Publié le 2024-02-29 14:35:00. Alors que les États-Unis restent omniprésents dans les médias norvégiens, un observateur français s’interroge sur cette fascination persistante, contrastant avec une approche plus critique et méfiante en France.
- La Norvège accorde une attention médiatique disproportionnée aux élections et à la vie politique américaine, dépassant souvent celle consacrée aux enjeux européens.
- Cette fascination contraste avec la France, où les États-Unis sont perçus avec prudence, voire méfiance, en raison de leur puissance militaire et de leur influence culturelle.
- L’auteur s’interroge sur les raisons de cette différence culturelle et sur la pertinence de cette admiration norvégienne à l’heure actuelle.
En tant que Français, il m’a toujours semblé surprenant de constater l’importance accordée aux États-Unis (et aux Américains) en Norvège. Cette admiration ne se limite pas à la politique, mais s’étend à la culture et aux émotions. On voit des émissions de télévision, comme celles de Thomas Seltzer, consacrées à comprendre le pays. Il est rare de voir un présentateur norvégien entreprendre un voyage à travers l’Allemagne pour décrypter le peuple allemand ou les motivations de ses électeurs.
Des programmes comme « Alt for Norge » mettent en scène des Américains en quête de leurs racines norvégiennes, témoignant d’un intérêt particulier pour l’Amérique. La couverture médiatique de l’élection présidentielle américaine est plus exhaustive que celle des élections allemandes ou européennes, même si ces dernières ont un impact direct sur la Norvège. Les soirées électorales et l’attention médiatique accordée aux scrutins américains sont disproportionnées.
Aux États-Unis, on ne perçoit pas simplement un pays parmi d’autres, mais une référence. En France, la relation est fondamentalement différente. Dès l’enfance, on apprend à considérer les États-Unis avec une certaine méfiance. Pas nécessairement comme un ennemi, mais comme une puissance à laquelle il est difficile de faire pleinement confiance, un État qui cherche à dominer militairement, à façonner l’ordre mondial selon ses propres intérêts et à exporter sa langue et sa culture avec une force qui laisse peu de place aux autres.
Ce scepticisme est ancré dans la culture et la législation. La France a adopté de nombreuses lois pour protéger la langue française et la production culturelle de l’hégémonie américaine. L’enseignement de l’histoire rappelle l’importance du retrait de la France du commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966, une décision perçue comme courageuse et nécessaire pour assurer l’autonomie du pays et de l’Europe. En d’autres termes, la France coopère avec les États-Unis avec prudence, leur accordant plus de confiance qu’à la Russie, mais moins qu’à l’Allemagne. Les États-Unis sont souvent perçus comme une jeune nation trop fascinée par l’argent, les célébrités et la violence.
La Norvège a emprunté une voie différente, considérant les États-Unis comme un protecteur, un héros. Pourquoi cette confiance historique ? Certains y voient un héritage de la Seconde Guerre mondiale, mais cet argument ne suffit pas. La France a également été libérée par les États-Unis, sans pour autant développer une telle admiration. La France s’est davantage distanciée de la puissance américaine au sein de l’OTAN, en développant son propre avion de combat (le Rafale) et en assurant son autonomie militaire, contrairement au Danemark et à la Norvège, qui sont fortement intégrés à l’armée américaine et dépendent de ses mises à jour logicielles.
La différence fondamentale réside dans les valeurs et les modèles sociaux. Les États-Unis sont fondés sur une méfiance profonde envers l’État, des impôts faibles et un système politique où l’argent et les intérêts privés jouent un rôle prépondérant. La Norvège, elle, privilégie la confiance, un secteur public fort et l’idée que l’État doit protéger ses citoyens. C’est pourquoi il est si difficile de comprendre pourquoi la Norvège continue de regarder vers l’ouest, même lorsque ce qu’elle y voit contredit ses propres valeurs. Aujourd’hui, les États-Unis ne sont plus perçus comme la plus grande démocratie du monde. Le président américain, autrefois considéré comme le « leader du monde libre », menace sa propre démocratie. Même les Norvégiens ne sont pas aveugles à ces réalités. Soumettez vos propres réflexions à [email protected].
« Quand les Norvégiens comprendront-ils que vous vous êtes trompé à propos des États-Unis ? »
Citation non attribuée dans l’article original
