Publié le 30 novembre 2025 à 22h46. À Paramaribo, en Surinam, la visite d’État du roi Willem-Alexander et de la reine Máxima est l’occasion pour les communautés autochtones et afro-surinamaises de soulever des questions cruciales liées à la reconnaissance de leurs droits et à la reconnaissance du passé colonial.
- Lors de leur visite, le couple royal doit rencontrer des représentants des communautés autochtones et afro-surinamaises pour discuter de leurs préoccupations.
- Les communautés autochtones souhaitent que le roi prenne en compte leurs revendications territoriales, non résolues depuis l’époque coloniale.
- Les représentants afro-surinamais espèrent que le roi déposera une gerbe de fleurs au monument Kwaku, symbole de l’abolition de l’esclavage, en signe de reconnaissance de la souffrance passée.
La visite d’État de trois jours du roi Willem-Alexander et de la reine Máxima a débuté lundi par une séance photo prévue au Palmentuin, à Paramaribo. Ce jardin, situé juste derrière le palais présidentiel, revêt une importance particulière pour les peuples autochtones du Suriname, qui le considèrent comme un lieu sacré, témoin de leur histoire et de leur lien profond avec la terre.
Sergio Jubithana, un chef indigène du village de Hollandse Kamp, a exprimé le souhait que cette visite royale soit l’occasion d’attirer l’attention sur les problèmes auxquels sont confrontées les communautés autochtones. Il a récité une prière demandant une visite en douceur, tout en soulignant la nécessité de réguler leurs droits collectifs sur leur territoire, une revendication qui reste sans réponse depuis l’époque coloniale.
« Nous n’avons toujours pas été en mesure de réguler nos droits collectifs sur notre territoire depuis l’époque coloniale. Les gouvernements successifs promettent que cela sera réglé, mais rien ne se passe. Nous espérons porter ce problème à l’attention du roi, car nous avons perdu notre pays lorsque le Suriname est devenu une colonie. De plus, en tant qu’habitants d’origine, nous avons également été les premiers à être réduits en esclavage. »
Sergio Jubithana, chef indigène
La conversation que le chef Jubithana et d’autres membres des autorités traditionnelles auront avec le roi est donc cruciale. Cette autorité est composée de dirigeants d’organisations afro-surinamaises, de représentants des communautés marron (descendants d’esclaves en fuite) et de représentants des communautés autochtones.
Remon Clemens, un leader marron du peuple Kwinti, estime que les excuses présentées par le roi en 2023 pour le passé esclavagiste des Pays-Bas doivent se traduire par des actions concrètes au Suriname. Il souhaite que le roi dépose également une gerbe de fleurs devant le monument Kwaku, symbole national de l’abolition de l’esclavage.
« Le roi ne doit pas venir les mains vides et certains rituels devront également avoir lieu. Pour nous, habitants de l’intérieur, si vous avez fait quelque chose, il faut d’abord que cela soit bien fait. Un sacrifice doit ensuite être fait et ce rituel doit être accompli correctement. »
Remon Clemens, chef marron du peuple Kwinti
Iwan Wijngaarde, président de la Fédération des Surinamais africains, partage ce point de vue. Il souligne l’importance de reconnaître la douleur du passé et estime que le dépôt d’une gerbe de fleurs au monument Kwaku serait un geste fort de la part du roi.
Le chef Jubithana espère également que le couple royal sera sensible à l’histoire du lieu lors de leur séance photo dans le jardin des palmiers. Il explique que cet endroit est lié à l’identité du peuple autochtone et à la nature, et que la présence des ancêtres se fait sentir lorsque l’on marche parmi les palmiers.
La visite royale s’annonce donc riche en émotions et en enjeux, avec des attentes fortes de la part des différentes communautés surinamaises en matière de reconnaissance de leurs droits et de réparation du passé.
