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Une tempête qui s’intensifie : comment la centralisation fiscale de Prabowo et les élites déconnectées de la réalité alimentent le mécontentement et les protestations

Publié le 26 octobre 2025. Un an après son arrivée au pouvoir, le président indonésien Prabowo Subianto est confronté à une montée du mécontentement populaire, alors que ses ambitieuses réformes économiques peinent à porter leurs fruits et que…

Une tempête qui s’intensifie : comment la centralisation fiscale de Prabowo et les élites déconnectées de la réalité alimentent le mécontentement et les protestations

Publié le 26 octobre 2025. Un an après son arrivée au pouvoir, le président indonésien Prabowo Subianto est confronté à une montée du mécontentement populaire, alors que ses ambitieuses réformes économiques peinent à porter leurs fruits et que des tensions sociales émergent dans le pays.

  • Le gouvernement a mis en œuvre des coupes budgétaires importantes dans les transferts aux régions, suscitant la colère des gouverneurs locaux.
  • Trois initiatives phares – repas gratuits pour les enfants, des coopératives agricoles et un nouveau fonds souverain – sont au cœur des critiques, notamment en raison de leur centralisation et de leur manque de transparence.
  • Des manifestations et des émeutes ont éclaté, alimentées par la détérioration de la situation économique et le sentiment d’un décalage entre les élites et la population.

L’Indonésie traverse une période de tensions croissantes, marquée par une désaffection grandissante envers la politique économique menée par le président Prabowo Subianto. Dans son premier discours annuel à l’Assemblée du peuple, le président a affirmé sa volonté de s’appuyer sur les principes constitutionnels énoncés à l’article 33 de la Constitution, qu’il considère comme « la forteresse de notre défense économique ». Cette approche, axée sur un contrôle étatique renforcé des secteurs clés de l’économie, se traduit par la mise en œuvre de plusieurs projets d’envergure.

Parmi ces initiatives, trois ont particulièrement attiré l’attention : le programme de « Repas nutritifs gratuits » (MBG), visant à nourrir plus de 80 millions d’enfants et de femmes enceintes ; les « Coopératives Rouge et Blanche » (Kopdes rouges et blancs), destinées à dynamiser le secteur agricole ; et Danantara, le deuxième fonds souverain indonésien. Ces projets, portés par une vision descendante et centralisée, visent à stimuler la croissance économique dans un contexte de ralentissement, caractérisé par une baisse de la consommation et du pouvoir d’achat des ménages.

Cependant, la mise en œuvre de ces politiques s’accompagne de critiques et de tensions. Le gouvernement a récemment procédé à des coupes budgétaires importantes dans les transferts fiscaux régionaux (TKD), justifiées par un argument d’efficacité. Ces réductions, représentant jusqu’à 270 000 milliards de roupies (environ 16 milliards d’euros), ont provoqué la colère de nombreux gouverneurs, dont au moins 18 se sont rendus à Jakarta pour protester auprès du ministre des Finances, Purbaya Yudhi Sadewa.

Ces coupes budgétaires sont considérées comme un facteur déclencheur des récentes manifestations et troubles observés dans plusieurs régions du pays, notamment à Pati, où les autorités locales ont été contraintes d’augmenter les impôts pour compenser la perte de financement. Parallèlement, la détérioration des perspectives économiques, conjuguée à des signes ostentatoires de richesse de la part de certains parlementaires et de leurs familles, relayés sur les réseaux sociaux, a exacerbé le mécontentement populaire. Les manifestations, initialement dirigées contre les augmentations d’indemnités des députés, ont dégénéré fin août en émeutes et pillages dans plusieurs quartiers aisés.

Des signaux d’inquiétude émanent également du monde universitaire et de la société civile. Des économistes, regroupés au sein de l’Alliance des économistes indonésiens et de l’Institut de recherche économique et communautaire de l’Université d’Indonésie (LPEM UI), ont formulé des revendications et des demandes précises au gouvernement, appelant à une réorientation des politiques économiques. Ils plaident notamment pour une réduction des dépenses publiques dans les programmes populistes tels que le MBG et les Kopdes rouges et blancs, ainsi que pour une fin du contrôle étatique excessif sur l’économie, jugé préjudiciable au secteur privé.

Le gouvernement a réagi en apportant quelques corrections fiscales concernant les transferts aux régions, mais ces mesures restent insuffisantes aux yeux de nombreux observateurs. Le président Prabowo a également accepté d’examiner la nécessité d’une réforme de la police nationale (Kepolisian Republik Indonesia), suite aux critiques formulées après les manifestations, et a annoncé la création d’un comité de réforme externe, dont la composition n’a pas encore été dévoilée.

Pour l’heure, le président Prabowo ne semble pas disposé à renoncer à ses initiatives ambitieuses. La question est de savoir si le gouvernement sera capable de s’adapter aux critiques et aux difficultés politiques, compte tenu de ses contraintes budgétaires. Les données historiques montrent que l’approbation du public à l’égard du pouvoir en place est fortement influencée par la situation économique. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, une résistance accrue de l’opinion publique est à craindre.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.