L’année musicale 2023 a été riche en découvertes et en confirmations, explorant des territoires sonores variés allant de la nostalgie R&B aux expérimentations électroniques audacieuses. Voici un aperçu des albums qui ont marqué les esprits, du retour de figures établies aux révélations prometteuses.
Nourished By Time, le projet solo de Marcus Elliot Brown, propose un contraste saisissant entre une voix R&B chaleureuse, évoquant Freddie Jackson ou Luther Vandross, et une production lo-fi inventive, riche en samples et en claviers. Son univers musical explore les déséquilibres, qu’ils soient sentimentaux ou sociétaux, tout en laissant place à des ballades R&B classiques comme « Tossed Away ».
La productrice britannique-canadienne Rochelle Jordan signe avec « Through the Wall » un sixième album soigné, ancré dans la deep house et l’ambiance des clubs. L’artiste oscille entre une énergie libératrice, perceptible dans des titres comme « Ladida » et « On 2 Something », et une maîtrise impeccable de son art, notamment sur « Words 2 Say » et « Bite the Bait ». Elle aborde avec assurance des thèmes tels que l’affirmation de soi et la complexité des relations.
Le compositeur Jerskin Fendrix, connu pour ses collaborations avec Yorgos Lanthimos, surprend avec « Once Upon a Time … in Shropshire ». Cet album, imprégné de musical theatre et influencé par des groupes comme Faith No More et Morphine, dépeint une enfance idyllique dans le Shropshire des années 2000, contrastant avec la douleur et l’absurdité ressenties suite à des pertes récentes. L’album exige une mise en scène théâtrale complète pour en révéler toute la profondeur.
Le groupe Clipping, mené par Daveed Diggs, connu pour son rôle dans la comédie musicale « Hamilton », propose avec « Dead Channel Sky » un album de rap industriel bruyant, ancré dans un univers cyberpunk dystopique. La production de William Hutson et Jonathan Snipes, caractérisée par des sons acides et des rythmes saccadés, sert de toile de fond aux poèmes mutiques de Diggs, évoquant un prophète sous l’emprise de substances synthétiques.
« Cotton Crown », le deuxième album du groupe The Tubs, explore le deuil et ses conséquences sur les relations amoureuses. Le chanteur Owen Williams, qui a perdu sa mère, l’auteure-compositrice Charlotte Greig, en 2014, aborde avec humour et lucidité la difficulté de s’engager dans une nouvelle relation. Sa voix distinctive, entre Richard Thompson et Bob Mould, s’élève au-dessus d’un jangle-pop joyeux et désordonné.
Le duo Smerz, composé de Catharina Stoltenberg et Henriette Motzfeldt, se distingue sur la scène musicale de Copenhague avec « Big City Life ». L’album explore la tension entre l’audace et l’anxiété, oscillant entre l’affirmation de soi et les questionnements existentiels. Leur musique, caractérisée par des arrangements de piano préparé et des rythmes saccadés, a attiré l’attention du groupe K-pop NewJeans, qui les a engagées comme co-auteures.
Sabrina Carpenter confirme son ascension avec « Man’s Best Friend », un album qui explore la sexualité et le cynisme avec une ironie mordante. L’artiste interroge ses relations avec des hommes séduisants mais inutiles, tout en assumant sa propre part de responsabilité dans les dynamiques toxiques. Son style, à la fois provocateur et amusant, la positionne comme une Rosalind Russell de l’ère des applications de rencontre.
La productrice Jennifer Walton livre avec « Daughters » un premier album étonnant, fruit d’un parcours musical éclectique. Cet album orchestral épique, aux influences de Julia Holter et Phil Elverum, aborde le deuil de son père à travers des images surréalistes et des scènes de la vie quotidienne. Le titre « Miss America » combine ces deux aspects de manière saisissante.
Erika de Casier, avec son quatrième album, actualise le son R&B de la fin des années 1990, explorant la sensualité et l’anxiété de la communication numérique. L’album, parsemé de sons de tonalités de téléphone, évoque à la fois l’hommage à Janet Jackson et une nostalgie pour une époque où les interactions émotionnelles étaient moins immédiates.
Le rappeur Danny Brown prouve avec « Stardust » que la sobriété n’est pas un obstacle à la créativité. L’album, marqué par un regain de gratitude et d’énergie, met en avant le travail de jeunes producteurs issus de la scène digicore et hyperpop. Il offre un mélange explosif de rythmes glitchés, de riffs stridents et de bruitages électroniques.