Publié le 4 décembre 2023 à 16h30. Des déclarations récentes du ministre de la Défense indien, Rajnath Singh, concernant un désaccord passé entre Jawaharlal Nehru et Sardar Vallabhbhai Patel au sujet du financement de la mosquée de Babri, ont suscité une vive réaction de l’opposition, le Congrès dénonçant un « mensonge complet ».
- Rajnath Singh affirme que Nehru souhaitait utiliser des fonds publics pour la mosquée de Babri, une proposition à laquelle Patel s’était opposé.
- Le Congrès réfute catégoriquement cette affirmation, la qualifiant de fausse.
- Les archives de Nehru révèlent une préoccupation majeure concernant les tensions communautaires autour de la mosquée, mais ne confirment pas l’intention d’utiliser des fonds publics pour sa construction.
La polémique a éclaté suite à un discours prononcé par Rajnath Singh mardi dans le village de Sadhli, près de Vadodara. Le ministre a déclaré : « Lorsque Pandit Nehru a soulevé la question de dépenser de l’argent du trésor gouvernemental pour la Babri Masjid, c’est Sardar Vallabhbhai Patel, né d’une mère gujarati, qui s’y est opposé. Et à cette époque, il n’a pas permis que la mosquée Babri soit construite avec des fonds gouvernementaux. »
Manickam Tagore, député du Congrès, a immédiatement répliqué, qualifiant les propos de Singh de « mensonge complet ». Cette controverse intervient dans un contexte de tensions persistantes autour de l’histoire de la mosquée de Babri, dont la destruction en 1992 a déclenché des émeutes communautaires à travers l’Inde.
L’examen des lettres et discours de Nehru accessibles au public ne permet pas de corroborer l’affirmation de Rajnath Singh concernant une volonté d’utiliser des fonds publics pour la mosquée. Cependant, les documents révèlent une profonde inquiétude de Nehru face à la montée des tensions communautaires et aux risques de conflit autour du site d’Ayodhya. Il exprimait sa crainte que la situation n’affecte également la question du Cachemire et les relations avec le Pakistan.
Dans un télégramme adressé au ministre en chef de l’Uttar Pradesh, Govind Ballabh Pant, le 26 décembre 1949, Nehru exprimait son trouble face aux événements survenus à Ayodhya :
« Je suis troublé par les développements à Ayodhya. J’espère sincèrement que vous vous intéresserez personnellement à cette affaire. Un exemple dangereux est donné là-bas qui aura de mauvaises conséquences. »
Jawaharlal Nehru, Premier ministre indien
En février 1950, il a de nouveau écrit à Pant, soulignant l’importance de la situation :
« Je serai heureux si vous me tenez informé de la situation d’Ayodhya. Comme vous le savez, j’y attachais une grande importance ainsi qu’à ses répercussions sur les affaires de toute l’Inde et plus particulièrement du Cachemire. »
Jawaharlal Nehru, Premier ministre indien
Sardar Patel partageait également cette préoccupation. Dans une lettre à Pant, après que des idoles eurent été placées dans la mosquée, il a insisté sur la nécessité d’une résolution pacifique :
« Je pense que cette question doit être résolue à l’amiable dans un esprit de tolérance mutuelle et de bonne volonté entre les deux communautés. »
Sardar Vallabhbhai Patel, ministre de l’Intérieur indien
Il a également souligné l’importance de ne pas recourir à la force et de maintenir la paix à tout prix.
Pour rappel, dans la nuit du 22 décembre 1949, des idoles de Rama et Sita avaient été placées sous le dôme central de la mosquée de Babri à Ayodhya, déclenchant une série d’incidents communautaires dans la région et au-delà. Cette affaire a marqué un tournant dans l’histoire des relations intercommunautaires en Inde et a conduit à des décennies de litiges juridiques avant la construction d’un temple sur le site en 2020.
Sur le même sujet
- Colombie | Le nouveau président promet de restaurer « l’ordre » et de combattre le « narcoterrorisme
- Colombie: Abelardo de la Espriella investi président de la Colombie
- Ferroviaire : Trenitalia France commande 19 trains à grande vitesse au japonais Hitachi pour «environ deux milliards d’euros» (lederniereheure.com)