Publié le 23 octobre 2025 11:04:00. Les nouvelles sanctions américaines contre les géants pétroliers russes Rosneft et Loukoïl suscitent des inquiétudes quant à leur efficacité réelle, dépendant largement de la position de la Chine et de l’Inde, tandis que les prix du pétrole montent en flèche et que Moscou menace de représailles.
- Les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions aux compagnies pétrolières russes Rosneft et Loukoïl en raison de la guerre en Ukraine.
- L’impact de ces sanctions dépendra de la volonté de la Chine et de l’Inde de continuer à acheter du pétrole russe.
- La Russie menace l’Union européenne de « réactions douloureuses » si elle utilise les avoirs russes gelés pour financer l’Ukraine.
L’administration américaine a renforcé sa pression économique sur la Russie en ciblant ses principales entreprises pétrolières, Rosneft et Loukoïl. Cette décision, annoncée mercredi, intervient dans un contexte de tensions persistantes liées à la guerre en Ukraine et marque une nouvelle étape dans la relation entre Washington et Moscou. Selon des experts, l’efficacité de ces sanctions ne réside pas tant dans les mesures elles-mêmes que dans la manière dont elles seront appliquées par les principaux acheteurs de pétrole russe, en particulier la Chine et l’Inde.
Janis Kluge, de la Fondation scientifique et politique (SWP) basée à Berlin, estime que ces sanctions constituent un tournant politique majeur.
« C’est fini, le comportement de Poutine n’a aucune conséquence »,
Janis Kluge, Fondation scientifique et politique (SWP)
a-t-il déclaré. Il souligne que les acheteurs devront désormais évaluer les risques liés à la poursuite de leurs achats auprès de ces entreprises. Toutefois, les exportations de Rosneft et Loukoïl n’ont pas encore connu de baisse significative depuis l’annonce des sanctions par le président Biden en janvier. Les analystes s’attendent cependant à ce que les entreprises russes soient contraintes d’accorder des rabais plus importants pour maintenir leurs ventes, réduisant ainsi leurs marges bénéficiaires.
L’annonce des sanctions a immédiatement eu un impact sur les marchés pétroliers. À Londres, le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a augmenté d’environ cinq pour cent, atteignant 65,67 dollars (un peu moins de 57 euros). Le prix du baril de WTI américain a également bondi de cinq pour cent, pour atteindre 61,46 dollars. Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, précise que Rosneft et Loukoïl représentent ensemble « environ 50 à 55 pour cent » de la production totale de pétrole brut russe. Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, anticipe un « impact négatif sur les exportations de pétrole brut russe vers l’Inde et la Turquie ».
Parallèlement, l’Union européenne a élargi ses sanctions à deux raffineries chinoises majeures, Liaoyang Petrochemical et Shandong Yulong Petrochemical, dont la capacité combinée atteint 600 000 barils par jour (b/j). Chinaoil Hong Kong, une filiale commerciale de PetroChina, a également été ajoutée à la liste noire. L’UE justifie ces mesures par le fait que ces entreprises sont d’importants acheteurs de pétrole brut russe et contribuent ainsi aux revenus du gouvernement de Moscou. Shandong Yulong, la plus récente raffinerie de Chine avec une capacité de 400 000 b/j, est l’un des plus gros clients de pétrole russe du pays. L’UE a également sanctionné Tianjin Xishanfusheng International Trading Co., accusée de faciliter le contournement des sanctions par la Russie.
La perspective d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer l’Ukraine suscite des inquiétudes en Allemagne. Matthias Schepp, président de la Chambre de commerce germano-russe à l’étranger, met en garde contre les conséquences potentiellement coûteuses d’une telle mesure.
« L’Allemagne a investi en Russie comme aucun autre pays. C’est donc elle qui a le plus à perdre de l’utilisation prévue des fonds de la banque centrale russe pour acheter des armes au profit de l’Ukraine »
Matthias Schepp, président de la Chambre de commerce germano-russe à l’étranger
Il estime que plus de 100 milliards d’euros d’actifs allemands sont menacés, incluant des usines, des chaînes de magasins, ainsi que des investissements dans les secteurs de l’énergie, de la pharmacie et de l’électroménager.
Moscou a réagi avec fermeté à ces discussions, menaçant l’Union européenne de « confiscation directe » de ses avoirs gelés et de « réactions douloureuses » si l’UE devait décider d’utiliser les fonds pour soutenir l’Ukraine. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a dénoncé une action illégale, qualifiant cela de « vol ».
Sur le terrain, la situation reste tendue. Neuf personnes ont été blessées lors de la dernière attaque de drones russes sur Kyiv, endommageant des bâtiments dans toute la capitale, dont deux immeubles résidentiels. L’armée ukrainienne affirme avoir abattu 92 drones sur les 130 utilisés dans l’attaque. La centrale nucléaire de Zaporizhzhia, occupée par la Russie, a été remise en service après la réparation d’une des deux lignes électriques qui l’alimentent.
Enfin, Dmitri Medvedev, un proche conseiller du président Poutine, a accusé le président américain Donald Trump de s’engager sur « le sentier de la guerre » avec la Russie, en raison de son annulation d’un sommet prévu et de l’imposition de sanctions. La Russie a qualifié les nouvelles sanctions américaines de « contre-productives », affirmant avoir développé une « forte immunité » face aux restrictions occidentales et continuer à développer son potentiel économique.
