L’EPR de Flamanville dans la Manche s’apprête à s’arrêter pour environ 350 jours à partir du samedi 26 septembre 2026, selon les informations publiées par Selectra. Cette première grande visite réglementaire intervient moins d’un an après que le réacteur ait atteint sa pleine puissance, sans faire craindre de coupures d’électricité cet hiver.
Le plus puissant réacteur nucléaire de France s’apprête à couper ses turbines pour une longue période de maintenance. Moins de douze mois après avoir atteint la barre des 100 % de sa capacité, l’EPR de Flamanville entame samedi sa première visite complète. Un calendrier minutieusement planifié de longue date par EDF, qui écarte d’emblée tout risque de tension sur l’approvisionnement électrique du pays au cours des prochains mois.
Une visite réglementaire de 350 jours pour le réacteur de Flamanville
Rien ne relève de l’improvisation dans ce calendrier. EDF avait fixé la date de cet arrêt et sa durée dès sa conférence de presse du 12 novembre 2025, soit plus de dix mois à l’avance. L’EPR avait connu sa première réaction en chaîne le 3 septembre 2024 avant d’être raccordé au réseau le 21 décembre de la même année, puis de libérer sa puissance maximale le 14 décembre 2025. C’est le cadre de la réglementation qui impose cette inspection approfondie. Selon les précisions recueillies par le journal La Tribune, cette étape doit impérativement intervenir dans les trente mois suivant le premier chargement en combustible.
La réglementation prévoit en effet ce contrôle complet pour vérifier notamment qu’il n’y a pas de défaut ou de fuite sur le circuit primaire. Il s’agit des tuyauteries et des équipements sous pression assurant le refroidissement du combustible nucléaire. Il fonctionne à une température de 300 °C et à une pression de 155 bars.
Rémy Catteau, directeur des centrales nucléaires à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection veillera au grain en menant des inspections régulières sur le terrain tout au long de cette période de maintenance. Ce chantier titanesque exigera la mobilisation de 2 500 travailleurs issus de 200 entreprises partenaires, pilotant près de 20 000 interventions techniques sur les vannes, clapets et robinetteries pendant environ 24 000 heures de travail, d’après les chiffres relayés par la radio locale ici Normandie.
Le remplacement historique du couvercle de la cuve
Au cœur de cette immense opération se trouve le remplacement du couvercle d’origine de la cuve, une pièce maîtresse dont l’anomalie de fabrication remonte à plus d’une décennie. Les premiers examens menés sur l’acier avaient été transmis dès la fin de l’année 2014 à l’autorité de régulation, révélant une concentration excessive en carbone — mesurée à 0,3 % au lieu des 0,22 % initialement prévus — susceptible d’altérer la robustesse du métal. Si l’autorité de sûreté avait d’abord exigé un changement avant fin 2024, un report avait été accordé en mai 2023 pour faire coïncider cette lourde dépose avec le premier arrêt de rechargement en combustible.
Le nouveau composant, façonné par Framatome dans ses ateliers de Saint-Marcel en Saône-et-Loire, a rejoint le site normand dès le 16 juin 2026. L’équipement pèse près de 100 tonnes et intègre les 89 mécanismes indispensables pour piloter les barres de contrôle qui régulent ou interrompent la réaction nucléaire. Si le planning initial est respecté sans encombre, le réacteur ne devrait pas ressouder sa production au réseau électrique avant la mi-septembre 2027.
Des retombées économiques colossales et une sécurité d’approvisionnement préservée
Le coût global de cette immense opération se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros pour EDF. Un investissement massif qui profite directement au tissu économique local et national, puisque 40 % des activités profitent à des entreprises de proximité tandis que 95 % des commandes globales ont été passées auprès de prestataires nationaux. Renaud Crassous, le directeur adjoint performance de la division production nucléaire, a salué cet engagement en soulignant l’implication d’EDF pour le maintien des savoir-faire industriels sur le territoire.
Du côté des foyers français, cet arrêt programmé ne fait planer aucune menace de coupure ni de secousse tarifaire imminente. Le gestionnaire du réseau jugeait déjà l’équilibre très favorable lors de l’hiver précédent alors que l’EPR fonctionnait encore prudemment en phase d’essais, et le tarif réglementé de vente de l’électricité restera stable au moins jusqu’au 1er février 2027.

| Indicateur technique et productif | Valeur de référence |
|---|---|
| Puissance de l’EPR de Flamanville | Environ 1 600 MW |
| Puissance des deux autres réacteurs du site | 1 300 MW chacun |
| Durée prévue de la visite complète | Environ 350 jours |
| Volume de production potentielle sur la période | 13,4 milliards de kWh |
Avec une capacité de 1 600 mégawatts, l’EPR surclasse largement les deux réacteurs historiques de 1 300 MW implantés sur le même site dans la Manche. S’il avait pu tourner de manière ininterrompue à plein régime durant ces cinquante semaines, il aurait généré l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 3,2 millions de foyers, calculée hors usages du chauffage et de l’eau chaude sanitaire.