Le bédéiste CJSO publie un ouvrage explorant l’histoire de l’adaptation québécoise des Pierrafeu, en analysant ses références culturelles et son impact sur la mémoire collective. Le livre, sorti le 6 août, retrace les 166 épisodes de la série et met en lumière les voix locales qui ont façonné son charme unique.
L’exploration culturelle de Tristan Demers
Salutbonjour, auteur de plusieurs ouvrages liés à la culture populaire québécoise, a consacré deux années à étudier l’adaptation québécoise des Pierrafeu. Son livre, Un dîner avec les Pierrafeu, publié aux Éditions Hurtubise, s’inscrit dans la lignée de ses travaux sur des univers emblématiques comme Tintin ou La Ronde. L’ouvrage, disponible depuis le 6 août, reprend l’analyse des 166 épisodes de la série, en détaillant les références locales et les choix linguistiques qui ont marqué cette adaptation.
À travers un fichier Excel, Demers a répertorié les éléments culturels propres au Québec présents dans les dialogues, allant des références aux Expos à celles à des figures comme Guy Lafleur ou Jean-Pierre Coallier. « C’était une révolution à l’époque », explique-t-il, soulignant que l’utilisation d’un français inspiré de Michel Tremblay représentait une rupture avec le français institutionnel de l’époque.
Les voix qui ont marqué l’adaptation québécoise
Le livre met en avant les voix des comédiens québécois qui ont doublé les personnages de la série, comme Paul Berval, Denise Proulx et Claude Michaud. Ces acteurs, issus du cabaret, ont apporté un ton réaliste et humoristique aux dialogues, créant une identité unique à l’adaptation. « Ils avaient le sens du punch », affirme Demers, évoquant leur capacité à improviser sur scène avec des objets simples.
Le générique de la série, qui inclut des photos des comédiens, est également un élément distinctif. « Le Québec est le seul endroit au monde où le générique inclut des photos des voix », souligne l’auteur, rappelant que ces comédiens sont devenus des figures emblématiques de la culture populaire.
Une collection de plus de 200 objets
En plus de ses recherches historiques, Tristan Demers a développé une collection de plus de 200 objets dérivés des Pierrafeu, incluant des jouets anciens, des salières et des objets promotionnels. « Fouiller les marchés aux puces est presque aussi plaisant que les objets eux-mêmes », confie-t-il, mettant en avant l’attachement émotionnel que ces objets inspirent.

Le livre évoque également l’évolution des relations entre les personnages, comme l’amitié entre Fred et Arthur, qualifiée par Demers de « bromance avant le temps ». « Même si certains aspects de la série reflètent une autre époque, cette relation demeure intemporelle », ajoute-t-il, soulignant le charme persistant de la série.
Le lien avec l’identité québécoise
Demers relie l’adaptation des Pierrafeu à un mouvement d’émancipation québécoise des années 1970. « C’était une manière de célébrer le Québec, de se décomplexer », explique-t-il, en référence aux films de fesses et aux émissions comme Rue des Pignons. L’adaptation, diffusée sur la chaîne nationale, a permis d’approcher la réalité des Québécois de manière plus authentique.
Le livre aborde également les défis de l’adaptation, comme les répliques qui ont moins bien vieilli, notamment en matière de représentation des rapports hommes-femmes. « Certaines scènes sont aujourd’hui difficiles à regarder », admet l’auteur, tout en soulignant la pertinence des scénarios et de l’humour de la série.
Un hommage à l’enfance québécoise
Le titre Un dîner avec les Pierrafeu fait référence à l’habitude des familles de regarder la série à l’heure du déjeuner, un moment de partage qui a marqué plusieurs générations. « Les Pierrafeu sont devenus les gardiens du midi », explique Demers, soulignant leur rôle dans la société québécoise des années 1980, où les parents divorçaient plus souvent et les mères travaillaient.

Le bédéiste insiste sur l’importance de préserver ces fragments de mémoire collective. « C’est un devoir de mémoire plutôt qu’une idéalisation du passé », affirme-t-il, en rappelant que sa passion pour l’animation a commencé à l’âge de 12 ans, lors de visites à la Cinémathèque québécoise.