Publié le 8 novembre 2025 08h33. À une quinzaine de kilomètres d’Amsterdam, et désormais sur d’autres continents, des initiatives architecturales innovantes repensent la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de démence, en misant sur des environnements adaptés pour préserver leur autonomie et leur bien-être.
- Un village néerlandais, Hogeweyk, simule une ville entière pour les personnes atteintes de démence.
- Des modèles similaires se développent en France et en Argentine, avec des approches différentes mais un objectif commun : adapter l’environnement aux besoins des patients.
- L’architecture est de plus en plus reconnue comme un outil thérapeutique essentiel dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer.
À seulement 15 minutes en train d’Amsterdam, aux Pays-Bas, se trouve un lieu singulier : Hogeweyk, souvent surnommé « Villa Démence ». Loin d’être un simple établissement médical, il s’agit d’une reconstitution minutieuse d’une petite ville, conçue spécifiquement pour accueillir des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de démence sénile.
Ses rues, ses places, ses boutiques et ses cafés participent à une véritable simulation thérapeutique. Les soignants et infirmières y travaillent sans uniforme, endossant différents rôles – commerçants, serveurs, voisins – afin d’accompagner le quotidien des résidents sans l’interrompre. L’objectif n’est pas de masquer la maladie, mais de recréer un environnement familier et sécurisant, où les patients peuvent continuer à prendre des décisions et conserver un certain degré d’indépendance dans un cadre contrôlé.
La maladie d’Alzheimer, une forme de démence qui entraîne une détérioration progressive de la mémoire, de l’orientation et du langage, rend crucial un environnement adapté capable de compenser ces pertes.

150 personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de démence sénile vivent à la Villa Demencia. (Photo : Village de Hogeweyk)
Lancé à titre expérimental en 1993 et consolidé en 2009, le modèle néerlandais combine architecture et gérontologie. Le village, qui s’étend sur 15 000 mètres carrés et compte 27 maisons, est un espace clos qui recherche une liberté possible : protéger sans enfermer. La vie quotidienne – faire les courses, assister à une pièce de théâtre, prendre un café – est maintenue dans un environnement qui atténue les troubles de la mémoire.
Cette approche a inspiré des initiatives similaires à travers le monde, notamment au Canada, en Norvège, en Italie et en Australie. En France, le concept a été adapté avec une perspective propre. À Dax, dans le sud-ouest du pays, le Village Alzheimer propose une approche différente. Contrairement à Hogeweyk, qui recrée une ville entière, le complexe français n’imite pas un environnement urbain et ne dissimule pas son caractère institutionnel.
Il dispose d’une boutique, d’un espace coiffure, d’une place et d’un restaurant, mais le tout dans un cadre institutionnel. L’idée n’est pas de reproduire une fiction du passé, mais d’accompagner la vie présente dans un espace reconnaissable, calme et sécurisant. Un chemin circulaire traverse le site, évitant les impasses pour permettre aux résidents de se promener sans risque de se perdre.

La Villa Demencia s’étend sur plus de 15 000 mètres carrés et est fermée au monde extérieur. (Photo : Village de Hogeweyk)
En Argentine, la résidence Manantial, à Buenos Aires, propose une troisième approche. Il s’agit d’un bâtiment de quatre étages conçu dès le départ pour répondre aux besoins des personnes atteintes de démence, sans recourir à la simulation. Son directeur, Fernando Shalom, explique :
« L’architecture peut prendre soin. Cet espace a été construit pour que chacun conserve – le plus longtemps possible – la capacité de diriger sa vie selon ses désirs, ses croyances, ses goûts et ses intérêts. »
Le projet, élaboré en collaboration avec l’architecte Manuel Schopflocher, évite les couloirs fermés et privilégie les sols circulaires, les garde-corps continus et les jardins sans fin, permettant aux résidents de se déplacer en toute sécurité. Les revêtements de sol reproduisent les trottoirs typiques de Buenos Aires, et les espaces verts évoquent des souvenirs urbains. Chaque étage regroupe les environnements essentiels : chambres, salle à manger, cuisine, infirmerie et espaces de stimulation.

Le plan du bâtiment destiné aux personnes atteintes de démence à Buenos Aires. (Image : avec l’aimable autorisation de Manantial)
Mara Maslavski, coordinatrice gérontologique de la résidence, précise :
« Il ne s’agit pas d’adapter la personne au bâtiment, mais de faire en sorte que le bâtiment s’adapte à la personne. »
Les études internes de la résidence montrent qu’après six à neuf mois, 30 % des résidents améliorent leurs capacités fonctionnelles et plus de 60 % les maintiennent.
Graciela Saracco, une résidente, témoigne :
« Je me sens très à l’aise et c’est pourquoi je participe à toutes les activités. Je me sens accompagnée. Dans ma chambre, j’aime le lit et le bureau où j’ai des photos de ma famille. Chaque soir, je les regarde et j’envoie à chacun un baiser. »
Ces trois modèles – la ville simulée de Hogeweyk, l’approche naturelle de Dax et la maison thérapeutique de Buenos Aires – convergent vers une même conclusion : l’environnement physique influence autant que les médicaments. L’architecture, dans ce contexte, cesse d’être un simple décor et devient un véritable outil thérapeutique.

Les salles de bains sont conçues pour être visibles depuis le lit, avec un éclairage direct au-dessus des toilettes pour encourager leur utilisation. (Photo : avec l’aimable autorisation de Manantial)
