Mis à jour le 24 octobre 2024 à 16h32. Une start-up américaine ambitionne d’illuminer la Terre de nuit grâce à une constellation de milliers de miroirs orbitaux, une idée qui suscite l’enthousiasme de certains, mais l’inquiétude de la communauté scientifique.
- Reflect Orbital, une entreprise californienne, prévoit de lancer une flotte de 4 000 miroirs en orbite terrestre.
- L’objectif est de réfléchir la lumière du soleil vers des zones spécifiques, notamment pour alimenter des centrales solaires ou éclairer des régions sinistrées.
- Des astronomes et des écologistes mettent en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses de ce projet sur l’observation du ciel nocturne et la faune.
L’idée, qui relève presque de la science-fiction, est de prolonger l’ensoleillement artificiellement. Reflect Orbital imagine une constellation de réflecteurs géants capables de diriger les rayons du soleil vers des cibles terrestres, même après le coucher du soleil. Au-delà de l’alimentation des centrales solaires, l’entreprise évoque des applications variées, allant de la stimulation de la croissance des cultures à l’éclairage urbain ou de secours en cas de catastrophe naturelle.
Le premier prototype, baptisé EARENDIL-1, devrait être lancé en 2026. Il s’agira de déployer une surface réfléchissante d’environ 18 mètres sur 18 mètres et de tester la précision du guidage du faisceau lumineux vers une zone prédéterminée. L’entreprise a déjà reçu 1,25 million de dollars du programme de recherche sur l’innovation dans les petites entreprises de l’US Air Force et fait face à plus de 250 000 demandes pour ce service.
Cependant, cette initiative ne fait pas l’unanimité. La communauté scientifique s’élève contre ce projet, craignant des conséquences irréversibles. Les astronomes, en particulier, dénoncent l’impact sur l’observation du ciel nocturne. Contrairement à la pollution lumineuse causée par les satellites Starlink, qui est un effet secondaire, le projet de Reflect Orbital vise à éclairer intentionnellement le ciel.
« C’est un désastre absolu d’un point de vue astronomique. »
Robert Massey, Royal Astronomical Society
Les satellites, qui devraient orbiter sur une orbite héliosynchrone (suivant la ligne entre le jour et la nuit), seraient particulièrement perturbateurs. Siegfried Eggl, de l’Université de l’Illinois, met également en garde contre le risque qu’un miroir endommagé, par exemple suite à un impact de micrométéoroïde, se transforme en une « balise incontrôlable ».
Les préoccupations ne se limitent pas à l’astronomie. Les écologistes tirent la sonnette d’alarme quant à l’impact sur la faune. La pollution lumineuse perturbe déjà les rythmes circadiens de nombreuses espèces. Les rayons réfléchis, qui pourraient être jusqu’à quatre fois plus brillants que la pleine lune, et la dispersion atmosphérique pourraient désorienter les oiseaux migrateurs, par exemple.
Ce n’est pas la première fois que l’idée de réfléchir la lumière du soleil depuis l’espace est envisagée. En 1993, les Russes avaient tenté une expérience similaire avec leur projet Znamya 2, qui avait créé un cône lumineux de plusieurs kilomètres de long sur Terre. Le satellite avait ensuite brûlé dans l’atmosphère.
Reflect Orbital assure qu’elle évaluera les impacts environnementaux de son projet. Néanmoins, à ce stade, il semble que tenter de « vendre le soleil la nuit tombée » comporte plus de risques que d’avantages. Il y a peut-être une certaine fascination pour l’ingéniosité humaine, mais la nuit a aussi sa valeur, offrant un espace de repos à la nature et à l’homme.