Publié le 30 septembre 2025 à 22h08. À Halifax, en Nouvelle-Écosse, des initiatives éducatives et culturelles ont marqué la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, soulignant l’importance de l’apprentissage et du partage pour avancer sur le chemin de la réconciliation avec les peuples autochtones.
- Des activités éducatives ont été organisées par des bénévoles pour sensibiliser aux réalités des pensionnats autochtones.
- La directrice du Centre de santé autochtone Wije’winen insiste sur la nécessité d’éduquer les non-Autochtones et d’inclure les enfants dans les discussions, même si elles sont difficiles.
- Des projections de films autochtones ont permis de témoigner et de sensibiliser un large public.
À l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le Centre de l’amitié autochtone de Halifax a été le théâtre de plusieurs événements visant à honorer la mémoire des milliers de victimes des pensionnats pour Autochtones. L’ambiance était empreinte de solennité, avec une forte présence de chandails orange, symbole de soutien et de solidarité.
Paulina Meader, directrice du Centre de santé autochtone Wije’winen, a souligné l’importance cruciale de l’éducation des non-Autochtones dans le processus de réconciliation. Elle estime qu’il est essentiel de ne pas éluder les aspects douloureux de l’histoire.
« J’ai remarqué une forme de réticence chez les adultes à raconter aux enfants les histoires liées aux pensionnats parce qu’elles sont souvent violentes et traumatisantes. Mais pour moi, ces choses-là sont arrivées à des enfants, donc les exclure de la conversation, c’est inapproprié. »
Paulina Meader, directrice du Centre de santé autochtone Wije’winen
Selon Mme Meader, les enfants sont souvent plus ouverts d’esprit que les adultes, car moins marqués par les préjugés. Une autre bénévole, Jen Frêle, a insisté sur le fait que la participation de l’ensemble de la population à ces événements est primordiale.
« Je sais que des personnes dans mon cercle d’amis et de famille non autochtones hésitent beaucoup à se présenter à des journées et des événements comme ceci parce qu’ils ressentent une certaine culpabilité ou ils anticipent que ça va être un peu lourd ou triste, mais là, on est vraiment dans une ambiance de partage et d’apprentissage. »
Jen Frêle, bénévole
Paulina Meader a également rappelé qu’il est important de ne pas réduire le récit autochtone aux seules expériences traumatisantes des pensionnats et du racisme, mais de mettre en lumière la richesse et la diversité des cultures autochtones.
Parallèlement, le Musée canadien de l’immigration au Quai 21 a accueilli des projections de films autochtones soigneusement sélectionnés par Tatsunari Watanabe, coordinateur de la programmation publique et de l’engagement communautaire, sur le thème des pensionnats.
« Je crois que même maintenant, il y a beaucoup de désinformation, même plusieurs années après que la vérité a été révélée. Alors je crois que c’est encore important de renforcer ce message. »
Tatsunari Watanabe, coordinateur de la programmation publique et de l’engagement communautaire
Quelques instants avant le début d’une projection, M. Watanabe a exprimé l’espoir que les spectateurs réalisent que le chemin de la réconciliation est encore long et qu’il est essentiel de connaître cette part méconnue de l’histoire canadienne.
Jeanne et Don Ferris, venus de Vancouver pour rendre visite à leur famille à Halifax, ont été particulièrement touchés par le court métrage Retour à Holy Angels de Jay Cardinal Villeneuve, qui relate l’histoire de Lena Errant l’esprit, l’une des 150 000 enfants autochtones séparés de leurs familles et envoyés dans les pensionnats.
« Ça m’a fait revivre une expérience. J’ai grandi à Brandon, au Manitoba, et nous jouions au hockey contre les pensionnats. Et je me souviens à quel point ces écoles étaient austères, tristes. »
Don Ferris
Jeanne Ferris a souligné l’impact émotionnel du documentaire, estimant qu’il constitue un moyen puissant de sensibiliser aux enjeux autochtones.
« J’ai trouvé que ce film avait un réel impact émotionnel. Et pour cela, je suis reconnaissante. Parce que c’est une chose d’entendre parler de ces événements, de se dire que c’était il y a longtemps, que ça ne touche pas vraiment notre quotidien… Mais présenté de cette manière, ça m’a vraiment touchée. »
Jeanne Ferris
En quittant la salle, Tatsunari Watanabe a réaffirmé la nécessité de donner davantage de visibilité aux œuvres réalisées par des artistes autochtones, afin de faire entendre des perspectives différentes et d’enrichir la compréhension collective.