Publié le 8 octobre 2025 à 05h59. UBS s’expose à un risque croissant en investissant massivement dans la dette d’une enseigne en difficulté, ravivant les souvenirs du fiasco Greensill et soulevant des questions sur la gestion des risques au sein de la première banque suisse.
- UBS a pris une participation significative dans la dette de la marque de vêtements First Brands, pour un montant dépassant les 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros).
- Plus d’un demi-milliard de dollars (environ 460 millions d’euros) de cet investissement provient de clients fortunés d’UBS.
- Cette exposition représente plus de 30 % des actifs d’un fonds spécialisé dans le financement de la chaîne d’approvisionnement.
La banque UBS semble prendre des risques considérables en s’engageant dans la dette de First Brands, une entreprise actuellement sous protection des créanciers. Selon des informations du Financial Times, la banque suisse a investi massivement dans cette entreprise via sa filiale O’Connor, en utilisant une plateforme technologique appelée Raistone.
Derrière Raistone se trouve David Skirzenski, un ancien cadre de Greensill Capital, la société de financement qui s’est effondrée en 2021, entraînant avec elle des milliards d’euros d’investissements. Comme Greensill, Raistone se concentre sur le financement de la chaîne d’approvisionnement, en préfinançant les factures des fournisseurs. Le parallèle avec l’affaire Greensill est frappant, et inquiète les observateurs.
L’affaire rappelle le fiasco du Credit Suisse (CS) avec Greensill, qui avait conduit à des pertes considérables pour la banque et ses clients. En 2021, l’effondrement de Greensill avait causé des pertes de 2 milliards de dollars (environ 1,85 milliard d’euros) aux meilleurs clients privés du CS. Les investissements d’UBS dans First Brands pourraient donc constituer un nouveau test pour la banque.
Selon le Financial Times, entre 70 et 80 % des revenus de Raistone proviennent d’investissements dans First Brands. La situation est d’autant plus délicate qu’UBS envisage de vendre O’Connor à la banque d’investissement américaine Cantor Fitzgerald, dirigée par Howard Lutnick, un ancien conseiller de Donald Trump.
Le fonds O’Connor a contourné les limites d’investissement en divisant son engagement en une participation directe de 9,1 % et une participation indirecte de 21,4 %, ce qui soulève des questions sur la conformité aux réglementations en vigueur. Les règles internes limitent l’investissement maximal d’un fonds dans un seul actif à 20 %.
L’affaire First Brands pourrait donc devenir un véritable point de stress pour UBS, et rappeler les déboires du Credit Suisse avec Greensill. En 2020, Greensill avait tenté de maintenir à flot la banque japonaise SoftBank en lui injectant des fonds, mais l’opération s’était soldée par un échec. Le fondateur de SoftBank, Masayoshi Son, avait investi plus d’un demi-milliard de dollars (environ 460 millions d’euros) dans les fonds CS Supply Chains, qui avaient ensuite investi massivement dans Greensill.
À l’époque, le Financial Times soulignait que les investisseurs externes prenaient également le risque que les entreprises financées ne remboursent pas leurs dettes, un risque qui n’était pas toujours pleinement conscient par les investisseurs. La maison de cartes Greensill s’est effondrée neuf mois plus tard, entraînant avec elle le Credit Suisse deux ans après.
Avec First Brands, UBS pourrait être confrontée à un scénario similaire. L’ampleur des dégâts potentiels reste pour l’instant difficile à évaluer.
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