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Un village japonais diminue à mesure que la population nationale diminue

Nichée au cœur des collines au nord-ouest de Tokyo, la commune de Nanmoku est le symbole d'un Japon vieillissant, confronté à une crise démographique sans précédent. Avec une population en déclin constant et une majorité de ses habitants…

Un village japonais diminue à mesure que la population nationale diminue

Nichée au cœur des collines au nord-ouest de Tokyo, la commune de Nanmoku est le symbole d’un Japon vieillissant, confronté à une crise démographique sans précédent. Avec une population en déclin constant et une majorité de ses habitants âgés de plus de 65 ans, ce village paisible lutte pour sa survie.

Katsuhiko Moteki, 70 ans, témoigne d’un changement radical qu’il a observé au cours des cinquante dernières années. « Il n’y a pas d’enfants ici. Seulement des singes, des ours et des cerfs – et les enfants de ces animaux », confie-t-il en étendant son linge. « Il n’y a pas d’argent, pas d’industrie, pas d’emploi. C’est dur de vivre ici. Même moi, je veux partir. » Il prédit sans détour : « Cela va disparaître. »

Nanmoku a perdu près de 80 % de sa population depuis 1975, passant d’environ 7 000 habitants à seulement 1 500 aujourd’hui, dont les deux tiers ont dépassé l’âge de 65 ans. Ses trois enfants ont quitté le village depuis longtemps, un schéma qui se répète chez de nombreux habitants restés sur place.

En 2014, un rapport démographique de l’ancien ministre Hiroya Masuda a mis en lumière la situation critique de Nanmoku, la désignant comme l’une des communes les plus menacées de disparition au Japon. Depuis, des initiatives ont été lancées pour attirer de nouveaux habitants, mais face à un déclin démographique national qui dure depuis 16 ans, l’objectif est désormais de ralentir l’hémorragie plutôt que de l’inverser.

Le paysage de Nanmoku, avec ses forêts de cèdres luxuriantes et sa rivière cristalline, attire quelques touristes, mais les industries forestières et agricoles qui autrefois soutenaient l’économie locale ont disparu. Près de 600 maisons en bois, disséminées sur les flancs des collines, sont vides, certaines montrant des signes avancés de délabrement.

Shigeyuki Kaneta, 54 ans, boulanger de quatrième génération, constate lui-même le déclin. Sa boulangerie familiale, qui fournit les villages environnants depuis 140 ans, reste une activité stable, mais il observe une diminution des commandes pour les événements familiaux, comme les naissances. « Il y a de moins en moins de monde. On voit que certaines maisons sont vides et on se dit ‘oh, ils ont quitté la ville’. On voit ces changements de jour en jour », explique-t-il.

La situation de Nanmoku reflète une tendance plus large en Asie de l’Est, avec des taux de natalité en baisse en Corée du Sud, à Taïwan, en Chine et à Singapour. Au Japon, la population a diminué à 120,65 millions d’habitants en août 2024, avec un nombre record de 908 000 décès enregistrés l’année précédente. Les projections estiment que la population pourrait atteindre 87 millions d’habitants d’ici 2070, avec 40 % de la population âgée de 65 ans ou plus.

Le taux de fécondité, tombé à 1,15 enfant par femme en 2024, est bien en dessous du taux de remplacement de 2,1. L’augmentation du coût de la vie, les difficultés à concilier vie professionnelle et familiale, et le manque de soutien aux femmes sont autant de facteurs qui contribuent à cette baisse.

Nanmoku ne se résigne pas pour autant. Le rapport de 2014, surnommé le « choc Masuda », a incité les autorités locales à agir. Satomi Oigawa, 26 ans, travaille comme coordinatrice des migrations pour une association locale, aidant à rénover des maisons vides et à attirer de jeunes habitants. « Nous recevons environ 150 demandes chaque année », précise-t-elle, « mais le nombre réel de personnes qui s’installent ici est d’environ huit. »

Des initiatives gouvernementales, comme celle qui a permis à Genki Wanibuchi, 32 ans, et à sa femme Yuki de s’installer à Nanmoku en ouvrant un café, offrent un espoir fragile. « Il est très difficile pour nous de gagner beaucoup d’argent, mais en même temps nos coûts sont moins chers », explique Wanibuchi. « Nous voulons continuer à vivre ici le plus longtemps possible. »

L’école primaire et le collège de Nanmoku ont fusionné en 2023, en raison du faible nombre d’inscriptions. L’établissement compte aujourd’hui 26 enseignants pour seulement 19 élèves. Malgré les difficultés, l’école reste un élément essentiel pour maintenir une présence familiale dans le village. Sans elle, aucune famille ne viendrait s’installer, et ceux qui restent seraient contraints de partir.

L’avenir de Nanmoku, comme celui de nombreux villages japonais, reste incertain. Pour l’instant, le village tient bon, mais la lutte pour la survie est loin d’être terminée.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.