Publié le 2 janvier 2026 à 21h07. Des documents récemment déclassifiés aux Archives nationales de La Haye révèlent que les services de renseignement néerlandais (BVD) ont surveillé de près les Surinamiens politiquement actifs aux Pays-Bas entre 1959 et 1962, en particulier ceux qui s’opposaient au racisme et au colonialisme.
- Le BVD a surveillé des personnalités politiques, des écrivains et des membres d’associations surinamaises.
- Les documents rendus publics coïncident avec la Journée d’accès au public et concernent la période précédant l’indépendance du Suriname en 1975.
- Les archives contiennent des informations sur les négociations d’indépendance et les tensions concernant la coopération économique et financière.
Des documents confidentiels du Service de sécurité intérieure (BVD), l’ancêtre de l’AIVD, ont été rendus publics ce vendredi aux Archives nationales de La Haye. Ces archives, accessibles dans le cadre de la Journée d’accès au public, révèlent une surveillance ciblée des Surinamiens vivant aux Pays-Bas entre 1959 et 1962. L’attention des services de renseignement s’est particulièrement portée sur les individus engagés politiquement, ceux qui dénonçaient le racisme et l’héritage du colonialisme, ainsi que sur les intellectuels et écrivains.
Parmi les noms figurant dans le dossier intitulé L’extrémisme surinamien aux Pays-Bas, on retrouve celui de l’ancien homme politique Eddy Bruma, figure fondatrice de l’association Wie Eegie Sanie et du Parti de la République nationaliste du Suriname. Bruma a ensuite occupé le poste de ministre des Affaires économiques en 1973.
L’ancien président Ronald Venetiaan, décédé récemment, est également mentionné dans le rapport pour son implication dans une association étudiante surinamaise à Leiden. Hugo Olijfvelt, fondateur du magazine surinamais-amsterdamois Sranang Krioro, a fait l’objet d’une surveillance particulière. Selon le BVD, ce magazine publiait des « articles farouchement anti-occidentaux ».
Les archives contiennent également des informations sur Otto Huiswoud, alors président de la plus ancienne association surinamaise des Pays-Bas, toujours en activité aujourd’hui. Les services de renseignement ont recueilli et documenté des informations issues de conversations lors de réunions privées de diverses organisations surinamaises aux Pays-Bas. Le dossier a été transmis au ministère de l’Intérieur néerlandais le 10 octobre 1975, soit un peu plus d’un mois avant l’indépendance du Suriname.
Négociations d’indépendance
Les documents déclassifiés permettent également de consulter des comptes rendus des négociations qui ont eu lieu en 1975. Le Premier ministre néerlandais Den Uyl, le ministre Pronk, le Premier ministre surinamais Arron et d’autres ministres surinamais, dont Eddy Bruma, y ont participé. Ces échanges portaient notamment sur les relations financières et économiques entre les deux pays après l’indépendance, et plus particulièrement sur la coopération au développement.
Les rapports de ces conversations, qui se sont déroulées au Catshuis de La Haye et à Paramaribo, témoignent des divergences entre les deux pays sur ces questions cruciales.
Exploitation coloniale
Un texte de Corly Verlooghen, poète et écrivain connu sous le pseudonyme de Rudy Bedacht, figure également dans le dossier. En 1960, il avait pris position contre la statue controversée de Jan Pieterszoon Coen, gouverneur général de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) au XVIIe siècle et responsable de la mort d’environ 15 000 habitants des îles Moluques de Banda dans le cadre de la mise en place d’un monopole sur la noix de muscade. Selon Bedacht, Coen était « le prototype du colonialiste à succès et le grand prêtre du colonialisme ».
En juillet 1975, un groupe d’indigènes surinamais, se faisant appeler « le Conseil indien », a intenté une action en justice contre Den Uyl et la reine Juliana pour exploitation coloniale, réclamant des compensations financières. Leur demande a été rejetée par le tribunal du sous-district de Paramaribo, qui a estimé qu’ils n’étaient pas autorisés à représenter l’association et que leur requête « ne peut être suivie ».
Dans une correspondance relative à une rencontre entre Den Uyl et le ministre des Affaires du Suriname et des Antilles néerlandaises, Den Uyl indique qu’il accepte de « classer l’affaire. Il me semble que les plaignants veulent atteindre un objectif de droit international à travers le droit civil ».
