Publié le 22 octobre 2025 21:00. Oslo est sous pression pour utiliser les revenus de son fonds souverain, alimenté par le pétrole, afin de garantir un prêt massif à l’Ukraine, alors que l’aide européenne peine à se concrétiser.
- Le rédacteur en chef du journal danois Politiken appelle la Norvège à garantir un prêt à l’Ukraine grâce à son fonds pétrolier.
- Des experts norvégiens estiment que l’État norvégien a la capacité de se porter garant sans puiser dans le fonds souverain.
- Les négociations européennes sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer l’Ukraine sont au point mort, la Belgique exprimant des inquiétudes quant aux risques juridiques et aux représailles potentielles.
La Norvège est invitée à jouer un rôle clé dans le soutien financier à l’Ukraine, en utilisant les excédents générés par la hausse des prix du gaz suite à l’invasion russe. Christian Jensen, rédacteur en chef de Politiken, estime qu’il s’agit d’une opportunité pour Oslo de se positionner comme un acteur responsable sur la scène internationale.
Dans une tribune récemment republiée par Aftenposten, Jensen exhorte la Norvège à mobiliser son fonds pétrolier, estimé à plus de 1 000 milliards de couronnes norvégiennes (environ 90 milliards d’euros), pour garantir l’avenir de l’Europe.
« De cette façon, la Norvège montrera au monde extérieur qu’elle veut une image de son pays différente de celle du profiteur de guerre que l’histoire jugera durement. »
Christian Jensen, rédacteur en chef de Politiken
L’idée d’une garantie norvégienne sur un « prêt de remplacement » à l’Ukraine avait été initialement proposée par les économistes Knut Anton Mork et Håvard Halland dans un article publié sur Project Syndicate le mois dernier.
Cependant, cette proposition suscite des débats en Norvège. Robert Næss, directeur des investissements chez Nordea, met en garde contre l’utilisation du fonds pétrolier à des fins autres que des investissements financiers.
« Je pense qu’il est dangereux d’utiliser le fonds pétrolier à des fins autres que des investissements financiers. Il est inutile que le fonds pétrolier se porte garant. Le fonds pétrolier doit être un investisseur financier. Point. »
Robert Næss, directeur des investissements chez Nordea
Næss souligne que l’implication du fonds dans un prêt à l’Ukraine créerait un précédent dangereux, ouvrant la voie à des demandes futures d’utilisation des fonds à d’autres fins. Il estime que si la Norvège souhaite se porter garante, cela devrait être une décision politique distincte, financée par le budget national.
Espen Henriksen, professeur associé au Département des Finances de BI, estime quant à lui que l’État norvégien dispose d’une solvabilité suffisante pour se porter garant sans recourir au fonds pétrolier.
La situation est d’autant plus complexe que l’Union européenne cherche à mobiliser 140 milliards d’euros (1 600 milliards de couronnes norvégiennes) d’avoirs russes gelés en Belgique pour soutenir financièrement l’Ukraine. L’UE craint que l’Ukraine ne manque de liquidités dès le deuxième trimestre 2026.
L’idée est que l’Ukraine bénéficierait d’un prêt sans intérêt de l’UE, garanti par les fonds russes gelés, en attendant une éventuelle réparation de guerre future. Cependant, les négociations sont bloquées, la Belgique craignant d’être tenue responsable en cas de complications juridiques ou de représailles russes.
Selon le parlementaire finlandais de l’UE, Mika Aaltola, la situation est préoccupante. Nettavisen rapporte qu’Aaltola a déclaré que la Belgique s’est retirée des discussions, mettant en péril l’ensemble du projet.
Aaltola met en garde contre les conséquences d’un retard dans l’aide à l’Ukraine, soulignant la diminution des livraisons d’armes et la dépendance croissante de Kiev vis-à-vis du soutien européen. Il ajoute que les États-Unis se montrent également réticents à l’idée d’utiliser les fonds russes gelés.
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a déjà annoncé que son pays ne participerait pas au financement du prêt de remplacement en utilisant les avoirs russes gelés.
Jensen insiste sur le fait que la Norvège a bénéficié de manière significative de la crise énergétique, et qu’il est donc de sa responsabilité d’aider l’Ukraine. Il souligne que le soutien financier supplémentaire récemment approuvé par le Parlement norvégien est un pas dans la bonne direction, mais qu’il ne suffit pas.
En se portant garante du prêt ukrainien, la Norvège pourrait, selon Jensen, envoyer un message fort au monde entier et se démarquer de l’image d’un pays profitant de la guerre.
