L’Ukraine, confrontée à une intensification des attaques russes et à des doutes croissants quant à la solidité du soutien américain, voit son moral fragilisé. Un ancien agent de la CIA, témoin de la situation sur le terrain, alerte sur les risques d’une possible volte-face de Washington et les conséquences désastreuses que cela pourrait avoir.
Depuis son départ de la CIA à l’été 2023, l’ancien agent a effectué huit voyages en Ukraine, constatant à chaque fois les sacrifices consentis par la population pour défendre son indépendance. Si ces missions ont été éprouvantes, elles ont surtout été une source d’inspiration, l’Ukraine se battant pour des valeurs fondamentales telles que l’autodétermination, la liberté et la souveraineté nationale.
Cependant, son dernier séjour a été marqué par un sentiment nouveau : l’expression de doutes ukrainiens quant à l’engagement américain. « J’ai entendu des interlocuteurs ukrainiens conclure que les États-Unis n’étaient pas un partenaire fiable », révèle-t-il, ajoutant que certains craignent que Washington ne soit prêt à abandonner son soutien en échange d’accords commerciaux avec le régime de Vladimir Poutine.
Cette inquiétude est alimentée par plusieurs facteurs. L’intensification des frappes russes sur les villes ukrainiennes, notamment en plein hiver, et les pénuries d’électricité qui en découlent, mettent à rude épreuve la population. Par ailleurs, des problèmes de corruption interne, illustrés par l’enquête « Opération Midas » et la démission d’Andriy Yermak, le chef de cabinet du président Zelensky, suscitent des interrogations sur la gouvernance du pays.
L’ancien agent de la CIA nuance toutefois ces critiques, soulignant que l’enquête Midas témoigne en réalité d’une volonté de l’Ukraine de lutter contre la corruption et de renforcer l’État de droit. Il insiste sur le contraste frappant avec le manque de transparence et le mépris affiché par la Russie à l’égard de ces principes.
Les craintes ukrainiennes sont également liées à la divulgation d’un « Plan en 28 points » présenté par les États-Unis à Kiev, dont une partie aurait été rédigée par le Kremlin et transmise par Kirill Dmitriev, le directeur du Fonds souverain russe, à l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient et la Russie, Steve Witkoff. L’ancien agent estime qu’il s’agit d’une campagne de désinformation russe visant à affaiblir les États-Unis, à diviser les alliés et à saper le moral ukrainien.
Moscou s’efforce de donner l’impression que les forces armées ukrainiennes sont sur le point de s’effondrer, mais les Ukrainiens, malgré leur fatigue, restent déterminés à résister. Pour beaucoup, la reddition serait une trahison envers la mémoire de ceux qui ont péri depuis 2014 en défendant leur pays.
L’ancien agent souligne également les difficultés économiques croissantes de la Russie, qui a redirigé ses ressources vers l’industrie militaire au détriment des dépenses sociales et des infrastructures civiles. Cette situation pourrait contraindre Poutine à envisager de nouvelles mobilisations, impopulaires auprès de la population.
Malgré ce contexte sombre, l’ancien agent se veut optimiste, citant des sondages récents aux États-Unis qui indiquent une augmentation du soutien à l’Ukraine parmi les républicains. Il appelle les dirigeants américains à ne pas répéter les erreurs du passé, en particulier l’apaisement d’Hitler, et à défendre les valeurs de justice et de liberté. « Pour rendre sa grandeur à l’Amérique, les Américains doivent défendre ce qui est juste », conclut-il, appelant à tenir Poutine responsable de ses crimes et à œuvrer pour une paix qui préserve la souveraineté de l’Ukraine et la réputation des États-Unis.
