Publié le 29 septembre 2025 à 17h28. Une étude approfondie menée dans la région d’Altaï révèle la richesse de la pharmacopée traditionnelle kazakhe, mettant en lumière l’importance de la transmission intergénérationnelle des savoirs et les défis liés à la préservation de ce patrimoine.
- L’étude a recensé 118 espèces de plantes médicinales traditionnellement utilisées par le peuple kazakh pour l’alimentation et la médecine.
- La majorité des participants à l’étude se situent dans les tranches d’âge 51-60 ans (37%) et 41-50 ans (29%), soulignant un risque de perte de connaissances auprès des jeunes générations.
- Les parties les plus utilisées des plantes à des fins médicinales sont les feuilles (22,03%) et les plantes entières (18,64%), tandis que les fruits (33,90%) dominent l’usage alimentaire.
Une étude systématique des ressources en plantes médicinales de la région d’Altaï, menée entre 2012 et 2024, a permis d’identifier un total de 12 225 espèces. La présente recherche se concentre sur un sous-ensemble de 118 plantes, particulièrement significatives pour le peuple kazakh en raison de leur utilisation à la fois thérapeutique et nutritionnelle. Les données ont été collectées principalement en 2012 et 2017, révélant une intégration profonde de ces plantes dans le quotidien de la communauté.
L’analyse taxonomique des 118 espèces identifiées révèle une diversité remarquable, regroupées en 37 familles et 85 genres. Les familles les plus représentées sont les Rosaceae (15 espèces, 12,71%), les Fabaceae (9 espèces, 7,62%), les Asteraceae (9 espèces, 7,62%), les Polygonaceae (9 espèces, 7,62%) et les Ombellifères (7 espèces, 5,93%). D’autres familles, telles que les Elaeagnaceae (5 espèces, 4,24%), les Campanulaceae (4 espèces, 3,39%) et les Caprifoliaceae et Urticaceae (3 espèces chacune, 2,54%), présentent une diversité modérée. Enfin, 30 familles mineures sont représentées par une à deux espèces chacune (≤ 1,69%), incluant des genres tels que les Ranunculaceae, les Caryophyllaceae, les Brassicaceae, les Linaceae, les Iridaceae et les Amaranthaceae.
La forme de vie végétale prédominante parmi les plantes médicinales kazakhes est celle des plantes herbacées (82 espèces, 69,5%), suivie des arbustes (24 espèces, 20,3%) et des arbres (12 espèces, 10,2%). Si la plupart de ces plantes étaient traditionnellement récoltées à l’état sauvage, une tendance croissante à la culture de 30,51% de ces espèces témoigne d’une prise de conscience et d’une volonté de promouvoir une utilisation plus durable des ressources naturelles.
L’étude révèle également une distinction claire dans l’utilisation des différentes parties des plantes. Pour les applications médicinales, les feuilles (25,42%), les plantes entières (18,64%) et les racines (18,64%) sont les plus fréquemment utilisées, représentant collectivement plus de 70% des usages thérapeutiques. En revanche, pour l’alimentation, les fruits (33,90%) sont privilégiés, suivis des feuilles (20,34%) et des racines (20,34%) (voir Figure 3). Cette différenciation reflète à la fois des choix fonctionnels et des préférences alimentaires ancrées dans la culture kazakhe.
L’analyse des Indices d’Usage (IU) a révélé que les plantes les plus fréquemment citées pour leurs propriétés médicinales sont Glycyrrhiza uralensis et Glycyrrhiza inflata (IU = 0,56), suivies de Taraxacum officinale (IU = 0,41) et de Codonopsis pilosula et Codonopsis clematidea (IU = 0,34). La forte valeur d’IU des espèces Glycyrrhiza s’explique par leur utilisation répandue dans la médecine traditionnelle chinoise (MTC), où elles sont réputées pour leur rôle harmonisateur dans les formulations à base de plantes. Cette convergence avec les pratiques kazakhes souligne un partage significatif de connaissances au sein des systèmes ethnomédicaux régionaux.
Les applications thérapeutiques des plantes médicinales kazakhes sont vastes et couvrent un large éventail de problèmes de santé, s’inscrivant à la fois dans le cadre de la théorie médicale traditionnelle et des classifications modernes (voir Figure 4). La santé digestive et respiratoire sont les domaines les plus fréquemment traités, avec 26,05% des espèces ciblant les affections digestives et 17,65% utilisées pour les problèmes respiratoires. Des stratégies traditionnelles telles que le traitement des furoncles, de la dysenterie et du mal de gorge par des plantes aux propriétés anti-inflammatoires et antimicrobiennes, ou encore le soulagement de la toux et de l’asthme, sont couramment pratiquées.
Les traitements liés au système urinaire, nerveux et aux traumatismes constituent également des domaines d’application importants. Les plantes utilisées pour le système urinaire (8,40%) sont souvent associées à des effets diurétiques et anti-œdème, tandis que celles utilisées pour le système nerveux (11,86%) sont employées dans le traitement des troubles liés au stress et de l’insomnie. Les affections musculo-squelettiques (4,20%) et circulatoires, souvent liées à des traumatismes ou à des troubles menstruels, sont traitées par des plantes favorisant la circulation sanguine.
La santé reproductive et métabolique est également prise en compte, avec des applications ciblant le système reproducteur (6,78%) et la tonification des fonctions hépatiques et rénales. Des herbes adaptogènes sont utilisées pour traiter des conditions telles que l’impuissance et la fatigue rénale. D’autres applications incluent le soulagement des symptômes saisonniers, tels que le rhume et la fièvre, l’arrêt des saignements et l’apaisement des troubles neurologiques ou cardiovasculaires.
Au-delà de leurs usages médicinaux, les plantes jouent un rôle central dans l’alimentation traditionnelle kazakhe, en particulier pour la consommation de fruits sauvages tels que le chardon de thé noir, le chardon de thé alpin et les cassis altai, souvent transformés en confitures. Taraxacum mongolicum (pissenlit) est également une source importante de nourriture, avec ses fleurs et ses racines riches en amidon. Des plantes comme le Niuzhi sont utilisées pour préparer des boissons traditionnelles, tandis que d’autres, comme le Horsehair, interviennent dans la fermentation du lait de chameau et d’autres produits laitiers (voir Figure 5).
L’utilisation des plantes médicinales et alimentaires est encadrée par des règles éthiques et des tabous traditionnels, basés sur l’observation attentive de l’environnement. Par exemple, la récolte de Allium ursinum et Allium chrysanthum est reportée après le premier orage de printemps, tandis que les baies de Prunus rosea ne sont cueillies qu’à pleine maturité. Ces pratiques, similaires à celles observées en Éthiopie et en Turquie, témoignent d’une approche durable et respectueuse de la nature. La validation scientifique de certaines propriétés de ces plantes, comme les effets antioxydants de Hippophae rhamnoides et les propriétés antivirales de Glycyrrhiza uralensis, confirme la pertinence des connaissances ancestrales.
En conclusion, les plantes médicinales et alimentaires occupent une place centrale dans la culture kazakhe, incarnant un héritage de savoirs, de traditions et d’éthique environnementale. La préservation de ce patrimoine nécessite un engagement scientifique et une sensibilité culturelle afin de garantir sa transmission aux générations futures.