La Rolls-Royce Camargue, lancée en 1975, reste à ce jour l’une des créations les plus controversées de l’histoire de la marque britannique. Fruit d’une collaboration inédite avec le carrossier italien Pininfarina, elle symbolise une période de renouveau et de nécessité financière pour le constructeur.
À son arrivée sur le marché en mars 1975, la Camargue affichait un prix de 29 250 £ (environ 90 000 $ aux États-Unis), la positionnant comme le modèle de série le plus cher au monde, soit le double du prix de la limousine Silver Shadow. Cette extravagance était justifiée par un processus de fabrication particulièrement long et méticuleux : pas moins de 1 000 heures étaient consacrées à la finition de la carrosserie, et chaque véhicule était soumis à un essai routier de 240 km avant d’être livré.
La Camargue est née d’une situation délicate pour Rolls-Royce, confrontée à la faillite en 1971. La conception d’un modèle plus rentable était devenue impérative. David Plastow, alors à la tête de l’entreprise, était convaincu que la clientèle de Rolls-Royce accepterait un prix élevé, voire sans précédent, pour un véhicule d’exception.
Cette collaboration avec Pininfarina marquait une première : c’était la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que Rolls-Royce confiait le design de ses voitures à un carrossier étranger. Le contrat avait été conclu à un coût exceptionnellement bas, avec des redevances d’une seule livre sterling par unité vendue. Le projet avait débuté en 1969, sur la base d’une Silver Shadow à deux portes. Un jeune designer de Pininfarina, Martin, s’est vu confier la tâche de concevoir le nouveau style, en suivant des directives précises : l’espace intérieur devait être plus généreux que celui de la Silver Shadow, et le design de la calandre caractéristique de Rolls-Royce devait rester inchangé.
Six propositions de design, baptisées « Delta », ont été soumises, Martin ayant le dernier mot sur les dimensions. La Camargue se distinguait par plusieurs innovations techniques et esthétiques. Elle fut la première Rolls-Royce à adopter un pare-brise collé, ainsi que des vitres latérales incurvées. Elle intégrait également une technologie d’allumage électronique et des feux de position avant utilisant des fibres optiques de pointe. La calandre, inclinée de 7 degrés, était la plus large jamais vue sur un modèle Rolls-Royce.
Bien que les ventes aient culminé en 1980 avec 98 unités vendues, la production de la Camargue s’est avérée complexe. Par ailleurs, l’introduction de la Camargue a eu un effet positif sur les ventes de la Silver Shadow, qui ont augmenté de plus de 40 % en devenant plus abordable.
Plusieurs éléments de design ont été envisagés puis abandonnés, comme un panneau décoratif noir sous les vitres latérales ou des phares plus fins inspirés du coupé 130, jugés difficilement homologables en Amérique du Nord. La proposition finale a été finalisée en seulement six mois.
