Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’essor des injections esthétiques soulève des questions de sécurité et de formation. Face à un manque de réglementation, deux médecins néo-zélandais lancent un organisme de certification pour garantir des pratiques plus sûres et professionnelles.
- La popularité croissante des traitements injectables, illustrée par leur présence dans des émissions de télé-réalité, met en lumière des préoccupations concernant les protocoles de sécurité et la qualification des praticiens.
- Les substances injectées pour le volume, lisser les rides ou hydrater la peau sont moins strictement réglementées que le Botox, ce qui crée un vide juridique exploité par des praticiens non qualifiés.
- LA Aire, un nouvel organisme de certification, vise à établir des normes plus élevées en matière de sécurité, de professionnalisme et de responsabilité dans le domaine de la médecine esthétique en Nouvelle-Zélande.
L’industrie de la médecine esthétique est en plein essor, mais cette popularité croissante s’accompagne de risques. Récemment, une scène de l’émission de télé-réalité Vendre le coucher du soleil a fait polémique : des candidates se faisaient injecter du gel Rejuran en direct, lors d’une fête. Les images, montrant des injections réalisées avec une désinvolture déconcertante, ont soulevé des questions légitimes sur l’hygiène et la sécurité des pratiques.
Le problème ne se limite pas aux stars de la télévision. En Nouvelle-Zélande, certains praticiens proposent des injections sans avoir suivi la formation spécialisée nécessaire pour garantir la sécurité des patients. La réglementation actuelle est source de confusion : le Botox, classé comme médicament, doit être administré par un médecin ou un professionnel qualifié. En revanche, les produits utilisés pour le comblement cutané, la création de volume ou l’hydratation de la peau sont considérés comme des dispositifs médicaux, ce qui les soumet à des règles beaucoup moins strictes.
Face à cette situation, les docteurs Nameer Wadea et Peter Aspell ont créé LA Aire, un organisme de conseil et de formation en médecine esthétique. Leur objectif : régir l’utilisation des produits injectables, notamment le Botox et les produits de comblement, et garantir un niveau de sécurité optimal.
« Nous nous engageons à fournir une surveillance clinique de qualité et éthique aux médecins de toute la Nouvelle-Zélande. Nous offrons des services dans tout le pays, y compris une surveillance cosmétique, des formations et des ordonnances permanentes pour les cliniciens enregistrés qui souhaitent pratiquer des injectables sûrs et experts »,
Dr Nameer Wadea, cofondateur de LA Aire
LA Aire se positionne comme la première organisation à proposer une accréditation de ce type en Nouvelle-Zélande. Selon le Dr Wadea, le recours à un praticien accrédité par LA Aire rassure les patients quant au respect de protocoles de sécurité rigoureux. L’accréditation implique un contrôle approfondi des demandes, des documents, des politiques, ainsi qu’une évaluation des compétences et une surveillance continue.
Le Dr Ellen Selkon, médecin esthétique senior et associée de la Clinic 42, souligne le manque de standardisation dans le secteur. Elle explique que le Conseil médical de Nouvelle-Zélande réglemente les médecins ayant suivi un diplôme de deux ans délivré par la Société néo-zélandaise de médecine esthétique (NZSCM). Ce programme est le seul reconnu permettant à un médecin de pratiquer la médecine esthétique sans supervision collégiale. La NZSCM effectue des visites triennales des cabinets pour vérifier la conformité des pratiques.
Les règles sont différentes pour les infirmières, le Conseil infirmier ne proposant pas de programme de formation officiel ni d’organisme de réglementation reconnu. Elles peuvent rejoindre des réseaux comme le Clinical Aesthetic Network New Zealand (CANN) ou la New Zealand Aesthetic Nurses Association (NZANA). Les hygiénistes dentaires et les pharmaciens peuvent également pratiquer des injections, mais sans formation ni supervision spécifique.
Selon le Dr Selkon, même lorsqu’ils agissent sous les ordres d’un médecin ou d’une infirmière praticienne, leur formation est principalement dispensée par les sociétés pharmaceutiques.
Parallèlement, le Conseil médical envisage de renforcer la réglementation pour garantir que tous les praticiens possèdent les qualifications et la formation nécessaires avant de pratiquer des injections.
Le Dr Wadea estime que la Nouvelle-Zélande devrait s’inspirer du modèle australien, où l’Australian Health Practitioner Regulatory Agency (AHPRA) supervise tous les injecteurs, quel que soit leur statut professionnel. En Australie, seuls les médecins et les infirmières sont autorisés à pratiquer des injections, et tous les patients doivent passer un bilan de santé mentale avant tout traitement.
En cas de complications liées à un traitement esthétique, le Dr Selkon recommande de contacter immédiatement le praticien pour qu’il puisse prendre les mesures nécessaires. Si le problème persiste, il est possible de porter plainte auprès du commissaire à la santé et au handicap ou de signaler l’incident au Centre de pharmacovigilance néo-zélandais (CARM), qui est surveillé par Medsafe.
Selon Consumer NZ, de nombreuses blessures liées aux traitements de médecine esthétique sont couvertes par l’ACC. Une étude récente a révélé que l’ACC a reçu 144 réclamations liées à la médecine esthétique et à la chirurgie esthétique en un an.
