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Un phénomène culturel voit des millions de personnes quitter le Nigeria

Publié le 4 décembre 2023. Le Nigeria, pays jeune et en croissance économique, est paradoxalement confronté à une hémorragie de ses compétences, un phénomène baptisé « Japa » qui révèle les profondes inégalités et les aspirations d’une population…

Un phénomène culturel voit des millions de personnes quitter le Nigeria

Publié le 4 décembre 2023. Le Nigeria, pays jeune et en croissance économique, est paradoxalement confronté à une hémorragie de ses compétences, un phénomène baptisé « Japa » qui révèle les profondes inégalités et les aspirations d’une population en quête d’un avenir meilleur.

  • Plus de la moitié de la population nigériane vit dans la pauvreté malgré la croissance économique du pays.
  • Le « Japa », un terme yoruba signifiant « partir », est devenu un phénomène culturel désignant l’émigration massive de Nigérians, notamment de professionnels qualifiés.
  • Les témoignages de migrants révèlent les dangers et les difficultés rencontrées lors de la tentative de quitter le pays, notamment les traversées du Sahara et de la Méditerranée.

Le Nigeria, avec ses plus de 230 millions d’habitants, affiche une démographie particulièrement jeune : l’âge médian est de 18 ans et plus des deux tiers de la population ont moins de 30 ans. Malgré une économie en expansion, plus de 130 millions de Nigérians vivent dans la pauvreté, ce qui pousse de nombreux citoyens à envisager l’émigration comme une solution.

Ce phénomène d’exode, qui existe depuis longtemps, a pris une nouvelle dimension culturelle et s’est vu attribuer un nom : « Japa ». Ce terme, issu de la langue yoruba, l’une des principales ethnies d’Afrique de l’Ouest, signifie à l’origine « se diviser » ou « partir » et impliquait autrefois un départ définitif. Aujourd’hui, son sens est plus nuancé, mais il témoigne de l’ampleur de la migration.

Le Dr Tunde Alabi, du département de sociologie de l’Université de Lagos (UniLag), souligne la difficulté d’obtenir des statistiques précises sur la migration, en raison du nombre important de départs illégaux à travers le Sahara et l’Afrique du Nord. Néanmoins, il confirme une augmentation significative du taux d’émigration au Nigeria, particulièrement dans les secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur.

Les témoignages recueillis par Juliette Gash et Mark Ronaghan, avec le soutien du Simon Cumbers Media Fund, illustrent la réalité brutale de cette quête d’une vie meilleure. Sylvia, par exemple, a tenté à plusieurs reprises de rejoindre l’Europe après le décès de ses parents en 2007.

« Il y a eu beaucoup de morts dans le désert du Sahara. Nous avons perdu beaucoup de monde. Certains étaient morts lorsque nous roulions dans le Hilux, même si quelqu’un tombait, ils ne les attendaient pas. »

Sylvia, migrante nigériane

Son parcours a été marqué par des dangers considérables, notamment la traversée du Sahara où elle a été contrainte de boire sa propre urine pour survivre. Après avoir atteint l’Europe, elle a vécu dans un camp de réfugiés avant de se marier avec un Norvégien. Son retour au Nigeria, après l’échec de sa demande de visa, l’a contrainte à tenter une nouvelle traversée, encore plus périlleuse, via la Libye.

Chiutu, quant à lui, a passé cinq ans en Allemagne après avoir quitté le Nigeria en 2014. Il a sollicité l’asile et a même trouvé un emploi dans une maison de retraite, mais a été renvoyé suite à un malentendu concernant les conditions d’hygiène. Il a finalement accepté d’être rapatrié, regrettant amèrement son départ.

« Je reviens, puis ma femme m’a dit que je ne devais pas revenir. J’ai dit : ‘Ne me laisse pas mourir dans ce pays.’ J’étais tellement déprimé. J’ai laissé mes enfants sans les voir pendant plus de cinq ans. Je ne peux pas continuer à vivre dans ce pays. »

Chiutu, ancien migrant en Allemagne

De retour à l’Université de Lagos, des étudiants en sociologie interrogés par nos confrères partagent leurs réflexions sur le phénomène Japa. Florence souligne l’importance de la sécurité comme facteur de départ, tandis que Jaqueline envisage l’émigration comme une opportunité d’enrichir ses connaissances et de développer sa carrière, avec l’intention de revenir au Nigeria par la suite. D’autres, comme Benjamin et Wuraola, expriment le désir de vivre une expérience à l’étranger tout en restant attachés à leur pays d’origine.

Favor résume la complexité de la situation :

« Japa est à la fois positif et négatif. Dans le sens où, en raison de la situation économique actuelle au Nigeria, beaucoup de gens veulent réellement partir vers des pâturages plus verts. »

Favor, étudiant en sociologie à l’Université de Lagos

Le désir d’accéder à une vie meilleure est donc un moteur puissant, mais le coût du Japa est élevé et la décision est difficile à prendre. Alors que 130 millions de Nigérians vivent dans la pauvreté, l’attrait de l’étranger reste fort, malgré les risques et les sacrifices.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.