Publié le 25 novembre 2023 19:49:00. Le Vatican a publié une note doctrinale approfondie défendant la monogamie et l’exclusivité dans le mariage, en réponse à des préoccupations soulevées par des évêques africains et face à l’essor de nouvelles conceptions de la relation amoureuse en Occident.
- La nouvelle note, intitulée Une Caro. Éloge de la monogamie, explore les fondements théologiques, philosophiques et littéraires de l’union exclusive entre un homme et une femme.
- Sa publication coïncide avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, soulignant le lien entre le respect de la dignité de l’autre et l’engagement monogame.
- Le document vise à fournir des arguments pour contrer la polygamie dans certains contextes culturels et le « polyamour » en Occident.
Le Dicastère pour la doctrine de la foi a présenté ce matin au Bureau de Presse du Saint-Siège cette nouvelle note, qui se veut une réflexion proactive sur les raisons qui motivent le choix d’un amour unique et exclusif. Selon l’introduction du document, il s’agit d’« extraire de l’Écriture Sainte, de l’histoire de la pensée chrétienne, de la philosophie et même de la poésie, les raisons et les motivations » qui fondent ce choix.
Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère, a expliqué que cette initiative faisait suite à une demande pressante de « nombreux évêques africains » confrontés à des « difficultés » pour justifier la monogamie dans des sociétés où la polygamie est courante.
« Ils ont clairement indiqué, dans certains de leurs discours, qu’ils étaient incapables de motiver les jeunes vers un syndicat exclusif »
Cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi
Il a précisé que l’objectif n’était pas de condamner la polygamie, mais d’encourager la monogamie, y compris dans des pays comme l’Italie.
La publication de cette note s’inscrit dans un programme plus large initié par le pape François, qui comprend déjà un document sur les titres mariaux et prépare un autre sur la transmission de la foi. Le Dicastère prévoit également une rencontre avec le pape Léon XIV pour discuter de nouvelles orientations.
Le professeur Giuseppina De Simone, de la Faculté pontificale de théologie de l’Italie du Sud, a souligné que le choix du terme « éloge funèbre » (Una Caro, en référence à la Genèse) visait à exprimer une « vision prophétique » plutôt qu’une correction.
« Il s’agit d’un texte prophétique, non destiné à corriger, mais à proposer, à offrir une vision, une vision qui n’est pas abstraite »
Professeur Giuseppina De Simone, Faculté pontificale de théologie de l’Italie du Sud
Elle a insisté sur la volonté d’affirmer « la beauté d’un amour exclusif, mais loin d’exclure ».
Ce document de plus de 60 pages s’appuie sur une vaste documentation, allant des Écritures au magistère de l’Église, en passant par la réflexion théologique, la littérature et la poésie. Il cite notamment les papes François, saint Jean-Paul II, saint Paul VI et Léon XIII, ainsi que des philosophes comme saint Augustin et Søren Kierkegaard, et des écrivains comme Eugenio Montale.
Le cardinal Fernández a justifié la présence d’auteurs non canonisés par le fait que la monogamie n’est pas seulement une valeur religieuse, mais aussi une aspiration naturelle présente dans diverses cultures. Il a rappelé que le texte définit l’union conjugale comme « une union exclusive et une appartenance mutuelle », soulignant qu’un amour non exclusif serait un « don de soi partiel » qui ne respecterait pas la dignité du partenaire.
La note précise que le mariage « se réalise entre deux et seulement deux, un homme et une femme ». Par ailleurs, elle aborde la question de la dignité personnelle de chaque époux, particulièrement pertinente à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Le document met en garde contre les « manipulations, les jalousies, le harcèlement et l’infidélité » qui peuvent survenir lorsque l’on perd de vue la « dimension sacrée de l’autre ». Au contraire, l’« appartenance mutuelle » propre à un amour exclusif implique un « souci délicat » et un « respect de la liberté » de l’autre, qui possède les mêmes droits.
Le texte souligne également que ceux qui aiment véritablement ne cherchent pas à utiliser les autres pour combler leur propre « vide », mais s’opposent à toute forme de « domination ». Cette réflexion s’applique également aux célibataires, qui peuvent être responsables d’abus.
Le cardinal Fernández a enfin insisté sur l’importance de réagir rapidement aux premiers signes d’« irritation » ou de « manque de respect », et d’affirmer sa dignité en fixant des limites claires et en engageant un dialogue sincère.
« Tu ne me possèdes pas, tu ne me domines pas »
Cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi
Une Caro. Éloge de la monogamie, divisée en sept chapitres, est destinée à être un outil pour aider les jeunes, les fiancés et les couples mariés à approfondir leur compréhension de la richesse du mariage chrétien, ainsi que pour guider les évêques confrontés à des réalités pastorales diverses, notamment la polygamie et le « polyamour ».
Bien que le terme « fémicide » ne soit pas explicitement mentionné, le cardinal Fernández a indiqué qu’il s’agissait d’un sujet qui méritait d’être approfondi, se réjouissant que ce document soit publié en ce jour de sensibilisation à la lutte contre la violence basée sur le genre.
