Publié le 22 novembre 2025 à 19h28 (mis à jour le 22 novembre à 20h21). Un article incendiaire publié par un quotidien chinois a suscité une vive controverse après avoir incité, de manière maladroite, les travailleurs à effectuer des heures supplémentaires non rémunérées en guise de « riposte » aux déclarations d’une ministre japonaise sur Taïwan.
- Le Guangming Daily a publié un article appelant à une démonstration de patriotisme par le biais d’heures supplémentaires gratuites.
- Cet article a été largement critiqué par les internautes chinois, qui y voient une violation du droit du travail et une tentative de propagande maladroite.
- L’affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et le Japon, notamment suite aux déclarations du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant Taïwan.
L’article, signé par le rédacteur en chef adjoint Chen Pingao et intitulé « Consacrez-vous à ma patrie bien-aimée », affirmait que les propos de Sanae Takaichi avaient « accru l’enthousiasme patriotique » du peuple chinois et « catalysé la motivation de chacun à faire du bon travail et à servir le pays ». Il rapportait même le témoignage d’un ouvrier se proposant de travailler cinq équipes supplémentaires par mois, gratuitement, en réponse à la « provocation » japonaise.
La réaction sur les réseaux sociaux chinois a été virulente. Les internautes ont dénoncé l’article comme étant « rouge de bas niveau, noir de haut niveau », une expression péjorative désignant une propagande grossière et inefficace. Beaucoup ont souligné que le droit du travail chinois interdit explicitement les heures supplémentaires non rémunérées, et que les cinq équipes proposées dépassaient largement la limite légale de 36 heures supplémentaires par mois (soit 40 heures). Des critiques acerbes ont fusé, accusant le Guangming Daily de « violer la loi » et certains se sont même interrogés sur les motivations de l’auteur, suggérant qu’il pourrait être un espion japonais.
L’affaire prend une dimension particulière compte tenu du passé trouble de Dong Yuyu, directeur adjoint du département des commentaires du Guangming Daily. Il avait été arrêté en 2022 alors qu’il déjeunait avec un diplomate japonais à Pékin, accusé d’espionnage, et condamné à sept ans de prison en novembre 2024, peine confirmée en appel le 13 novembre de cette année. Cette histoire a alimenté les spéculations et les accusations sur les réseaux sociaux, certains internautes se demandant si l’article controversé n’était pas une opération délibérée.
Face à l’indignation croissante, les administrateurs des réseaux sociaux ont rapidement supprimé les images et les textes relatifs à l’article. Cependant, le commentaire original est resté accessible sur le site officiel du Guangming Daily, suscitant l’ironie de certains internautes qui ont partagé des photos du journal comme un « souvenir ».
Cet épisode illustre les tensions persistantes entre la Chine et le Japon, exacerbées par la question de Taïwan. Sanae Takaichi avait précédemment refusé de revenir sur ses déclarations concernant la situation à Taïwan, ce qui avait provoqué une vague de critiques de la part de la Chine, qui a intensifié ses menaces à l’encontre du Japon.
