Des navires de guerre chinois, russes et iraniens mènent actuellement des manœuvres militaires conjointes au large des côtes sud-africaines, un signal fort de la coopération croissante entre puissances non occidentales et une remise en question de la domination maritime traditionnelle. Ces exercices, qui se déroulent dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, illustrent une volonté commune de projeter une présence navale et de contester l’ordre de sécurité mondial établi.
L’exercice, qui a débuté cette semaine près de Simon’s Town, en Afrique du Sud, se concentre sur la sécurité maritime, les opérations de recherche et de sauvetage, la lutte contre la piraterie et des simulations de lutte antiterroriste, selon la Force de défense nationale sud-africaine. Les responsables insistent sur le caractère défensif et coopératif de ces manœuvres, visant à protéger les voies maritimes vitales reliant les océans Indien et Atlantique, par lesquelles transite une part importante du commerce mondial et des expéditions d’énergie.
La Chine a déployé un destroyer lance-missiles et un navire de ravitaillement, poursuivant ainsi son expansion navale au-delà de ses frontières. La Russie, confrontée à des sanctions occidentales et engagée dans le conflit en Ukraine, a envoyé une frégate et des navires de soutien, démontrant sa capacité à maintenir une présence mondiale. L’Iran, isolé par les sanctions américaines, a également participé avec un destroyer et un navire logistique, soulignant sa détermination à étendre son influence navale au-delà du golfe Persique.
Cette convergence de marines reflète un changement plus large dans la dynamique du pouvoir mondial, notamment au sein du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Bien que l’Inde et le Brésil ne participent pas à cet exercice spécifique, la présence de la Chine, de la Russie et de l’Iran indique une volonté de traduire la coopération économique en signaux militaires plus tangibles.
L’Afrique du Sud a défendu son droit d’accueillir ces exercices, affirmant qu’elle reste attachée à une politique étrangère non alignée et à un engagement multipolaire. « L’Afrique du Sud n’est en guerre avec aucun des pays impliqués », a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense, soulignant que les exercices conjoints sont une pratique courante dans les relations militaires internationales.
Cependant, l’opposition sud-africaine a critiqué le gouvernement pour son rapprochement avec des États soumis à de lourdes sanctions, notamment la Russie et l’Iran, craignant que cela ne nuise aux relations avec les États-Unis et l’Union européenne, partenaires commerciaux importants. Le gouvernement a rejeté ces accusations, rappelant qu’il mène également régulièrement des exercices avec les membres de l’OTAN.
Le timing de ces manœuvres est particulièrement significatif, coïncidant avec une intensification des tensions entre Washington et plusieurs pays du Sud global. Les événements récents au Venezuela, notamment la saisie de cargaisons pétrolières et l’arrestation de responsables, ont suscité la condamnation de pays qui y voient une violation de la souveraineté et du droit international. La Chine et la Russie considèrent le Venezuela comme un symbole de résistance à ce qu’elles perçoivent comme une guerre économique américaine, et l’Iran partage cette perspective.
Les eaux autour de l’Afrique australe revêtent une importance stratégique croissante, la route maritime du Cap offrant une alternative au canal de Suez, notamment en cas de perturbations liées à des conflits régionaux. Historiquement dominées par les marines occidentales, ces routes maritimes voient désormais une volonté affirmée de la part de la Chine, de la Russie et de l’Iran de jouer un rôle dans leur sécurisation.
La Chine a établi sa première base militaire à l’étranger à Djibouti, officiellement présentée comme un centre logistique et de lutte contre la piraterie, mais suscitant des inquiétudes à Washington quant aux intentions à long terme de Pékin. La Russie, quant à elle, s’appuie de plus en plus sur les partenariats pour maintenir ses capacités opérationnelles malgré les pressions économiques et la guerre en Ukraine. Pour l’Iran, cette participation représente une rare opportunité d’opérer aux côtés de grandes puissances sur la scène mondiale.
L’Afrique du Sud, en tant que seul membre africain des BRICS, se positionne comme un pont entre les puissances émergentes et le continent africain. L’accueil de ces exercices multinationaux renforce cette image, tout en suscitant l’attention des capitales occidentales. Ces manœuvres, au-delà de leur dimension opérationnelle, s’inscrivent dans un débat plus large sur l’avenir de la gouvernance mondiale de la sécurité et la contestation des institutions dominées par les États-Unis et leurs alliés.
Les responsables occidentaux ont réagi avec prudence, minimisant l’importance de ces exercices tout en réaffirmant leurs préoccupations concernant la Russie et l’Iran. Ils soulignent que la liberté de navigation reste un principe fondamental et que les marines occidentales continueront d’opérer à l’échelle mondiale. Cependant, en coulisses, les stratèges reconnaissent que la concentration de la puissance navale non occidentale dans des régions clés complexifie les hypothèses traditionnelles sur une domination incontestée.
