Publié le 10 novembre 2023 à 14h00. La Cour suprême indienne a clarifié les règles concernant la résiliation des contrats de vente, statuant qu’une partie ne peut pas rompre unilatéralement un accord indéterminé sans que le contrat lui-même ne le permette, et qu’elle ne peut exiger de l’autre partie qu’elle conteste d’abord la validité de cette rupture avant de demander l’exécution du contrat.
- La Cour suprême a jugé qu’une résiliation unilatérale d’un contrat de vente indéterminé est illégale, sauf si le contrat lui-même prévoit une telle possibilité.
- Elle a précisé qu’une partie lésée par une résiliation abusive n’a pas à engager une procédure distincte pour contester la rupture avant de demander l’exécution forcée du contrat.
- L’affaire portait sur un litige concernant une vente de terres agricoles dans l’État du Karnataka, entravée par des contestations foncières et des problèmes de relogement.
La Cour suprême a rendu un arrêt important lundi 10 novembre, interprétant la Loi sur les secours spécifiques de 1963. Cette décision vise à protéger les parties à un contrat de vente contre les ruptures unilatérales abusives. Selon le tribunal, permettre à une partie de se soustraire à ses obligations en invoquant une résiliation unilatérale imposerait une charge injuste à l’autre partie, qui aurait déjà rempli ses engagements.
Le litige concernait un accord de vente conclu le 28 avril 2000 pour 354 acres (environ 143 hectares) de terres agricoles situées dans le village de Basavanakoppa, dans l’État du Karnataka. Les propriétaires fonciers s’étaient engagés à vendre la propriété à un consortium dirigé par les familles Patadia et Muttanna pour un montant de ₹26,95 lakh (environ 32 000 euros au taux de change actuel), ayant déjà reçu un acompte de ₹9,45 lakh (environ 11 200 euros). Cependant, des retards liés à des litiges concernant le régime foncier et à la nécessité de reloger des locataires ont conduit les propriétaires fonciers à résilier unilatéralement l’accord en 2003. Ils ont ensuite vendu les mêmes terres à des tiers en 2007, malgré l’existence d’une injonction interdisant toute aliénation.
La famille Patadia a alors intenté une action en exécution spécifique, affirmant être prête et disposée à honorer ses obligations contractuelles. La Haute Cour s’était prononcée en leur faveur, ordonnant aux acheteurs ultérieurs de signer les actes de vente et de remettre la possession des terres. La Cour suprême a confirmé ce jugement, tout en précisant le principe juridique applicable.
Dans sa décision, rédigée par le juge Pardiwala, la Cour a souligné que l’exécution forcée d’un contrat ne peut être bloquée par une résiliation unilatérale que si le contrat lui-même autorise une telle action.
« Si un contrat ne donne pas le droit de le résilier unilatéralement, ou si ce droit a été renoncé, et qu’une partie rompt quand même le contrat unilatéralement, cette résiliation équivaut à une violation par répudiation. La partie qui n’a pas résilié le contrat peut alors directement demander l’exécution forcée, sans avoir à engager une procédure préalable pour contester la validité de la rupture. »
Juge Pardiwala
La Cour a ajouté qu’il incombe à la partie qui prétend avoir des motifs légitimes de résilier le contrat de saisir le tribunal pour faire valoir ses arguments, et non à l’autre partie de contester la rupture.
« Dans de tels cas, il ne peut pas incomber au demandeur de contester la résiliation alléguée… Lorsqu’une partie prétend avoir des raisons valables de résilier… c’est cette partie résiliante, le cas échéant, qui devrait idéalement s’adresser au tribunal. »
La Cour suprême
Titre de l’affaire : KS MANJUNATH ET ORS. Versus MOORASAVIRAPPA @ MUTTANNA CHENNAPPA BATIL DEPUIS DÉCÉDÉ PAR SON LRS ET ORS.
Pour plus d’informations sur cette affaire, vous pouvez consulter cet article.
