Publié le 2025-11-05 13:50:00. Après plus de trois ans de détention en Iran, les professeurs de français Cécile Kohler et Jacques Paris ont été libérés de la prison d’Evin, mais restent bloqués sur place dans l’attente de pouvoir rentrer en France, dans un contexte de diplomatie complexe impliquant un échange de détenus.
- Cécile Kohler et Jacques Paris, arrêtés en mai 2022, ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour espionnage, des accusations que la France dénonce comme infondées.
- Leur libération intervient dans le cadre d’un échange avec la France, qui a libéré un citoyen iranien accusé d’apologie du terrorisme.
- L’Iran est régulièrement accusé de recourir à la « diplomatie des otages » pour obtenir des concessions politiques ou économiques.
Le cauchemar de Cécile Kohler, 41 ans, et de son compagnon Jacques Paris, 70 ans, semble s’éloigner, mais leur retour en France n’est pas encore garanti. Libérés mardi soir de la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran, connue pour ses conditions de détention sévères et son aile 209 contrôlée par les Gardiens de la Révolution, le couple se trouve désormais à l’ambassade de France dans la capitale iranienne. Ils y attendent de pouvoir quitter le territoire, une autorisation qui n’a pas encore été accordée.
Cette libération est intervenue après une longue période d’incertitude. Arrêtés le 7 mai 2022 lors d’un voyage en Iran, les deux enseignants de français ont passé une grande partie des trois dernières années séparés et souvent isolés. Leur procès, qui s’est tenu en octobre, les a condamnés à 20 et 17 ans de prison respectivement pour espionnage, des peines jugées disproportionnées et motivées politiquement par Paris.
L’affaire s’inscrit dans un schéma bien connu de la politique iranienne, qualifiée de « diplomatie des otages ». Depuis sa révolution de 1979, la République islamique d’Iran a régulièrement utilisé la détention d’étrangers comme levier de négociation. En 1979, 66 diplomates et employés de l’ambassade américaine à Téhéran avaient été pris en otage pendant 444 jours, un épisode qui avait eu des conséquences majeures sur la politique américaine.
Depuis lors, l’emprisonnement arbitraire d’Occidentaux est devenu un outil stratégique pour Téhéran, visant soit à obtenir la libération d’Iraniens condamnés en Europe, souvent pour des accusations liées au terrorisme – comme dans le cas du travailleur humanitaire belge Olivier Vandecasteele en 2023 selon des sources – soit à faire pression sur l’Occident pour obtenir des avantages politiques ou économiques, notamment la levée des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Les événements récents suggèrent que la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris a été conditionnée à la libération en France de Mahdieh Esfandiari, un citoyen iranien arrêté en février et accusé d’apologie du terrorisme. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait laissé entendre en septembre que « l’échange » approchait de sa phase finale. Selon le centre d’études américain Stimson, l’Iran considère la prise d’otages comme un « outil stratégique » de sa politique étrangère depuis 2014.
Esfandiari a été libéré sous condition le 22 octobre, avec l’obligation de se présenter régulièrement à la police. L’Iran affirme que sa détention était arbitraire, motivée par sa défense des droits des Palestiniens et sa critique du conflit à Gaza sur les réseaux sociaux.
Comme Kohler et Paris, Esfandiari ne peut pas quitter le territoire français, ce qui pourrait retarder le retour du couple en Europe. Clément Therme, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), estime qu’ils pourraient rester à l’ambassade de France à Téhéran jusqu’à leur procès, prévu entre le 13 et le 16 janvier 2026. Il souligne toutefois que « pour des raisons d’État, le retour de la femme iranienne et celui de Cécile [Kohler] et Jacques [Paris] en France » pourrait être anticipé.
Les conditions de détention de Kohler et Paris ont été particulièrement difficiles. Incarcérés dans l’aile 209 de la prison d’Evin, ils ont été soumis à l’isolement prolongé, dans des cellules exiguës, sans fenêtres et sous un éclairage constant. Ils dormaient à même le sol et avaient rarement accès à la cour de la prison. Leur avocate, Chirinne Ardakani, a déclaré, citée par Le Monde que le couple est physiquement indemne, mais « pas encore libre ».
La France a récemment abandonné sa politique de discrétion dans les négociations pour la libération de ses ressortissants, en dénonçant publiquement la « diplomatie des otages » iranienne. Cette nouvelle approche a permis la libération de plusieurs Français, dont Olivier Grondeau en mars et Lennart Monterlos en octobre. Cependant, l’Iran continue de détenir une douzaine d’Occidentaux, et la France reste l’un des pays les plus touchés par cette pratique.
Les aveux de culpabilité extorqués à Kohler et Paris lors d’apparitions télévisées ont été dénoncés par le gouvernement français et l’ONG Amnesty International comme étant obtenus sous la contrainte et la torture, une pratique courante en Iran selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.
