Après une gestation tumultueuse, marquée par une refonte créative en plein tournage, la série Daredevil: Born Again est enfin disponible sur Disney+. Le retour de Matt Murdock et de Wilson Fisk, interprétés par Charlie Cox et Vincent D’Onofrio, promettait une plongée sombre et intense dans l’univers du justicier aveugle, mais la série peine à tenir toutes ses promesses.
Dès les premiers épisodes, Daredevil: Born Again frappe par sa violence brute et ses choix narratifs audacieux, installant une ambiance sombre et réaliste qui rappelle l’essence de la série originale de Netflix. La production s’efforce de capturer ce qui a séduit les fans : des personnages complexes, des enjeux crédibles et un univers ancré dans les bas-fonds de l’univers cinématographique Marvel (MCU), plutôt que sous les feux de la rampe. Cependant, au fil des épisodes, la série montre des signes de faiblesse, submergée par ses propres ambitions.
L’un des principaux problèmes réside dans le nombre excessif de personnages et d’intrigues secondaires qui se disputent l’attention du spectateur. De nouveaux visages sont introduits, mais leurs arcs narratifs manquent de développement. Certains personnages importants disparaissent et réapparaissent de manière arbitraire, tandis que les confrontations tant attendues entre Matt Murdock et Wilson Fisk sont trop rares. Même Fisk, désormais maire, ne semble pas pleinement impliqué dans les actions illégales que l’on attendrait de lui.
Cette surcharge narrative affecte l’évolution du personnage de Matt Murdock, qui apparaît parfois incohérent. Le Daredevil que l’on découvre ici s’éloigne progressivement de celui que les spectateurs ont appris à connaître et à apprécier. Son parcours, bien que prometteur au début, manque de la profondeur et de la force émotionnelle de la série Netflix. Un épisode en particulier, le cinquième, semble artificiellement construit pour intégrer une apparition surprise.
Heureusement, la série excelle dans certains domaines. Les scènes d’action sont impeccablement chorégraphiées, rappelant la qualité des combats qui ont fait la renommée de Daredevil. Les interprétations sont également à la hauteur des attentes, avec Charlie Cox qui reprend son rôle avec une aisance déconcertante. Vincent D’Onofrio et Jon Bernthal, de retour dans leurs rôles respectifs, ne déçoivent pas non plus.
Michael Gandolfini se distingue parmi les nouveaux acteurs. Son personnage, charismatique et attachant, établit immédiatement une complicité avec Wilson Fisk, suggérant une relation de mentorat. La dynamique entre Vanessa et Wilson Fisk est également un point fort de la série, traitée avec subtilité et respect. Ayelet Zurer, dans le rôle de Vanessa, apporte une profondeur émotionnelle remarquable. L’apparition, même brève, de Jon Bernthal en tant que The Punisher est particulièrement appréciée des fans.
La série propose quelques rebondissements intéressants et des moments de génie qui témoignent de son potentiel. Cependant, si Born Again continue sur cette voie, elle risque de succomber à la pression de s’intégrer à l’ensemble du MCU, au détriment de son identité propre. Une erreur majeure, selon certains, a été de conserver les six premiers épisodes, tournés avant la refonte créative. Les épisodes suivants, fruit de la nouvelle direction artistique, sont nettement supérieurs.
Daredevil: Born Again parvient à enrichir la dimension réaliste du MCU tout en offrant une narration sombre et intense, un registre rarement exploré par Marvel. Malgré un manque de concentration et une multitude d’intrigues secondaires, la série propose des scènes d’action palpitantes, des performances solides et pose les bases d’une suite potentiellement prometteuse. Même si l’histoire ne convainc pas tous les spectateurs, le plaisir de retrouver ces personnages emblématiques est indéniable.
Daredevil: Born Again est disponible sur Disney+ depuis le 4 mars.
