Home Affaires« Travail, travail, travail… », l’expression de l’année 2025 au Japon

« Travail, travail, travail… », l’expression de l’année 2025 au Japon

by Amélie Bernard

Publié le 1er décembre 2025. L’expression « Hataraite, hataraite, hataraite, hataraite, hataraite mairimasu » (Je m’engage à travailler, travailler, travailler, travailler et travailler), prononcée par la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi, a été désignée « expression de l’année » 2025, reflétant un débat national sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

  • La phrase, associée à l’expression « Josei Shushō » (Première ministre), a été choisie par l’éditeur Jiyū Kokumin Sha.
  • Sanae Takaichi a suscité la controverse en affirmant vouloir « mettre fin à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée » pour stimuler l’économie japonaise.
  • Parmi les autres expressions finalistes figuraient des références à des phénomènes culturels, des préoccupations environnementales et des enjeux politiques internationaux.

L’éditeur Jiyū Kokumin Sha a dévoilé le 1er décembre 2025 les dix finalistes pour l’expression de l’année en langue japonaise, avant d’annoncer le grand gagnant : Hataraite, hataraite, hataraite, hataraite, hataraite mairimasu (« Je m’engage à travailler, travailler, travailler et travailler »). Cette formule est indissociable de l’arrivée de Sanae Takaichi au poste de Première ministre le 21 octobre, une première pour une femme dans l’histoire du Japon.

Lors de la cérémonie de remise des prix à Tokyo, la Première ministre Takaichi a défendu son engagement envers le travail acharné, déclarant :

« Je suis déterminée à travailler, travailler, travailler, travailler et travailler pour le bien du Japon. »

Sanae Takaichi, Première ministre du Japon

Cette déclaration a immédiatement provoqué une vive réaction, certains y voyant un message allant à l’encontre des efforts nationaux visant à promouvoir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Elle a également été interpellée au Parlement concernant des accusations de pression exercée sur son personnel, notamment une réunion préparatoire organisée à 3 heures du matin avant une session parlementaire importante.

Les dix expressions finalistes, sélectionnées parmi une liste initiale de trente nominés, reflètent la diversité des préoccupations et des tendances qui ont marqué l’année 2025. On y trouvait des phénomènes viraux comme le bruit « hé hé hé » associé à une vidéo de bébé hibou devenue un mème, mais aussi des sujets plus sérieux tels que l’augmentation des incursions d’ours sauvages dans les zones habitées, les tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump et les conséquences du changement climatique, symbolisé par l’expression niki (deux saisons) qui évoque la disparition progressive des saisons intermédiaires.

Les membres du comité de sélection ont justifié leur choix. L’artiste manga et chroniqueur Shinsan Nameko (Ikematsu Emi) a souligné le caractère exceptionnel de l’année 2025, marquée par des anniversaires importants : le quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui coïncide avec le centenaire de l’ère Shōwa, ainsi que l’élection du pape Léon XIV et l’accession de Sanae Takaichi à la tête du gouvernement. De leur côté, le narrateur Kanda Hakuzan et le comédien Patrick Harlan ont mis en évidence l’influence croissante des réseaux sociaux, qui dépassent désormais la télévision comme principal moteur de la culture de masse et source de nouveaux termes.

Un prix spécial a également été décerné à ミスタープロ野球 (Misuta puro yakyū), en hommage à une figure emblématique du baseball japonais.

Enfin, Ōtsuka Yōko, rédactrice en chef de Gendai yōgo no kiso chishiki (Connaissance de base de la terminologie contemporaine), a attiré l’attention sur le caractère 米 (kome), qui signifie « riz » et apparaît dans la forme traditionnelle japonaise du mot « États-Unis ». Sa présence dans les expressions « vieux riz » et « tarifs Trump », toutes deux finalistes, pourrait annoncer son importance dans le choix du kanji de l’année, qui sera révélé dans les prochains jours.

Autres finalistes :

Ehh eh eh — Whoa whoa. Une vidéo d’un poussin hibou courant, capturée en 2021 par le photographe néerlandais Hannie Heere, est devenue virale au Japon en 2025, accompagnée du son « hé hé hé », symbolisant la précipitation.

Anciens médias — Ōrudo. À l’ère numérique, les journaux et la télévision sont désormais considérés comme des « médias traditionnels ». Bien que leur crédibilité soit de plus en plus remise en question, ils restent une source d’information importante, même si les politiciens et autres personnalités publiques privilégient de plus en plus les réseaux sociaux.

Chasse aux armes à feu d’urgence/dégâts à l’ours — Kinkyū jūryō/kuma higai. Une nouvelle législation autorisant la chasse d’urgence aux ours et autres animaux dangereux a été adoptée le 1er septembre, en réponse à une augmentation des incidents impliquant des ours dans les zones habitées. Le terme kuma higai désigne les dommages ou blessures causés par les ours.

Trésor national (vu) — Shortpahu (mita). Le film Shortpahu, inspiré du Kabuki, a connu un succès phénoménal au Japon, devenant le film live-action japonais le plus rentable de tous les temps. La question « Avez-vous vu Shortpahu ? » est devenue courante.

Riz ancien et ancien — Kokokomaï. La hausse des prix du riz a conduit à la libération des réserves gouvernementales, suscitant des discussions sur la qualité du riz, du « vieux riz » (tout) au « très vieux riz » (kokokomai).

80 ans après la guerre / 100 ans de Showa — Sengo 80nen / Shōwa 100nen. L’année 2025 a marqué le quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et le centenaire de l’ère Shōwa, donnant lieu à de nombreuses rétrospectives sur cette période cruciale de l’histoire japonaise.

Les tarifs douaniers de Trump… Toranpu kanzei. Le Japon a été l’un des principaux alliés des États-Unis touchés par les tarifs douaniers imposés par Donald Trump, ce qui a nécessité des négociations rapides pour limiter l’impact économique, notamment sur l’industrie automobile.

Deuxième trimestre— Niki. Les experts avertissent que le changement climatique pourrait réduire le nombre de saisons au Japon à seulement deux (hiver et été), laissant de côté le printemps et l’automne.

Myak Myak — Myaku Myaku. La mascotte de l’Expo 2025 d’Osaka-Kansai, initialement perçue comme étrange, a conquis le cœur des visiteurs et est devenue l’une des yurukyara les plus populaires de ces dernières années.

(Images d’en-tête, de gauche à droite : Sanae Takaichi à Gimhae, en Corée du Sud, le 30 octobre [© Lee Young Ho/Sipa USA via Reuters Connect]; s’exprimant à la Chambre des Conseillers le 6 novembre [© Kazuki Oishi/Sipa USA via Reuters Connect]; avec Donald Trump à Yokosuka, le 28 octobre [© Reuters]; participant au sommet du G20 à Johannesburg, le 22 novembre [© Misper Apawu/pool, via Reuters]; avec Narendra Modi à Johannesburg le 23 novembre [© DPR PMO/ANI Photo, via Reuters Connect].)

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