L’Iran est confronté à une crise profonde, marquée par des manifestations nationales réprimées dans le sang et des tensions internationales exacerbées. L’ancien président américain Donald Trump a apporté son soutien aux protestataires, tout en menaçant Téhéran de représailles et en envisageant de nouvelles sanctions économiques.
Selon les organisations de défense des droits de l’homme, au moins 2 000 personnes ont été tuées et des milliers arrêtées depuis le début des troubles, déclenchés initialement par la dégradation de la situation économique. Un black-out médiatique rend difficile la vérification indépendante de ces chiffres.
Donald Trump a exhorté les manifestants à poursuivre leur mouvement, appelant à un renversement du pouvoir en place. Sur son réseau social Truth Social, il a écrit : « Patriotes iraniens, CONTINUEZ À PROTESTER – REPRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!! ». Il a également annoncé l’annulation de toutes les rencontres avec des représentants iraniens, affirmant : « Gardez les noms des tueurs et des agresseurs. Ils paieront un lourd tribut. L’AIDE EST EN CHEMIN. MIGA !!! ». Il a également évoqué la possibilité de recourir à la force militaire si de nouveaux manifestants venaient à être tués, et aurait discuté de « plusieurs options » avec des responsables militaires.
La Russie a vivement critiqué l’implication américaine, dénonçant une « ingérence extérieure subversive » et jugeant « catégoriquement inacceptable » toute menace de frappes militaires américaines.
L’inquiétude grandit quant au sort des manifestants arrêtés. L’Organisation Hengaw pour les droits de l’homme, une ONG basée en Norvège, a annoncé que la première exécution d’un manifestant, Erfan Soltan, 26 ans, est prévue mercredi. Arrêté il y a six jours à son domicile, il risque la pendaison sans qu’aucune information sur les accusations portées contre lui n’ait été communiquée à sa famille, qui se dit « choquée » et « désespérée ».
Par ailleurs, Donald Trump a annoncé l’imposition immédiate de droits de douane de 25 % sur les partenaires commerciaux de l’Iran, une mesure qui pourrait, selon des experts, perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette proposition doit encore être validée par la Cour suprême.
Téhéran a prévenu qu’il riposterait en cas d’action militaire américaine, mais sa capacité de réaction est compromise par les dommages subis lors des récents affrontements avec Israël et les États-Unis, qui ont détruit une partie de son infrastructure militaire, notamment ses systèmes de défense aérienne et ses installations nucléaires.
L’Union européenne examine la possibilité de nouvelles sanctions contre l’Iran, a déclaré Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l’UE. « L’UE a déjà mis en place des sanctions drastiques contre l’Iran (…) et nous discutons de sanctions supplémentaires », a-t-elle précisé.
Les manifestations, initialement motivées par la chute du rial iranien et la flambée des prix, ont évolué vers des revendications plus larges, appelant au renversement du régime religieux et, pour certains, au retour de la monarchie renversée en 1979.
Des images clandestines diffusées depuis l’Iran montrent des scènes macabres, avec des centaines de corps entassés dans les morgues, tandis que des familles en deuil tentent d’identifier leurs proches. Selon les militants, le centre médico-légal de Kahrizak est devenu le principal lieu de stockage des corps, avec au moins 2 000 victimes recensées, dont certaines présentent des traces de brûlures ou de balles.
La situation est d’autant plus préoccupante que les communications sont coupées, rendant difficile la vérification des informations. Des vidéos diffusées via Starlink et partagées sur Telegram montrent cependant des rassemblements ayant eu lieu dimanche et lundi à Téhéran, Ahvaz et Ispahan.
Negar Mortazavi, animatrice de l’émission The Iran Podcast et chercheuse au Centre de politique internationale basé à Genève, souligne que le régime dispose du monopole de la violence et qu’il a déjà réprimé dans le sang des mouvements de protestation similaires en 2009, 2019 et 2022.
L’ayatollah Ali Khamenei a réaffirmé sa détermination à ne pas céder, dénonçant les manifestants comme des « saboteurs » et des « agents terroristes » au service de gouvernements étrangers, notamment les États-Unis et Israël. Des images diffusées par la télévision d’État ont montré des dizaines de milliers de partisans du gouvernement défilant dans les rues lundi.
Reza Pahlavi, le fils en exil du dernier monarque iranien, s’est positionné comme un leader potentiel pour une transition démocratique, appelant les manifestants à continuer de se rassembler et se déclarant prêt à retourner en Iran en cas de chute du régime.
Sur le même sujet
