Avec Pluribus, sa première nouvelle série depuis Better Call Saul, Vince Gilligan propose une expérience télévisuelle délibérément lente et contemplative, portée par une performance fascinante de Rhea Seehorn. La série, disponible sur Apple TV+, explore les conséquences d’un événement mondial inexpliqué qui plonge la quasi-totalité de l’humanité dans un état de paix, du moins pour tous sauf un personnage principal.
Au cœur de Pluribus se trouve Carol Sturka, interprétée par Rhea Seehorn, une autrice de romans d’amour grincheuse et désabusée. Alors que le monde semble s’unir dans une harmonie nouvelle, Carol rejette cette paix forcée, convaincue qu’elle résulte d’une rupture fondamentale. La série suit son combat intérieur et sa quête pour rétablir l’ordre ancien.
L’approche narrative de Gilligan, qui rappelle l’atmosphère étrange de ses précédents travaux sur X-Files, privilégie l’observation du personnage et l’exploration d’idées profondes plutôt que la résolution rapide d’une intrigue. Les épisodes s’attardent sur des moments du quotidien, comme le chargement d’une personne dans un pick-up ou un long voyage à travers le continent, sans précipitation. Cette lenteur, loin d’être un défaut, est une invitation à la réflexion.
Cette méthode n’est pas nouvelle pour le créateur de Breaking Bad et Better Call Saul. Dès la seconde moitié de Breaking Bad, et de manière plus marquée dans Better Call Saul (co-créée avec Peter Gould, qui a également consulté sur Pluribus), Gilligan a souvent ponctué ses récits de séquences méditatives, observant simplement ses personnages dans leur environnement. « L’humanité se révèle non seulement dans les conflits et les interactions, mais aussi dans les espaces entre », souligne l’approche du réalisateur.
Tournée en grande partie à Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique, la série bénéficie d’une esthétique soignée et d’une attention particulière aux détails, allant de la décoration intérieure de la maison de Carol aux vastes cieux désertiques. La production a même reconstitué une maison entière et un lotissement, et a mis à disposition des avions, des hôtels et un supermarché Sprouts pour les besoins du tournage.
Pluribus se distingue de ses prédécesseurs par l’absence d’un moteur narratif traditionnel. Contrairement à Breaking Bad, où l’urgence de la maladie de Walter White et ses conséquences créaient une tension constante, ou à Better Call Saul, qui dévoilait progressivement les origines de ses personnages, Pluribus se concentre sur l’état d’esprit de Carol et les questions existentielles qu’elle soulève. La série ne cherche pas à répondre à des mystères, mais à explorer les implications de cette nouvelle réalité.
« Il s’agit de se reconnecter au plaisir de voir quelque chose se dérouler, à l’inconfort de rester trop longtemps avec un sentiment, et à la clarté étrange qui émerge lorsque votre cerveau se synchronise avec son rythme », résume l’approche singulière de cette série. Les deux premiers épisodes de Pluribus sont disponibles sur Apple TV+.
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