Le marché gris des climatiseurs mobiles explose en France ce 7 juillet 2026, alors que 16 départements sont en vigilance orange canicule. Des revendeurs particuliers profitent de la pénurie en magasin pour vendre des appareils importés d’Espagne sur Leboncoin, avec des marges atteignant souvent 100 euros par unité, selon un reportage de franceinfo.
L’importation sauvage depuis l’Espagne : le circuit des revendeurs
La stratégie est simple : surveiller la météo et exploiter les ruptures de stocks locales. Des vendeurs organisent des flux logistiques depuis des enseignes comme Leroy Merlin à Madrid pour acheminer des cargaisons vers la région parisienne, notamment Bobigny. Ces réseaux s’organisent en binômes, l’un gérant la réception des clients et l’autre assurant les livraisons à domicile.
Les prix pratiqués sur Leboncoin oscillent entre 300 et 1 000 euros. Pour certains, il s’agit d’un business structuré avec des dizaines d’unités en stock, tandis que d’autres justifient leurs ventes par la nécessité de couvrir les frais de transport et de location de camion.
“C’est simple, moi je ne regarde que la météo, raconte l’un d’eux. Je les ai achetées il y a deux, trois semaines. Là, pareil, j’essaie d’en récupérer le maximum possible.
L’analyse des marges révèle un profit constant. Un revendeur a admis avoir acheté un appareil 470 euros pour le revendre 550 euros. Cependant, ce marché attire également d’autres spéculateurs qui rachètent ces stocks pour les revendre encore plus cher à des consommateurs désespérés.
L’inflation spectaculaire des ventilateurs et l’alternative des brasseurs d’air
Si les climatiseurs sont prisés, les ventilateurs sur pied subissent une inflation encore plus brutale. Selon les données de Que Choisir, le prix moyen de ces appareils a bondi de 46 % depuis le 2 juillet 2026.
Cette hausse s’explique par une raréfaction rapide de l’offre, le nombre de ventilateurs en vente ayant été divisé par trois en quelques jours. Les commerçants remplacent les modèles d’entrée de gamme par des références plus coûteuses : les produits disparaissant coûtaient en moyenne 85 euros, tandis que les nouveaux s’affichent à 135 euros.
| Produit | Évolution du prix moyen | Observation principale |
|---|---|---|
| Ventilateurs sur pied | + 46 % | Offre divisée par 3 depuis le 2 juillet |
| Climatiseurs | + 22 % | Pénurie massive en magasin |
| Ventilateurs de plafond | Légère hausse (260€ à 268€) | Stock encore disponible en ligne |
Face à ce chaos tarifaire, les ventilateurs de plafond, ou brasseurs d’air, apparaissent comme une solution plus stable. Bien que leur installation puisse coûter environ 120 euros via certaines enseignes, ils restent disponibles. L’Ademe indique que ces appareils peuvent générer un effet rafraîchissant atteignant 4 °C en moyenne en laboratoire, selon les critères de design et de positionnement.
L’émergence d’arnaques sophistiquées et l’usage de l’IA
La pénurie crée un terrain fertile pour la cybercriminalité. Le Nouvel Obs rapporte l’émergence d’escroqueries utilisant l’intelligence artificielle pour piéger les acheteurs. Des fraudeurs créent des sites web dont le nom est presque identique à celui de commerçants légitimes pour détourner les commandes.
Montassar Saouat, dirigeant du discounter Maxdeal en Isère, témoigne de la violence de ces attaques. Des clients, croyant commander des climatiseurs de la marque Breezo, se retrouvent débités plusieurs fois de sommes importantes, parfois jusqu’à trois prélèvements de 300 euros, alors que le commerçant légitime ne vend même pas cette marque et est lui-même en rupture de stock.
Les risques juridiques et la responsabilité des revendeurs
L’achat-revente occasionnel est toléré, mais le passage à une activité commerciale systématique change la donne juridique. Un avocat spécialisé précise que dès lors que la pratique devient une activité, les vendeurs doivent s’inscrire au Registre du commerce et des sociétés (RCS).

L’absence d’enregistrement expose les revendeurs à deux risques majeurs : le redressement fiscal pour non-paiement d’impôts et, surtout, la responsabilité civile et pénale. En cas de défaut technique grave ou d’incendie causé par un appareil importé et revendu sans garantie officielle, le vendeur amateur peut être tenu pour responsable des dommages.
Le scénario actuel montre que la canicule ne déclenche pas seulement une crise sanitaire, mais une distorsion brutale du marché de l’électroménager, où la spéculation et l’imposture numérique remplacent les canaux de distribution classiques.
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