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UNE NUIT À VENISEOnline Merker

by Antoine Girard

Vienne, le 25 octobre 2025. La Volksoper de Vienne a célébré le bicentenaire de Johann Strauss avec une nouvelle production de son opérette « La Nuit à Venise », une soirée qui, malgré l’enthousiasme du public, a laissé un goût amer aux puristes.

  • La nouvelle mise en scène de Nina Spijkers, marquée par un carnaval visuel exubérant, a privilégié l’humour et les références contemporaines au détriment de la subtilité et de l’esprit de l’opérette.
  • Les dialogues, remaniés par Fabian Pfleger, intègrent des clins d’œil politiques qui, bien que prévisibles, alourdissent l’ensemble.
  • La distribution, bien que solide, peine à s’élever au-dessus d’une mise en scène qui réduit certains personnages à des caricatures.

La Volksoper a choisi de marquer les 200 ans de la naissance de Johann Strauss (écrit ici avec un « ß » malgré l’évolution orthographique vers le « ss ») par une relecture audacieuse de « La Nuit à Venise ». La production, signée par la réalisatrice néerlandaise Nina Spijkers, connue pour ses mises en scène dynamiques et parfois décalées – comme sa précédente version des « Joyeuses Commères de Windsor » – s’est avérée plus controversée qu’attendue.

Dès le lever de rideau, la scénographie de Studio Dennis Vanderbroeck, bien que sans prétention particulière, tente de moderniser l’esthétique traditionnelle de l’opérette. Les décors, aux formes simples et aux couleurs vives, évoquent un carnaval permanent, mais manquent de raffinement. À l’opposé, les costumes de Jorine van Beek semblent initialement vouloir rendre hommage à l’opérette classique, avant de céder à l’exubérance de la mise en scène.

L’arrivée d’Annina, promettant des « Frutti di mare », marque un tournant décisif. Des créatures étranges et des personnages historiques improbables – Hulk, Obélix, Frida Kahlo, Marilyn Monroe – envahissent la scène, transformant Venise en un défilé de costumes. Le duc d’Urbino se métamorphose en Batman, tandis que les dames se travestissent en Superman ou Supergirl. Les trois sénateurs vénitiens, quant à eux, incarnent Donald Trump, Astérix et, plus énigmatiquement, le père de la famille Addams. Cette succession de tableaux visuels, aussi rapide qu’imprévisible, invite le spectateur à un jeu de devinettes constant.

Cette approche visuelle débridée s’accompagne d’une réécriture des dialogues par Fabian Pfleger, qui n’hésite pas à intégrer des références à l’actualité politique. Le sénateur Testaccio, arborant plus tard une casquette à la manière de Donald Trump, réclame à plusieurs reprises « Redonner à Venise sa grandeur ». Ces incursions contemporaines, bien que prévisibles, alourdissent le propos et nuisent à la légèreté de l’œuvre originale.

La mise en scène de Nina Spijkers semble privilégier une vision féministe de l’opérette, au détriment des personnages masculins. Le duc d’Urbino, traditionnellement présenté comme un coureur de jupons, est ici réduit à un personnage rêveur et passif. Caramello et Pappacoda, quant à eux, sont dépeints comme maladroits ou en proie à la mélancolie.

La distribution, menée par Johanna Arrouas dans le rôle d’Annina, peine à s’élever au-dessus d’une mise en scène qui la contraint à des choix scéniques discutables, comme son apparition en Supergirl. Juliette Khalil apporte sa vivacité habituelle, mais son personnage reste effacé. Ulrike Steinsky et Carin Filipčić, dans les rôles secondaires, se fondent dans la masse, tandis que Martina Dorak, coiffée d’un chapeau de lapin orné d’un drapeau suisse, tente de se faire remarquer sans grand succès.

Les trois sénateurs sont interprétés par Marco Di Sapia, Nicolas Hagg et Ursula Pfitzner, cette dernière dans un rôle inhabituel d’homme. Quant à Alexander Kahr, il se contente d’une apparition anecdotique en éboueur de carnaval. Lucien Krasznec et David Kerber, dans les rôles du duc et de Caramello, manquent de la sensualité et de la souveraineté vocale nécessaires à l’interprétation de l’opérette.

Enfin, la direction d’orchestre d’Alexander Joel, trop imposante et dépourvue de légèreté, ne parvient pas à rendre justice à la musique de Johann Strauss.

Malgré ces réserves, le public a accueilli la production avec enthousiasme, quelques huées isolées à l’encontre de la réalisatrice n’ayant pas suffi à ternir l’ambiance générale. « Pauvre Johann Strauss », a commenté une spectatrice en sortant de la salle, résumant l’état d’esprit général. La fête d’anniversaire de la Volksoper, bien que généreuse en intentions, n’a pas réussi à convaincre.

Renate Wagner

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