Publié le 2025-12-14 04:30:00. La gauche chilienne, autrefois auréolée de son rôle dans la transition démocratique, se retrouve aujourd’hui sur la défensive, confrontée à une perte de crédibilité et à des accusations de recours à la violence pour accéder au pouvoir, un écho troublant des méthodes qu’elle dénonçait autrefois.
- La génération qui a succédé aux figures historiques de la Concertation a été accusée d’opportunisme et de vouloir profiter des succès de ses prédécesseurs.
- L’émergence d’une nouvelle gauche, plus radicale, a remis en question les acquis de la transition et a flirté avec des stratégies potentiellement autoritaires.
- Le contexte politique actuel, marqué par la montée de l’extrême droite, oblige la gauche chilienne à rendre des comptes et à justifier ses actions passées.
La théorie politique grecque enseigne que ceux qui s’opposent à la tyrannie incarnent le meilleur d’une société. Pourtant, l’histoire chilienne récente suggère une réalité plus complexe. La manière dont la classe dirigeante chilienne a réagi face aux atrocités de la dictature militaire de Pinochet a soulevé des questions sur la nature de l’aristocratie et la légitimité du pouvoir.
Pendant deux décennies, le Chili a été gouverné par les artisans de la transition démocratique, qui brandissaient leur expérience comme un gage de vertu face aux critiques de la droite. Cette posture rappelait, selon l’auteur, la fierté des premiers chrétiens exhibant leurs cicatrices sous Constantin. Mais, comme le soulignent les philosophes grecs, les élites ont aussi tendance à la corruption, engendrant des oligarchies puis des régimes autoritaires.
Dans le cas de la Concertation, ce processus a été particulièrement rapide. La génération suivante, incarnée par des figures comme Elizalde et Tohá, a semblé se complaire dans un rôle de second plan, laissant à leurs aînés le soin de mener les batailles politiques et d’en récolter les fruits. L’opération “Nouvelle Majorité” visait à la fois à dynamiser les rangs et à éclipser les anciens leaders, comme Lagos.
Mais cette nouvelle génération, animée d’un désir d’accusation intransigeant, a rapidement voulu dépasser ses prédécesseurs. Elle se considérait comme véritablement démocratique et a flirté avec des tentations autoritaires, se demandant si la violence ne pourrait pas être légitimée pour prendre le pouvoir et imposer un nouveau modèle constitutionnel. Cette rhétorique faisait écho aux méthodes de la droite sous Pinochet.
L’auteur souligne que si le président Piñera avait fait réprimer par l’armée les manifestations du 12 novembre 2019, la gauche et le Parti communiste auraient été discrédités, et la droite aurait pu se présenter pendant des décennies comme le rempart contre la dictature. Cependant, l’absence de répression militaire a placé la gauche sur le banc des accusés, obligée de justifier ses actions.
Aujourd’hui, la gauche chilienne est confrontée à une crise de légitimité. Elle est accusée d’avoir profité de la violence pour accéder au pouvoir, puis d’avoir échoué à répondre aux attentes. Elle se retrouve à devoir se défendre contre l’ascension de l’extrême droite, incarnée par José Antonio Kast, que ses soutiens présentent comme une alternative viable. Les avertissements concernant les mobilisations potentielles rappellent, selon l’auteur, la série Mussolini : Fils du siècle, qui met en garde contre les dangers du fascisme.
La situation actuelle rappelle, d’une certaine manière, le référendum de 1988, mais avec une différence cruciale : cette fois, c’est la gauche qui doit rendre des comptes et reconnaître ses erreurs. Le terrain a changé, et les règles du jeu ne sont plus les mêmes.
