Publié le 24 décembre 2023 18h54. Chaque Noël, plus de la moitié des Norvégiens se délectent de côtes de porc, une tradition qui dépasse largement le simple plaisir gustatif pour frôler l’obsession culturelle. Mais d’où vient cette ferveur pour ce morceau de viande gras et osseux, souvent délaissé le reste de l’année ?
- Plus de la moitié de la population norvégienne consomme des côtes de porc à Noël.
- Cette tradition, relativement récente, s’est popularisée après la Seconde Guerre mondiale comme symbole de statut social.
- L’origine de cette obsession reste floue, oscillant entre tradition, statut social et même, selon certains, une dimension fétichiste.
Les côtes de porc règnent en maîtres sur les tables de Noël norvégiennes. Selon une étude Ipsos, plus de 50 % de la population se régale de ce plat festif . Un contraste saisissant avec le reste de l’année, où ce morceau de porc, riche en graisse et parsemé d’os, est souvent évité. Un véritable paradoxe culinaire.
Cette tradition n’est pas si ancienne. Elle a pris son essor en Norvège après la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, déguster des côtes de porc était un signe de prospérité, une manière d’afficher sa possession d’une cuisinière en fonte et sa capacité à s’offrir de la viande fraîche. Un symbole de statut et de prestige, aujourd’hui largement déconnecté de sa signification originelle.
Mais pourquoi cette persistance ? Certains y voient une forme de « fétichisme des côtes », une fixation excessive sur cet objet culinaire, relevant d’une obsession religieuse, sociale ou culturelle. Le professeur Bjørn Morten Hoffmann se questionne ainsi :
« Pourquoi faisons-nous cela ? »
Bjørn Morten Hoffmann, professeur
L’explication religieuse ne tient pas. Bien que l’interdiction de consommer du porc ait été levée dans le Nouveau Testament, ce n’est pas une tradition chrétienne intrinsèque. De même, il n’existe aucun lien direct avec les fêtes d’anniversaire de figures religieuses majeures comme Jésus, Mahomet ou le Dalaï Lama.
La mythologie nordique pourrait-elle être à l’origine de cette tradition ? Le cochon, notamment Særimne, jouait un rôle important dans les rituels hivernaux. Særimne, le sanglier qui résidait dans la demeure d’Odin, Valhall, était abattu et mangé chaque nuit, pour renaître le lendemain. Cependant, cette référence mythologique reste obscure pour la plupart des Norvégiens .
Aujourd’hui, un kilo de côtes de porc peut coûter jusqu’à 89 couronnes norvégiennes (environ 8 euros), mais cela n’empêche pas les Norvégiens de se ruer sur ce plat. Les livres de cuisine, les émissions de télévision, les podcasts et les réseaux sociaux ne cessent de proposer des recettes et des astuces pour préparer des côtes de porc parfaites. En 2016, plus de 600 000 personnes ont suivi en direct le programme télévisé “Ribba minute par minute” .
La consommation de porc en Norvège est globalement en baisse (environ 20 kg par an), mais la demande reste stable, voire en augmentation, pendant la période de Noël. Une véritable exception à la règle.
Alors, cette obsession pour les côtes de porc relèverait-elle d’une pulsion cachée ? Une dimension fétichiste ? La graisse des côtes serait-elle une source d’excitation ? Une hypothèse audacieuse, qui ne semble pas corroborée par les statistiques démographiques, puisque l’on ne constate pas d’augmentation significative des naissances en septembre.
Il est plus probable que cette tradition soit enracinée dans une obsession culturelle et sociale. Un besoin de se référer à des points de repère fixes dans la vie, un rituel ancestral qui structure le temps et renforce le sentiment d’appartenance. Pourtant, paradoxalement, les Norvégiens sont également ouverts à l’innovation culinaire, adaptant et transformant sans cesse d’autres plats, tandis que les côtes de porc doivent impérativement être préparées selon les méthodes traditionnelles.
Noël demeure un mystère. Bon appétit et bonnes fêtes !

