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Venezuela : l’intervention est-elle le début d’un nouvel ordre ?

Publié le 10 janvier 2026 à 14h16. L’ancien président américain Donald Trump affiche une vision du monde radicalement différente en matière de politique étrangère, privilégiant les intérêts économiques américains et remettant en question les interventions passées, notamment au…

Venezuela : l’intervention est-elle le début d’un nouvel ordre ?

Publié le 10 janvier 2026 à 14h16. L’ancien président américain Donald Trump affiche une vision du monde radicalement différente en matière de politique étrangère, privilégiant les intérêts économiques américains et remettant en question les interventions passées, notamment au Moyen-Orient et en Amérique latine.

  • Donald Trump a réaffirmé une doctrine isolationniste axée sur les avantages économiques pour les États-Unis, lors d’un discours prononcé à Riyad.
  • L’intervention américaine au Venezuela, motivée par l’accès aux ressources pétrolières, illustre cette nouvelle approche pragmatique.
  • Trump semble envisager une redéfinition de l’influence américaine sur le continent américain, voire une unification sous l’égide des États-Unis.

Lors d’un forum d’investisseurs à Riyad, en mai dernier, Donald Trump a tenu à rappeler une intervention similaire qu’il avait effectuée huit ans auparavant dans la capitale saoudienne. Il avait alors affirmé ne pas être venu pour donner des leçons ou imposer des modes de vie, soulignant une approche non interventionniste.

Cette fois, son discours a été plus explicite : la transformation économique en cours en Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis n’est pas l’œuvre des « bâtisseurs de nations », des néoconservateurs ou des libéraux de gauche qui, selon lui, ont échoué à développer Kaboul ou Bagdad malgré des investissements massifs. Trump a estimé que ces acteurs ont finalement détruit plus qu’ils n’ont construit, intervenant dans des sociétés complexes qu’ils ne comprenaient pas.

Il a ensuite mis l’accent sur les opportunités économiques considérables qui s’offrent aux États-Unis et au monde arabe. Cette approche pragmatique marque une rupture avec la politique antiterroriste des vingt-cinq dernières années et s’apparente à une doctrine personnelle, plaçant « l’Amérique d’abord » au centre de la politique internationale. Pour Trump, le monde entier représente un vaste marché potentiel, remettant en question l’intérêt de s’impliquer dans des conflits lointains ou de promouvoir la démocratie au détriment des intérêts économiques américains.

Cette vision du monde, souvent associée à son slogan « Make America Great Again » (MAGA), se traduit concrètement par des actions telles que l’intervention au Venezuela. Huit mois après son discours à Riyad, Trump a déclaré : « Nous avons besoin d’avoir accès au pétrole. Nous allons extraire beaucoup de richesses du sol. En d’autres termes : nous allons vendre le pétrole. » Il a abandonné les allégations concernant le trafic de drogue vers l’Amérique, qui avaient été utilisées par son administration pour justifier des opérations navales au large des côtes vénézuéliennes.

Quatre jours après ces déclarations, le secrétaire d’État Marco Rubio a précisé la stratégie américaine : il s’agissait d’abord de « stabiliser le pays » et d’éviter le chaos. Cette stabilisation passe par un blocus naval et la conclusion d’un accord pour reprendre le contrôle du pétrole vénézuélien, dont les revenus seraient ensuite redistribués – officiellement au profit du peuple vénézuélien. Une phase de reconstruction suivrait, permettant aux entreprises occidentales d’accéder au marché vénézuélien et initiant un processus de réconciliation nationale, avant une transition vers une nouvelle direction.

L’ancien régime, dirigé par la vice-présidente Delcy Rodriguez, devrait rester en place tant qu’il se conforme aux instructions de Washington, notamment en rompant les liens avec Pékin, Moscou, Téhéran et La Havane. Le déploiement de troupes terrestres n’est pas exclu, et Trump a même évoqué la possibilité d’une présence américaine à long terme au Venezuela.

Cette intervention a été planifiée avec soin et exécutée avec professionnalisme, mais il a fallu quatre jours pour que l’administration américaine explique ses intentions. L’objectif est d’éviter un scénario similaire à celui de l’Irak. Rubio a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une invasion, mais d’une opération militaire.

Trump nourrit également un projet plus vaste : unifier le continent américain. Rubio, dont les parents ont quitté Cuba, a déclaré que le dirigeant cubain devrait s’inquiéter. Trump a également menacé la Colombie et a réaffirmé son intérêt pour le Groenland, n’excluant pas l’utilisation de la force. Il envisage même la possibilité que le Canada devienne le 51e État américain.

Comment l’ancien président, autrefois présenté comme un pacificateur aspirant au prix Nobel de la paix, est-il devenu un néo-impérialiste ? David Axelrod, ancien conseiller d’Obama, le décrit comme un « président improvisateur », soulignant son manque de stratégie et de vision idéologique. Ses politiques sont opportunistes, narcissiques et souvent imprévisibles.

Rubio joue un rôle clé dans cette stratégie, notamment en piégeant Trump lorsqu’il envisage de se désengager d’Ukraine. Il a également négocié avec Téhéran et Netanyahou pour mettre fin à la guerre irano-israélienne, après que ce dernier ait attaqué l’Iran contre l’avis de Trump. L’intervention au Venezuela a été une réussite pour Rubio, qui a pu s’affirmer comme un faucon de la politique étrangère au sein de l’administration Trump.

Rubio a depuis longtemps des vues sur Caracas et Téhéran. Il devrait céder les rênes au Moyen-Orient et en Russie à Steve Witkoff, un proche de Trump. L’annonce d’un accord d’armement de 10 milliards de dollars avec Taïwan avant Noël a également envoyé un signal fort à la Chine, indiquant que Trump ne partage pas le monde avec elle.

Trump ne cherche pas à renverser complètement l’ordre mondial, mais à affirmer l’hégémonie américaine. Il a refusé d’accepter les offres d’échange de Poutine (Venezuela contre Ukraine) et a même ordonné l’interception d’un pétrolier russe dans l’Atlantique Nord. Son « sens de la moralité » est la seule limite à ses actions, selon ses propres termes.

L’opération au Venezuela a également eu un impact sur la politique intérieure américaine, permettant à Trump de détourner l’attention des dossiers Epstein, du coût de la vie élevé, des divisions au sein du mouvement MAGA et de la baisse de sa popularité à l’approche des élections au Congrès. Cependant, l’incident survenu à Minneapolis, où un agent de l’ICE a abattu une Américaine blanche de 37 ans, a rapidement relancé les tensions.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.