Un homme de 60 ans a été mis en examen et placé en détention après s’être lui-même dénoncé pour le meurtre de sa compagne, un féminicide qui survient en pleine prise de conscience nationale sur les violences faites aux femmes.
Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a fait un point presse le 23 novembre 2025, à quelques jours de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, pour évoquer ce nouveau drame survenu à Saint-Ciers-d’Abzac. Il a souligné l’importance d’évoquer ces faits, constatant que chaque fois qu’un cas est médiatisé, les associations d’aide aux victimes enregistrent une « augmentation vertigineuse » du nombre d’appels.
Les faits se sont déroulés le 20 novembre. À 14h20, l’homme a contacté la gendarmerie nationale pour avouer avoir tué sa compagne. Les forces de l’ordre, arrivées sur les lieux, ont constaté le décès de la victime et ont immédiatement interpellé l’auteur présumé, qui se trouvait encore dans l’habitation.
L’autopsie, prévue ce lundi, devrait permettre de préciser les circonstances exactes du décès. À ce stade, les premières constatations font état de multiples traces de violence : un nez cassé, des marques sur la pommette gauche et le front, ainsi que deux plaies par arme blanche au niveau du cou. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ces dernières ont été infligées par un ou deux coups. Des traces de strangulation et des lésions de défense sur les mains et les avant-bras de la victime ont également été relevées.
Selon ses déclarations, l’homme, en concubinage avec la victime, âgée de 45 ans, depuis une quinzaine d’années, a été affecté par la volonté de sa compagne de mettre fin à leur relation, notamment pour des raisons financières. Il évoque un « élément déclencheur » : une remarque qu’il a jugée désobligeante et le bruit d’un aspirateur qui l’aurait dérangé pendant son repos. Il affirme avoir alors pris un fusil de chasse – détenu illégalement – et s’être rendu dans la cuisine où se trouvait la victime. Il aurait brandi l’arme pour la menacer, sans intention initiale de l’utiliser. Il déclare que sa compagne se serait alors précipitée pour s’enfuir, un couteau à la main. Un corps à corps s’ensuit, au cours duquel il se blesse à la main en saisissant l’arme blanche, avant de porter des coups de couteau et de stranguler la victime avec un câble électrique.
Après les faits, l’homme a nettoyé le couteau, rangé le fusil et préparé ses vêtements avant d’appeler la gendarmerie, « sachant qu’il n’allait pas recouvrer la liberté ». Il a reconnu sa responsabilité dans la mort de sa conjointe. Mis en examen pour homicide par conjoint, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité, il a été placé en détention provisoire.
Les premiers éléments de l’enquête indiquent qu’aucune plainte n’avait jamais été déposée par la victime et que la gendarmerie n’était jamais intervenue à son domicile. Les rares témoins interrogés n’ont pas rapporté de violences antérieures. Cependant, l’homme, commercial en rénovation de l’habitat, comptait sept condamnations entre 2002 et 2011, principalement liées à des stupéfiants, dont une condamnation pour violence conjugale en 2007, assortie d’un an d’emprisonnement, dont huit mois avec sursis et mise à l’épreuve. Il est père de deux enfants issus d’une précédente relation.
La victime, prénommée Mélina, avait une fille de 17 ans issue d’une union précédente et un garçon de 12 ans avec l’auteur présumé. Les deux enfants ont été placés en urgence.
Ce féminicide est le quatrième recensé en Gironde en 2025. Il s’inscrit dans un contexte national alarmant, avec trois autres féminicides commis le même jour, 20 novembre, dans le Doubs, les Ardennes et le Gard. Ces événements ont provoqué une vague de manifestations contre les violences conjugales dans toute la France, rassemblant 1 300 personnes à Bordeaux et à Libourne, selon la préfecture citée par Le Monde.
À Bordeaux, l’AG féministe de Gironde et le Planning familial ont dénoncé l’ampleur des violences sexistes et sexuelles : un féminicide tous les trois jours, 220 000 victimes de violences conjugales par an, un viol toutes les 2,5 minutes, et trois enfants par classe victimes d’inceste. Elles ont également critiqué l’impact de l’austérité sur les structures d’accueil, la prévention et les services publics.
Le procureur de la République de Bordeaux rappelle que, sur les quatre féminicides recensés cette année en Gironde, aucun n’impliquait des victimes ayant préalablement déposé plainte ou sollicité l’aide d’une association. Il insiste sur la nécessité de « briser le silence », soulignant que seulement une victime sur quatre en Gironde se rend dans un service de police ou de gendarmerie, contre une sur dix il y a dix ans.
