Publié le 28 décembre 2025 à 06h06. Derrière les alléchantes promesses de produits « naturels » et « sains », se cache souvent une quantité insoupçonnée de sucres ajoutés, un piège tendu aux consommateurs soucieux de leur alimentation.
- Les produits transformés, même ceux affichant des labels valorisants, sont souvent riches en sucres cachés.
- Les nouvelles réglementations sur l’étiquetage des sucres ajoutés ne sont pas toujours efficaces, les industriels ayant trouvé des moyens de contourner les règles.
- Réduire sa consommation de sucre nécessite une vigilance accrue et une lecture attentive des étiquettes nutritionnelles.
De nombreux consommateurs se tournent vers des alternatives perçues comme plus saines : granola « entièrement naturel » enrichi en protéines, yaourts allégés « à base de vrais fruits », laits végétaux « biologiques » ou encore smoothies « superaliments » en bouteille. Pourtant, une étude révèle que ces produits peuvent cacher une quantité alarmante de sucres ajoutés, compromettant ainsi les bénéfices attendus pour la santé.
« Les entreprises utilisent un marketing astucieux pour détourner l’attention des consommateurs », explique Nicole Avena, professeure de neurosciences et de psychiatrie à la Mount Sinai Medical School et à l’Université de Princeton, spécialisée dans l’étude des sucres ajoutés. Elle souligne que, si certaines marques prennent conscience de l’importance de réduire les sucres, « beaucoup de grandes marques ne se soucient pas tellement de la santé des gens ».
La consommation excessive de sucre est liée à de nombreuses pathologies, notamment les maladies cardiaques, l’obésité, le diabète et d’autres risques pour la santé. Selon l’American Heart Association, l’Américain moyen consomme en moyenne 17 grammes de sucre ajouté par jour, ce qui représente 57 livres (26 kilogrammes) par an. Près de la moitié de cette quantité provient des boissons, mais le reste se retrouve dans des aliments aussi variés que les céréales, la salsa, les sandwichs préparés, les produits laitiers, les sauces en bouteille et même certains pains à grains entiers.
Depuis 2021, les entreprises agroalimentaires sont tenues d’indiquer la quantité de sucres ajoutés séparément de la teneur totale en sucre sur les étiquettes nutritionnelles. Cependant, cette mesure a eu un effet pervers, selon Nicole Avena. Les industriels ont réduit l’utilisation d’édulcorants classiques comme le sucre de betterave raffiné et le sirop de maïs à haute teneur en fructose, mais ont remplacé ces derniers par des alternatives telles que le fruit du moine et l’érythritol, des alcools de sucre qui ne sont pas considérés comme des « sucres ajoutés » au sens de la réglementation de la FDA.
« Nos aliments sont désormais encore plus sucrés qu’ils ne l’étaient en 2020 », déplore la professeure Avena.
Collin Popp, diététicien et professeur à NYU Langone Health, estime que les recommandations actuelles de la FDA sont trop permissives. La FDA recommande de ne pas dépasser 10 % de l’apport calorique quotidien en sucres ajoutés, ce qui équivaut à environ 50 grammes par jour pour un régime de 2 000 calories, soit un peu plus que la quantité contenue dans un soda classique. « J’aimerais que ce chiffre soit inférieur à 5 %, voire plus proche de zéro pour les personnes atteintes de diabète ou de prédiabète », précise-t-il.
La clé réside dans une vigilance accrue face à la composition des aliments, même ceux qui se présentent comme sains ou biologiques. Les noix grillées, les laits végétaux et les pois wasabi peuvent contenir des quantités surprenantes de sucres ajoutés. Il en va de même pour les muffins anglais et le yaourt grec. Un yaourt aux cerises noires Chobani, par exemple, ne contient aucun gramme de matières grasses, mais 9 grammes de sucre ajouté, soit plus de 2 cuillères à café. Le lait d’amande de marque Silk en contient 7 grammes par tasse.
Pour contrôler son apport en sucre, il est recommandé d’acheter du yaourt nature et d’ajouter soi-même du miel ou des fruits rouges, ou de demander à son barista d’ajouter son propre lait d’avoine dans son café.
Si les édulcorants artificiels comme la stévia et les alcools de sucre peuvent réduire la teneur en calories des aliments, ils ne sont pas forcément une meilleure option. Nicole Avena explique que ce sont les saveurs sucrées qui activent le centre de récompense du cerveau, et non le sucre lui-même. Ces substituts pourraient donc encourager une surconsommation. Elle nuance toutefois cette affirmation en soulignant que certaines alternatives, comme l’allulose, peuvent être bénéfiques pour les personnes atteintes de diabète de type 1, car elles n’affectent pas la glycémie.
« Ne laissez pas les entreprises alimentaires décider de la quantité de sucre que vous consommez », conclut Nicole Avena. Il est essentiel de minimiser sa dépendance au goût sucré pour améliorer sa santé globale.
Albert Stumm écrit sur la nourriture, les voyages et le bien-être. Retrouvez son travail sur www.albertstumm.com.
