Home MondeUne enquête révèle que la crise vénézuélienne est l’une des principales préoccupations de l’Amérique latine

Une enquête révèle que la crise vénézuélienne est l’une des principales préoccupations de l’Amérique latine

by Clara Dubois

Publié le 1er novembre 2025. Une enquête régionale révèle que la crise vénézuélienne continue de susciter une vive inquiétude en Amérique latine, avec une majorité de citoyens percevant le pays comme une dictature en proie à une profonde crise politique, sociale et humanitaire.

  • 74 % des Latino-Américains se disent préoccupés par la situation au Venezuela, dont 41 % « très inquiets ».
  • 67 % des personnes interrogées estiment que le régime de Nicolás Maduro est le principal responsable de la crise.
  • Plus de la moitié des répondants (53 %) se disent favorables à une intervention militaire américaine pour renverser le gouvernement Maduro.

La crise vénézuélienne reste une préoccupation majeure pour les citoyens d’Amérique latine, selon une enquête menée en octobre 2025 par AtlasIntel. L’étude, qui a interrogé 6 757 personnes à travers le continent – dont 2 777 au Venezuela et 3 980 dans le reste de la région – met en évidence une perception largement partagée : le Venezuela est considéré comme un pays en effondrement, confronté à des difficultés politiques, sociales et humanitaires aux conséquences qui dépassent largement ses frontières.

Les données du rapport indiquent que 41 % des Latino-Américains se disent « très inquiets » quant à la situation vénézuélienne et 33 % « assez inquiets », ce qui signifie que près de trois répondants sur quatre (74 %) observent avec appréhension l’évolution du pays. Seuls 8 % des personnes interrogées déclarent ne pas se sentir concernées par ce qui se passe au Venezuela. Ce chiffre témoigne du fait qu’après deux décennies de chavisme au pouvoir, la crise vénézuélienne continue d’être une question d’importance continentale, tant sur le plan politique que pour l’impact migratoire qu’elle a engendré.

L’enquête identifie quatre dimensions principales expliquant cette préoccupation : la fraude électorale (65 %), la pauvreté et la faim (64 %), la migration de masse (63 %) et les violations des droits de l’homme (62 %). Ces données suggèrent que la perception du Venezuela combine un effondrement institutionnel avec une urgence sociale persistante, dans laquelle l’État a perdu la capacité de garantir des services de base, des conditions de vie décentes et des processus électoraux crédibles.

L’ampleur de la diaspora vénézuélienne influence également la perception régionale. Selon les Nations Unies, plus de huit millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, ce qui représente l’équivalent d’un quart de sa population. L’enquête AtlasIntel confirme que ce phénomène est largement reconnu : 58 % des Latino-Américains déclarent avoir perçu des impacts directs dans leur pays en raison de l’immigration vénézuélienne, principalement sur le marché du travail, les systèmes de santé et la sécurité publique.

En ce qui concerne les responsabilités, le diagnostic régional est sans équivoque. 67 % des personnes interrogées attribuent la principale responsabilité de la crise au régime de Nicolás Maduro, tandis que 20 % soulignent la politique de sanctions des États-Unis et 8 % l’opposition vénézuélienne. Au sein du Venezuela même, la majorité des personnes interrogées associe la détérioration du pays à la corruption, à la répression politique et à la mauvaise gestion du gouvernement.

La méfiance se reflète également dans l’opinion concernant les dernières élections présidentielles, au cours desquelles Nicolás Maduro a été proclamé président pour un nouveau mandat. 72 % des Latino-Américains estiment que ces élections ont été « volées » ou « frauduleuses », tandis que seulement 19 % les considèrent comme légitimes. Parmi les Vénézuéliens vivant à l’étranger, le nombre de ceux qui croient qu’il y a eu manipulation s’élève à 86 %.

73 % des personnes interrogées considèrent que le Venezuela est une dictature, contre 16 % qui le définissent comme une démocratie et 11 % qui n’ont pas d’opinion. Parmi les Vénézuéliens eux-mêmes, le diagnostic est encore plus sévère : 81 % décrivent le pays comme une dictature, avec seulement 10 % qui croient encore vivre sous un régime démocratique. Cette vision coïncide avec les critiques internationales concernant les violations des droits de l’homme et le manque d’indépendance judiciaire.

L’opposition vénézuélienne bénéficie du soutien de la majorité. 51 % des personnes interrogées ont une image positive des forces d’opposition, contre 34 % d’opinions négatives. Au sein de ce groupe, la figure de María Corina Machado concentre le plus haut niveau de soutien : 57 % d’avis favorables et 30 % défavorables. L’enquête révèle également que 55 % des Latino-Américains approuvent la décision du Comité Nobel d’attribuer le Prix Nobel de la Paix 2025 à des défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme, et que 55 % leur font confiance pour mener une transition démocratique au Venezuela.

L’étude explore également les voies possibles de changement. 41 % des personnes interrogées considèrent que l’option la plus viable pour restaurer la démocratie est une intervention militaire menée par les États-Unis, 29 % sont favorables à la pression diplomatique et 16 % à la mobilisation interne. Dans une question directe, 53 % se déclarent favorables à une intervention militaire américaine pour renverser le régime de Maduro, contre 32 % qui la rejettent et 15 % qui ne se prononcent pas. Même si le soutien à l’action extérieure n’est pas absolu, les données reflètent une perception généralisée selon laquelle un changement politique interne, en soi, est peu probable.

Les résultats indiquent également qu’en cas de transition, les Latino-Américains s’attendent à une amélioration substantielle de la situation du pays. Plus de la moitié pensent que le retour de la démocratie permettrait des élections libres, un renforcement des droits de l’homme et la normalisation des relations internationales. 58 % estiment que la migration vénézuélienne diminuerait si le régime venait à s’effondrer, ce qui suggère que l’exode est considéré comme une conséquence directe de la crise politique.

Pour l’heure, l’image du pays continue de se dégrader. 82 % des personnes interrogées affirment qu’elles n’envisagent pas actuellement de visiter le Venezuela et seulement 9 % le feraient dans les conditions actuelles. Cependant, l’attente d’un changement pourrait inverser cette tendance : 47 % assurent qu’ils visiteraient le pays si la démocratie était rétablie. Pour une grande partie de l’Amérique latine, la reprise vénézuélienne est associée non seulement au départ du gouvernement actuel, mais aussi à la possibilité de réintégrer le pays dans le circuit politique et économique régional.

L’étude Sondage à l’échelle de l’Amérique latine – La crise vénézuélienne a été préparée par AtlasIntel entre le 22 et le 28 octobre 2025, à travers sa méthodologie de Recrutement numérique aléatoire (RDR), qui permet de recruter des participants de manière anonyme lors de leur navigation en ligne. Le modèle ajuste l’échantillon en fonction du sexe, de l’âge, du niveau d’éducation, du revenu, de la région et du comportement électoral antérieur, garantissant ainsi la représentativité au niveau continental.

L’enquête comprenait 6 757 adultes latino-américains, avec des marges d’erreur de ±1 point de pourcentage pour l’ensemble de la région et ±2 points pour l’échantillon vénézuélien, sous un niveau de confiance de 95 %.

Le rapport offre une radiographie précise du climat d’opinion sur le Venezuela : une société régionale profondément préoccupée, qui perçoit le pays comme une dictature en crise, en attribue la responsabilité au gouvernement de Nicolás Maduro et associe la solution politique à une transition démocratique qui, selon la majorité, nécessitera une pression internationale.

Infographie : Felipe González

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.