditions requises.
« Ils vont payer pour le terrain et ils vont décider quelles familles entrent ou non. L’État n’exproprie pas pour donner ; il exproprie pour un projet de logement où ils apportent l’équivalent de la valeur du terrain. Présenter cela autrement est une caricature », a-t-il déclaré lors d’une interview avec T13Radio.
Montes a souligné que toutes les mesures ont été prises dans le respect du cadre légal : « L’expulsion est ce que le tribunal ordonne, mais il faut aussi chercher des solutions, comme ce projet de logement. »
Montes assure que « c’était la meilleure solution »
Le gouvernement a passé six mois à tenter de négocier avec les propriétaires des terrains, a précisé le ministre du Logement. Deux évaluations ont été réalisées, la qualité du sol a été analysée et différentes options d’achat ont été étudiées, mais aucune n’a abouti.
« Nous sommes arrivés à la conclusion que la meilleure solution était que l’État réalise un projet de logement… Les propriétaires ont posé une condition : la transaction complète ou rien, un paiement unique et à un prix bien supérieur à celui des évaluations. Il n’y a pas eu d’accord », a-t-il expliqué.
L’occupation illégale, où vivent plus de 10 000 personnes, dont 3 000 enfants, était soumise à un ordre d’expulsion. Cependant, l’Exécutif a choisi d’éviter une intervention forcée, en raison des risques potentiels, selon le ministre.
« Jusqu’au dernier jour, nous avons dû essayer de garantir qu’il n’y ait pas d’expulsion, en raison des risques que cela comportait. »
Montes répond à Kast
Face aux critiques du candidat José Antonio Kast, qui dénonce un manque de préparation et des retards, le ministre Carlos Montes a minimisé l’importance de ces attaques.
« Je ne vais pas discuter avec un candidat. Je peux seulement dire que ce ministère compte 43 reconstructions en cours, dont celle de Valparaíso, certaines ayant pris 15 ans. Kast a tort, il a de mauvaises informations », a-t-il souligné.
Il a conclu : « Je comprends qu’il argumente, je le connais, je sais comment il est. Je demanderais que nous considérions cela comme un problème national et à long terme. »
