Home AffairesUn destroyer chinois passe les eaux au large du Japon… “L’intervention de Taiwan en cas d’urgence” aggrave le conflit

Un destroyer chinois passe les eaux au large du Japon… “L’intervention de Taiwan en cas d’urgence” aggrave le conflit

by Amélie Bernard

Publié le 15 novembre 2025 à 15h35. Des navires de guerre chinois, dont un destroyer de pointe, ont traversé les eaux du sud du Japon, une démonstration de force qui intervient dans un contexte de tensions croissantes avec Tokyo suite aux déclarations du Premier ministre japonais sur Taïwan.

  • Trois navires de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise ont été détectés traversant le détroit d’Osumi.
  • Le Japon a déployé ses propres navires pour surveiller les mouvements des bâtiments chinois.
  • La Chine a vivement protesté contre les récentes déclarations du Premier ministre japonais concernant Taïwan, les qualifiant de « ligne rouge » franchie.

La traversée du détroit d’Osumi par des navires de guerre chinois, dont le destroyer de type 055 Anshan, a suscité une réaction rapide de Tokyo. Le ministère japonais de la Défense a annoncé le 13 novembre que trois navires de l’APL avaient été repérés le 12 novembre dans les eaux au sud de la préfecture de Kagoshima, sur l’île de Kyushu, avant de traverser le détroit et de se diriger vers le Pacifique. Le South China Morning Post avait déjà fait état du passage d’un navire de guerre chinois dans la même zone la veille, le 11 novembre.

Le destroyer Anshan, un des huit bâtiments de ce type actuellement en service, représente le fleuron de la marine chinoise, avec un déplacement de plus de 10 000 tonnes. Il était accompagné d’une frégate lance-missiles de type 054 et d’un navire de ravitaillement de type 903, qui ont également emprunté la même route à deux reprises.

En réponse à cette présence, le Japon a dépêché trois navires de la Force maritime d’autodéfense pour assurer la surveillance et la collecte d’informations. Selon le ministère de la Défense japonais, les navires chinois ont maintenu une vitesse normale et n’ont fait preuve d’aucun comportement menaçant.

Ce n’est pas la première fois cette année que des navires de guerre chinois traversent le détroit d’Osumi, un point de passage stratégique pour l’APL vers le Pacifique. Des mouvements similaires ont été observés à plusieurs reprises, notamment les 31 octobre et 8 novembre.

Cette démonstration de force intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Pékin et Tokyo. Le Premier ministre japonais Sanae Takaichi a récemment évoqué la possibilité d’une intervention japonaise en cas de conflit armé à Taïwan, déclarant le 8 novembre devant l’Assemblée nationale que cela pourrait être considéré comme une « crise existentielle » pour le Japon, justifiant ainsi l’activation du droit à l’autodéfense collective et le déploiement des forces d’autodéfense.

Le 1er novembre, M. Takaichi avait déjà suscité l’ire de la Chine en révélant une rencontre de 25 minutes entre un conseiller principal de Taïwan et un représentant chinois lors du sommet de l’APEC à Gyeongju, affirmant que « Taïwan est un ami précieux du Japon ».

La Chine a fermement condamné les propos du Premier ministre japonais, les qualifiant de « violation de la ligne rouge ». Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Sun Weidong, a convoqué l’ambassadeur du Japon en Chine, Kenji Kanasu, le 13 novembre pour exprimer sa vive protestation, dénonçant des « déclarations extrêmement mauvaises et dangereuses ».

Le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Zhang Bin, a même lancé un avertissement direct :

« Si le Japon intervient par la force dans la question de Taïwan, il paiera un prix terrible avec sa tête cassée et saignant devant l’armée chinoise. »

Zhang Bin, porte-parole du ministère chinois de la Défense

Les tensions se sont également manifestées sur le terrain diplomatique, avec des déclarations incendiaires de responsables chinois. Le consul général de Chine à Osaka, Xue Jian, a ainsi mis en garde contre les risques d’une escalade :

« Si vous jouez avec le feu sur la question de Taïwan, vous vous brûlerez vif. »

Xue Jian, consul général de Chine à Osaka

Le 14 novembre, l’ambassade de Chine au Japon a même publié un avis de sécurité à destination de ses citoyens, leur recommandant de « s’abstenir de visiter le Japon ».

Si certains interprètent ces mouvements de navires de guerre comme une simple réponse aux déclarations de M. Takaichi, des experts chinois tempèrent cette analyse. Zhu Feng, directeur de l’École des relations internationales de l’Université de Nanjing, souligne que « les conflits diplomatiques ne conduisent pas immédiatement à des réponses militaires », et que ces traversées s’inscrivent dans une augmentation générale de l’entraînement à longue distance et de la navigation dans les eaux environnantes, liée au renforcement de la puissance navale chinoise.

Le détroit d’Osumi, large d’environ 40 kilomètres, constitue un passage maritime international crucial pour les navires chinois souhaitant accéder au Pacifique. La région est également stratégique pour les États-Unis et leurs alliés, notamment le Japon, qui prépare la désignation de l’île de Mageshima comme terrain d’entraînement pour ses forces aériennes et comme base de soutien pour l’armée américaine. Cette zone fait partie de la « première chaîne d’îles » (Kyushu-Okinawa-Taïwan-Philippines), considérée comme un élément clé de la stratégie de défense américaine dans la région.

La Chine s’oppose fermement à l’expansion de l’influence militaire américaine et japonaise dans la région, et chaque approche de navires de guerre ou d’avions militaires chinois entraîne une réaction rapide de la part du Japon, avec le déploiement de ses propres forces, générant ainsi des confrontations récurrentes en mer et dans les airs.

Tokyo craint également que ces tensions ne conduisent Pékin à recourir à des pressions économiques et diplomatiques, comme ce fut le cas lors du conflit lié aux îles Senkaku en 2010, lorsque la Chine avait imposé des restrictions à l’exportation de terres rares vers le Japon.

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