Publié le 2024-10-27. De plus en plus de femmes enceintes au Rwanda bénéficient de soins prénatals, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour atteindre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et réduire la mortalité infantile.
- En 2025, 78 % des femmes ont effectué au moins quatre visites de soins prénatals pendant leur grossesse, contre 47 % en 2019-2020.
- Le Rwanda s’aligne sur les recommandations de l’OMS qui préconisent au moins huit contacts de soins prénatals tout au long de la grossesse.
- Un manque de sensibilisation à l’importance des soins prénatals reste un obstacle majeur à l’amélioration de la couverture.
Les soins prénatals, qui englobent l’ensemble des soins de santé dispensés dès le début de la grossesse jusqu’à l’accouchement, sont en progression au Rwanda. Les dernières données de l’Enquête démographique et de santé au Rwanda révèlent une augmentation significative du nombre de femmes accédant à ces services essentiels. En 2025, près de 78 % des femmes enceintes ont bénéficié d’au moins quatre visites de soins prénatals, une nette amélioration par rapport aux 47 % enregistrés entre 2019 et 2020.
Si les autorités sanitaires rwandaises recommandaient déjà quatre visites prénatales comme un minimum pour une grossesse et un accouchement sans danger, les normes internationales évoluent. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande désormais au moins huit contacts de soins prénatals, répartis tout au long de la grossesse, afin de permettre une détection plus précoce des complications, un suivi plus étroit et un meilleur accompagnement des futures mères et de leurs bébés.
Le Rwanda a entamé un processus d’alignement sur ces nouvelles recommandations. Selon le Dr François Regis Cyiza, directeur des établissements de santé maternelle et infantile au Centre biomédical du Rwanda (RBC), le ministère de la Santé a révisé ses directives en 2020 pour adopter la recommandation de huit contacts de soins prénatals. « La mise en œuvre a commencé en novembre 2023, et au cours de l’exercice 2024/2025, de juillet 2024 à juin 2025, 25 % des femmes enceintes ont effectué les huit visites », a-t-il précisé.
Malgré ces progrès, la couverture reste limitée. Le Dr Cyiza explique que cela s’explique en partie par le caractère récent du programme et par la nécessité de renforcer l’éducation et la sensibilisation communautaires sur les bénéfices d’un suivi complet. Des efforts sont également déployés pour étendre les services de soins prénatals aux établissements de santé de premier niveau, tels que les postes de santé, afin de les rendre plus accessibles.
Le Dr Stephen Rulisa, obstétricien et gynécologue au Centre hospitalier universitaire de Kigali (CHUK), souligne que le coût n’est pas le principal frein à l’accès aux soins prénatals. « Les femmes doivent apprendre la valeur des soins prénatals ; ce n’est pas qu’elles ne peuvent pas se le permettre, beaucoup ont une assurance, cependant, le problème est qu’elles ne savent pas pourquoi ces visites sont importantes », a-t-il déclaré. Il insiste sur la nécessité d’une meilleure information des femmes sur l’importance d’un suivi régulier.
L’OMS met en avant la nécessité de systèmes de santé solides, de personnel qualifié et de ressources adéquates dans tous les établissements de santé pour atteindre ses objectifs. « Pour atteindre l’objectif de l’OMS, les pays ont besoin de systèmes de santé solides, d’un personnel suffisamment formé et des fournitures nécessaires dans chaque établissement. Un engagement précoce est nécessaire, dès le premier contact au cours du premier trimestre, et les communautés doivent être informées afin que les femmes comprennent l’importance d’assister à toutes les visites. Des approches flexibles, telles que le recours à des sages-femmes, des agents de santé communautaires et des services de proximité, sont essentielles pour atteindre les femmes dans les zones reculées », souligne l’organisation.
L’amélioration de la couverture des soins prénatals au Rwanda est également attribuable à une meilleure sensibilisation de la population, grâce aux actions menées par les agents de santé communautaires, les professionnels de santé et les autorités locales. L’éducation par le biais de la radio et de la télévision, ainsi que l’intégration des indicateurs de soins prénatals dans les objectifs de performance des collectivités locales (Imihigo), ont contribué à cette évolution positive.
Enfin, l’amélioration de l’accessibilité géographique aux services de santé, grâce à la construction de nouveaux centres de santé et à la modernisation des postes de santé existants, a permis de rapprocher les soins des populations vivant dans les zones rurales. « Je pense que les progrès que nous avons constatés en matière de soins prénatals sont dus aux campagnes de sensibilisation et à la confiance croissante que les gens ont dans le système de santé. Désormais, ils savent qu’ils peuvent se rendre dans un établissement de santé et obtenir des soins, et cela a fait une différence », a conclu le Dr Rulisa.
Cependant, le Dr Rulisa met en garde contre un phénomène préoccupant : de nombreuses femmes commencent un suivi prénatal, mais ne le mènent pas à son terme. « Les femmes supposent que puisque leurs premières visites ont été normales, il n’est pas nécessaire de revenir. Cela montre une lacune dans la façon dont les professionnels de la santé communiquent. Lorsqu’une femme vient, vous ne devez pas simplement expliquer sa situation à ce moment-là, vous devez également expliquer ce qui pourrait arriver si elle ne revient pas, même si tout semble aller bien. Après deux visites où tout va bien, il est facile pour elle de supposer qu’elle ira toujours bien », explique-t-il.
Il souligne également que le non-respect des visites prénatales recommandées contribue à maintenir un taux de mortalité périnatale (décès d’un fœtus après la 20e semaine de grossesse) élevé au Rwanda, malgré l’amélioration de la santé maternelle. « La mortinatalité ne concerne pas ce qui se passe pendant l’accouchement ; elle concerne les soins prénatals et la surveillance étroite de la grossesse. De nombreuses conditions qui conduisent à la mortinatalité peuvent être détectées avant l’accouchement, et la cause de la mort du bébé aurait dû être détectée pendant la grossesse. Un suivi plus étroit, en particulier au cours du dernier trimestre, est important pour prévenir ces conséquences », a-t-il ajouté.
