Publié le 30 octobre 2025 à 22h31. La nouvelle capitale indonésienne, Nusantara, peine à se concrétiser, suscitant des inquiétudes quant à son avenir et une réduction significative des financements alloués par le gouvernement.
- Le quotidien britannique The Guardian s’interroge sur le risque que Nusantara devienne une « ville fantôme ».
- Le financement étatique pour le projet a été divisé par plus de deux, passant de 2 milliards de livres sterling en 2024 à 700 millions en 2025.
- Des populations autochtones locales déplorent les conséquences négatives du chantier sur leur environnement et leurs moyens de subsistance.
Trois ans après son lancement par l’ancien président Joko Widodo, la construction de Nusantara, l’ambitieuse nouvelle capitale indonésienne destinée à remplacer Jakarta, est confrontée à des difficultés croissantes. L’article du Guardian, publié ce mardi 29 octobre, dresse un portrait contrasté d’une ville futuriste en apparence grandiose, mais en réalité presque déserte, peuplée seulement de quelques jardiniers et de quelques curieux.
L’article décrit une scène frappante : « La nouvelle capitale indonésienne, Nusantara, projet utopique, semblait surgir de nulle part. Dans la forêt dense, une grande autoroute surgissait soudain parmi les arbres, menant à un palais au sommet duquel les ailes d’un oiseau garuda scintillaient sous le soleil équatorial. Cependant, parmi les rangées de bâtiments futuristes, les rues principales de Nusantara semblaient désertes, avec seulement quelques jardiniers et une poignée de touristes curieux. »
La réduction drastique des financements publics est un élément clé de ces difficultés. Selon le Guardian, le budget alloué à IKN (Indonesian Capital Nusantara), l’acronyme officiel du projet, a chuté de plus de 50 %, passant de 2 milliards de livres sterling (environ 2,3 milliards d’euros) en 2024 à 700 millions de livres sterling (environ 815 millions d’euros) en 2025. Une nouvelle baisse est prévue pour 2026, avec un budget de seulement 300 millions de livres sterling (environ 350 millions d’euros) alloué. L’investissement privé accuse également un retard significatif, se situant à plus d’un milliard de livres sterling en dessous des objectifs initiaux.
Le changement d’attitude du président Prabowo Subianto, entré en fonction en octobre dernier, est également pointé du doigt. En mai, il aurait discrètement reclassé Nusantara au rang de « capitale politique », une décision officialisée publiquement en septembre. Cette dégradation de statut suggère un désengagement progressif du gouvernement vis-à-vis du projet.
À ce jour, seulement 2 000 fonctionnaires (ASN) et 8 000 ouvriers du bâtiment résident à IKN, un chiffre bien loin de l’objectif initial de 1,2 million d’habitants d’ici 2030. Malgré la construction d’infrastructures importantes – logements, bâtiments ministériels, hôpitaux, routes, systèmes d’approvisionnement en eau et aéroports – la ville peine à attirer une population significative.
Herdiansyah Hamzah, expert en droit constitutionnel à l’Université Mulawarman du Kalimantan oriental, estime que la désignation d’une « capitale politique » est juridiquement dépourvue de sens en Indonésie. Il déclare :
« Une nouvelle capitale n’est pas une priorité pour Prabowo. Politiquement, il ne veut pas qu’IKN meure, mais en même temps il ne veut pas qu’IKN vive. »
Malgré ces doutes, les responsables du projet IKN se montrent optimistes. Basuki Hadimuljono, chef de l’Autorité de la Capitale de l’Archipel (OIKN), affirme que le président Subianto s’est engagé à poursuivre et à accélérer la construction.
« Le président m’a dit : ‘C’est mon engagement de continuer et de terminer encore plus vite’. »
Il réfute également les informations concernant un ralentissement de la construction et un manque de volonté politique, assurant que les financements sont toujours disponibles et que les engagements politiques sont maintenus.
Témoignages à l’appui, le Guardian rapporte que des commerçants et des ouvriers du bâtiment à IKN constatent un ralentissement de l’activité et une atmosphère plus calme qu’auparavant.
L’impact du projet ne se limite pas aux questions financières et politiques. Les populations autochtones Balik, vivant à proximité de la rivière Sepaku, subissent également les conséquences du chantier. Arman, un agriculteur et pêcheur local, explique que les inondations se sont aggravées depuis la construction d’une usine de traitement des eaux sur la rivière Sepaku, entraînant une baisse de 50 % des rendements agricoles. Il déplore également que la promesse d’un accès à l’eau potable n’ait pas été tenue :
« L’eau ne coule qu’à IKN. »
Des dizaines de familles de la tribu Balik ne peuvent plus s’approvisionner directement en eau de la rivière en raison de la pollution et de la construction d’un barrage.
Malgré ces difficultés, la communauté Balik espère que Nusantara réussira et contribuera à promouvoir leur culture et leur tourisme. Ils estiment que l’arrêt du projet serait une catastrophe, mais que sa poursuite sans leur implication serait également préjudiciable.
D’autres visiteurs, comme Clariza, originaire de l’île de Sulawesi, se montrent plus enthousiastes, comparant IKN à Singapour et saluant sa modernité et sa propreté. Elle espère également que la nouvelle capitale contribuera à rééquilibrer la répartition de la richesse en Indonésie, en décentralisant le pouvoir et l’influence de Java.
Cependant, elle reconnaît également un sentiment de solitude et d’étrangeté, soulignant le manque de population dans la ville en construction.
Regarder la vidéo : Vidéo : Incendie résidentiel chez un employé d’IKN, montée de fumée noire
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