Publié le 30 décembre 2024 à 06h38. Une vaste opération de perquisitions a été menée lundi dans le secteur financier argentin, touchant banques, sociétés de change et domiciles privés, dans le cadre d’enquêtes sur des opérations de change illégales impliquant des proches du football et d’anciens responsables de la Banque centrale.
- Plus d’une soixantaine de perquisitions ont été ordonnées par trois juges fédéraux.
- L’enquête porte sur des manœuvres de change impliquant l’achat de dollars au taux officiel puis leur revente sur le marché noir, avec des soupçons de complicité d’anciens responsables de la Banque centrale.
- Des personnalités proches de la Fédération argentine de football (AFA) et un financier lié à l’administration précédente sont visés par les investigations.
Lundi, la justice fédérale argentine a frappé fort dans le secteur financier. Trois juges – María Servini, María Eugenia Capuchetti et Sebastián Casanello – ont ordonné plus de soixante perquisitions dans des banques, des sociétés financières et des domiciles privés, dans le cadre d’enquêtes distinctes mais liées à des opérations de change suspectes. L’objectif : faire la lumière sur des pratiques illégales consistant à profiter des écarts entre le taux de change officiel et le marché parallèle du dollar.
L’une des enquêtes vise Ariel Vallejo, dirigeant de la société Sud Finance, une entreprise financière proche des dirigeants de la Fédération argentine de football (AFA), et Claudio « Chiqui » Tapia, son président. Les enquêteurs s’intéressent à leurs activités liées au « dollar bleu », le taux de change informel en Argentine. Une autre enquête porte sur le financier Elías Picirillo, soupçonné de manœuvres similaires sous le gouvernement d’Alberto Fernández.
Selon des sources judiciaires, les perquisitions visent également à déterminer si d’anciens responsables de la Banque centrale de la République argentine (BCRA) ont été complices de ces opérations. Les enquêteurs suspectent que des devises ont été obtenues au taux officiel auprès d’établissements bancaires, puis acheminées vers le marché noir pour être revendues à un prix considérablement plus élevé. Ces pratiques auraient eu lieu entre 2022 et 2023, pendant la période de contrôle des changes.
L’enquête menée par la juge Servini, débutée en 2024 avec le procureur Carlos Stornelli, porte notamment sur l’achat de 1,5 milliard de dollars (US) entre janvier et octobre 2023, alors que Sergio Massa était ministre de l’Économie. Les soupçons se concentrent sur le fait que ces devises auraient été obtenues au taux officiel et redirigées vers le marché informel.
Les perquisitions ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, notamment à Buenos Aires et dans sa périphérie, ainsi qu’à Bahía Blanca. La police fédérale a saisi des documents, des appareils électroniques, des sommes d’argent en pesos (environ un million) et des armes à feu. Une des perquisitions a eu lieu au domicile de la mère d’Ariel Vallejo, à Banfield.
Le procureur Stornelli a renforcé ses équipes en décembre 2024, en mobilisant la Direction de l’assistance judiciaire en matière de délinquance complexe et de criminalité organisée (DAJUDECO) et la division de lutte contre le blanchiment d’argent de la police fédérale. L’objectif était de localiser toutes les sociétés de change impliquées et d’identifier leurs propriétaires, actionnaires et administrateurs. Les premiers éléments de l’enquête révèlent que cinq sociétés de change ont retiré 474 846 739 dollars américains en espèces entre janvier et août 2023.
L’affaire a été ouverte suite à une plainte de l’ Unité d’information financière (UIF), qui s’est appuyée sur des rapports de la Banque centrale concernant les achats de dollars effectués par 18 sociétés de change via deux banques entre janvier et octobre 2023, une période sensible en raison de l’approche des élections présidentielles. Selon la plainte, « la manière dont ces sommes d’argent ont été acheminées soulève des questions quant à leur origine et à leur légalité ».
Parallèlement, la juge Capuchetti mène une enquête distincte, initiée en 2021, suite à une plainte de la Banque centrale concernant des activités illicites sur le marché noir des changes. Les perquisitions ordonnées par les juges Servini et Capuchetti ont parfois eu lieu dans les mêmes établissements bancaires et sociétés de change.
Enfin, le juge Casanello poursuit une enquête liée aux activités d’Elías Picirillo, actuellement assigné à résidence avec un bracelet électronique. Il est accusé d’avoir piégé un autre financier, Francisco Hauque, en lui implantant de la cocaïne. Lors des perquisitions ordonnées lundi matin, la police a saisi des téléphones portables, des ordinateurs et tout type de support de stockage numérique, y compris à la Banque centrale elle-même.
L’enquête porte également sur les opérations de la société de change d’Arg Exchange, qui aurait vendu 250 millions de dollars en 2023 à des entités qui n’ont pas justifié l’origine des fonds. Selon les sources judiciaires, « il existe des liens avec des responsables de la Banque centrale de l’administration précédente ».
À ne pas manquer
