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un héritage brutal – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 4 décembre 2025 21:52:00. Pour la première fois de son histoire, la Syrie s’apprête à commémorer la Journée internationale des droits de l’homme, un an après la chute du régime de Bachar al-Assad. Cette transition fragile est marquée par la révélation de preuves accablantes de torture et d’exécutions de masse commises par l’ancien pouvoir.

  • Une fuite de 174 000 documents, dont 33 000 photos de cadavres, révèle l’ampleur des crimes commis par le régime d’Assad.
  • Le nouveau gouvernement syrien, dirigé par Ahmed al-Sharaa, peine à mettre fin aux disparitions forcées et aux violences sectaires.
  • Bachar al-Assad, exilé en Russie, échappe pour l’instant à toute forme de justice.

La Syrie se prépare à un moment historique : la célébration publique de la Journée internationale des droits de l’homme. Un événement impensable il y a encore un an, lorsque le régime de Bachar al-Assad, longtemps considéré comme inébranlable, s’est effondré. Si le pays a retrouvé une place au sein de la communauté internationale, sous la direction de la milice islamiste Ahmed al-Sharaa, l’ombre du passé assadiste plane encore sur le présent.

C’est la publication d’une fuite massive de documents provenant des archives de l’ancien régime qui a mis en lumière l’horreur des méthodes employées par les services de sécurité et de renseignement syriens. Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont l’Irish Times est partenaire, a révélé l’existence de 174 000 documents, parmi lesquels plus de 33 000 photographies de corps émaciés, identifiant 10 200 victimes de la répression. Ces images et ces données devraient aider les familles de disparus, traumatisées par l’incertitude, et, espérons-le, permettre de traduire en justice les responsables de ces atrocités.

Les photos témoignent de la brutalité extrême des tortures infligées : émaciation, contusions, visages tuméfiés et ensanglantés, membres bandés, lacérations, dents manquantes. Près de la moitié des corps sont nus et environ les trois quarts présentent des signes de malnutrition sévère. Les documents révèlent également que de nombreux détenus ont été arrêtés arbitrairement, lors de rafles, à des barrages routiers ou simplement en raison de leur origine géographique, si leur ville était considérée comme hostile au régime.

L’attention méticuleuse portée par les bureaucrates de la sécurité d’Assad à l’enregistrement et à la justification de leurs actions est particulièrement glaçante. Ces dossiers, comparables à ceux découverts dans les camps de la mort nazis ou à Toul Sleng au Cambodge, révèlent une loyauté aveugle envers le pouvoir et un sentiment d’impunité total de la part des exécutants.

Bachar al-Assad, qui aurait trouvé refuge en Russie, reste hors de portée de la justice syrienne et internationale. Il a dirigé la Syrie pendant 13 années de guerre civile, qui ont fait, selon le Réseau syrien pour les droits de l’homme, environ 500 000 morts, dont plus de 200 000 civils tués par le régime et plus de 160 000 personnes victimes de disparitions forcées entre 2011 et l’année dernière.

Le gouvernement actuel, qui a promis de coopérer et a mis en place deux commissions d’enquête sur les crimes de l’ancien régime, n’a pas encore réussi à enrayer les disparitions – près d’une centaine ont été recensées cette année – ni à mettre fin aux affrontements sectaires, notamment avec les communautés druze et alaouite. Les bombardements israéliens dans le sud du pays et l’occupation du Golan compliquent également la normalisation des relations régionales. La transition en Syrie s’annonce donc longue et difficile.

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